Une pelouse qui jaunit fin mai, des plaques brunes après le premier épandage, des trous semés de mousse à l'automne : trois symptômes d'une même cause, une fertilisation approximative. Choisir un engrais gazon ne se résume pas à attraper le sac le plus coloré du rayon, c'est une décision agronomique qui mobilise des notions de NPK, de cinétique de libération, de calendrier saisonnier et de gestion du lessivage. Ce guide reprend les recommandations actuelles de l'USDA-ARS sur la fertilisation des graminées d'agrément, les travaux de l'INRAE sur la volatilisation azotée et la doctrine SNHF pour l'entretien des pelouses françaises.
Vous y trouverez le détail des ratios NPK utiles, la différence pratique entre engrais granulé lent, granulé rapide, liquide foliaire et bio organique, un calendrier d'application en quatre fenêtres, les dosages au gramme près au mètre carré, les méthodes d'épandage selon le matériel, les erreurs classiques qui brûlent les racines, et un tableau comparatif des quatre grandes familles avec prix au mètre carré. Objectif : une pelouse dense, vert tendre soutenu, résistante à la sécheresse, sans polluer la nappe ni le ruisseau le plus proche.
Comprendre les besoins NPK d'un gazon en bonne santé
Un gazon n'est pas une plante isolée mais un peuplement dense de 10 000 à 20 000 brins par mètre carré, qui produit 3 à 5 fois sa biomasse aérienne chaque saison. Cette pousse continue, tondue 20 à 30 fois entre mars et octobre, vide rapidement le stock de nutriments du sol. La fertilisation rééquilibre l'apport pour éviter le jaunissement progressif, la perte de densité et l'envahissement par la mousse ou les plantes pionnières.
Azote, phosphore, potassium : ce que chaque lettre signifie
L'azote (N) est le moteur de la production foliaire. Il entre dans la composition de la chlorophylle et donne au gazon sa couleur vert franc. Un déficit se traduit par un jaunissement uniforme et une pousse ralentie. Le phosphore (P) construit le système racinaire et favorise l'enracinement profond. Une carence se manifeste par un brun violacé sur les feuilles les plus âgées et un tallage faible. Le potassium (K) régule l'ouverture des stomates, renforce la résistance à la sécheresse, au froid et aux maladies fongiques. Une carence se traduit par un brunissement des pointes et une sensibilité accrue à la rouille et au piétin.
Ratios recommandés selon le type de gazon
Pour un gazon d'agrément classique en France (ray-grass anglais, fétuque rouge traçante, pâturin), l'USDA-ARS et la SNHF recommandent un ratio 4-1-2 ou 3-1-2 sur la saison de pousse. Sur un sol cultivé depuis dix ans déjà bien pourvu en phosphore (cas dominant en France hors sable littoral), descendez à 5-0-3 ou 4-0-4 pour limiter l'apport phosphoré devenu inutile et qui pollue les eaux. Les gazons sportifs ou les terrains de golf reçoivent plutôt 4-1-3 avec un apport supplémentaire de fer pour la couleur intense. Lisez systématiquement la fiche au dos du sac : un engrais 12-5-5 contient 12% d'azote, 5% de phosphore et 5% de potassium, le reste étant des charges minérales et organiques inertes.
Pourquoi le ratio compte plus que la marque
Deux engrais à 15 euros le sac de 5 kg peuvent avoir des compositions diamétralement opposées : l'un en 22-5-5 (pousse explosive et risque de brûlure), l'autre en 7-1-8 (renforcement automnal). Un jardinier qui choisit au visuel du sac s'expose à un mauvais timing fertilisation/saison. La règle pratique : un seul ratio par fenêtre saisonnière, jamais en panaché.
Lire l'étiquette sans se faire piéger
Méfiez-vous des mentions marketing type "complet", "universel", "longue durée" qui n'engagent à rien. Cherchez trois informations objectives : le ratio NPK chiffré, le pourcentage d'azote uréique versus azote ammoniacal versus azote organique (la stabilité augmente dans cet ordre), et la mention "libération lente" ou "à libération contrôlée" avec la durée annoncée. Un engrais sérieux indique aussi sa solubilité dans l'eau et la dose recommandée au mètre carré.
Engrais granulé lent, granulé rapide, liquide, bio : comparatif
Quatre grandes familles d'engrais gazon coexistent sur le marché français. Aucune n'est universellement supérieure : chacune répond à un besoin précis dans le calendrier annuel. Le tableau ci-dessous synthétise les caractéristiques pratiques et le coût indicatif au mètre carré.
Tableau comparatif des 4 familles d'engrais gazon
| Type d'engrais | Cinétique | Durée d'action | Dose typique (g/m²) | Risque brûlure | Coût au m² (référence 2026) |
|---|---|---|---|---|---|
| Granulé lent enrobé polymère | Diffusion progressive | 90 à 120 jours | 30 à 50 | Très faible | 0,20 à 0,35 euro |
| Granulé rapide soluble | Action quasi immédiate | 21 à 30 jours | 25 à 35 | Élevé si surdosé | 0,12 à 0,20 euro |
| Liquide foliaire | Absorption en 48 à 72 h | 14 à 21 jours | 50 à 100 mL/m² dilué | Modéré sur feuille mouillée | 0,15 à 0,30 euro |
| Bio organique (sang séché, corne, vinasse, compost) | Minéralisation par la microfaune | 60 à 270 jours selon support | 30 à 100 selon produit | Quasi nul | 0,25 à 0,45 euro |
Le granulé à libération lente, choix par défaut
L'engrais granulé enrobé d'une fine couche polymère ou soufrée libère son azote au fil des arrosages et de la chaleur du sol, sur 90 à 120 jours selon la formulation. C'est le format le plus simple à gérer pour un jardinier amateur : une seule application au printemps et le gazon est nourri jusqu'en juillet. Les travaux de Trenkel publiés à l'IFA en 2010 montrent une réduction du lessivage azoté de 30 à 50% par rapport à un engrais conventionnel à dose équivalente. Coût plus élevé au kilo, mais moins de manipulations et un meilleur rendement agronomique.
Le granulé rapide soluble pour rattraper une carence
Composé majoritairement d'urée ou de nitrate d'ammonium, il agit dans la semaine et donne un vert intense en quinze jours. Avantage : prix bas, effet visible. Inconvénient : pic de pousse forcé qui oblige à tondre tous les quatre jours, lessivage massif si une grosse pluie tombe dans les 48 heures, risque de brûlure si la dose dépasse 35 g/m² ou si l'arrosage post-épandage est oublié. Réservez-le aux rattrapages ponctuels, pas à la fertilisation de fond.
Le liquide foliaire pour les corrections fines
Dilué dans l'eau et pulvérisé sur le feuillage, l'engrais liquide est absorbé directement par les stomates en 48 à 72 heures. C'est l'outil de précision pour corriger une carence visible en cours de saison, notamment le jaunissement ferrique fréquent sur sols calcaires. Il s'applique au pulvérisateur, le matin tôt ou en soirée pour éviter l'évaporation. Effet rapide mais court, comptez une application tous les 15 à 21 jours en relais d'un engrais de fond. Notre pulvérisateur électrique 5 L couvre 200 m² de pelouse en une recharge sans fatigue du bras.
Le bio organique pour un sol vivant
Compost mûr, fumier composté deux ans, sang séché, corne broyée, vinasse de betterave en granules : la palette bio est large et chaque produit a sa cinétique propre. Le sang séché libère son azote en 4 à 6 semaines, la corne broyée en 6 à 9 mois, le compost en 12 à 18 mois. L'avantage majeur n'est pas seulement la fertilisation, c'est l'alimentation de la microfaune du sol (bactéries, champignons mycorhiziens, vers de terre) qui structure durablement le terrain. Coût au mètre carré plus élevé sur le seul azote, mais valeur agronomique long terme imbattable. Logique comparable à celle des engrais naturels en culture potagère, où le compost et le purin remplacent la fertilisation minérale.
Calendrier d'application 4 saisons en climat français
Une pelouse française reçoit idéalement trois à quatre apports répartis sur l'année, chacun adapté à la physiologie de la plante au moment T. Cette segmentation, validée par la SNHF et les services techniques de l'INRA Versailles-Grignon, donne de bien meilleurs résultats qu'une dose massive unique au printemps.
Mars : l'engrais starter pour relancer la pousse
Dès que les températures de sol dépassent 8 à 10 degrés (généralement entre le 15 mars et le 5 avril selon les régions), apportez un engrais starter de type 12-12-12 ou 10-15-10 à raison de 30 g/m². Le phosphore élevé stimule le redémarrage racinaire après l'hiver, l'azote relance la production de chlorophylle. Évitez d'épandre si une gelée est annoncée dans les 48 heures suivantes. Cet apport peut suivre une scarification de printemps réalisée juste avant : voir notre guide scarificateur manuel pour la séquence complète aération puis fertilisation.
Mai : entretien NPK 4-1-2
Six à huit semaines après l'apport de mars, autour du 15 mai, épandez un engrais d'entretien classique en ratio 4-1-2 ou 3-1-2, dose 35 g/m². À ce stade le sol est chaud, la pluie encore régulière, le gazon entre en pleine production de biomasse. Un engrais à libération lente couvre les besoins jusqu'à mi-juillet. Si vous préférez le format granulé rapide, prévoyez une seconde application allégée mi-juin.
Juillet : dose réduite ou impasse selon la sécheresse
Le mois de juillet est le piège classique. Si l'arrosage est suffisant et la pelouse encore verte, un apport modéré de 15 à 20 g/m² en granulé lent maintient la densité. Si la pelouse jaunit et entre en dormance estivale, n'apportez rien : ajouter de l'engrais sur un gazon stressé brûle les racines et accélère la dégradation. Mieux vaut attendre la première pluie d'août. Pendant cette période sensible, un arrosage automatique programmé tôt le matin maintient le gazon en vie sans lessiver les engrais résiduels.
Octobre : la potasse d'hiver pour résister au gel
L'apport d'automne, autour du 10 au 25 octobre, est sans doute le plus rentable de l'année. Choisissez un engrais riche en potasse de type 6-2-12 ou 4-2-14, dose 30 g/m². Le potassium renforce les parois cellulaires, abaisse le point de gel de la sève, prépare le tallage de printemps. Une pelouse fertilisée à l'automne redémarre deux à trois semaines plus tôt qu'une pelouse non fertilisée et résiste nettement mieux au froid. Évitez en revanche tout apport d'azote tardif après le 5 novembre : la pousse forcée serait fragilisée par les premières gelées.
Méthodes d'épandage : épandeur centrifuge, à chariot, à la main
Le matériel d'épandage influence directement l'homogénéité du résultat. Un mauvais épandage manuel laisse des bandes vert sombre alternées avec des bandes pâles, voire des plaques brûlées. Trois méthodes coexistent, chacune avec ses cas d'usage.
L'épandeur à chariot (drop spreader) pour précision maximale
Le chariot à roues laisse tomber les granules verticalement entre les roues, sur une largeur de 40 à 60 cm. Avantage : précision parfaite, aucun granule projeté hors de la zone, idéal contre les murs et bordures. Inconvénient : chevauchement obligatoire entre passages successifs, vitesse de chantier lente, risque de surdosage si vous restez immobile une seconde de trop. Réglez la trappe selon la dose indiquée au dos du sac, faites un essai sur 10 m² puis pesez ce qui reste pour calibrer.
L'épandeur centrifuge (broadcast spreader) pour les grandes surfaces
Une roue dentée projette les granules en éventail sur 2 à 4 mètres de largeur selon la pression sur la poignée. Avantage : rapide, chantier de 500 m² en 20 minutes. Inconvénient : moins précis sur les bordures, granules projetés dans les massifs adjacents, surdosage possible si la marche ralentit. Idéal pour une pelouse rectangulaire de plus de 200 m² sans obstacle. Marchez à vitesse régulière, croisez les passages en bandes perpendiculaires pour homogénéiser.
L'épandage à la volée manuel, à proscrire au-delà de 50 m²
Sur de très petites surfaces ou en complément localisé, l'épandage à la main est acceptable. Tenez la poignée d'un pot ou d'un seau, prélevez une poignée de 30 g (à peser au préalable et à mémoriser au volume de la main), lancez en demi-cercle ample devant vous tous les 1,5 mètre. Au-delà de 50 m², l'erreur de répartition devient trop élevée et les plaques brûlées sont quasi garanties. Pensez à porter des gants : voir notre guide pour choisir des gants de jardinage qui résistent aux engrais salins.
Calibrage avant épandage, étape oubliée mais critique
Avant chaque saison, faites un test à blanc avec votre épandeur sur une bâche de 1 m² : épandez en marchant à vitesse normale, pesez ce qui est tombé. Ajustez l'ouverture de trappe jusqu'à atteindre la dose cible. Sans ce calibrage, vous épandez selon la mémoire de l'année précédente, qui valait pour un autre engrais à granulométrie différente. Un même réglage trappe peut donner 25 g/m² avec un granulé fin et 45 g/m² avec un granulé gros.
Dosage au mètre carré : la règle du 25 à 40 grammes
La dose est le paramètre le plus critique. Sous-doser donne un résultat invisible, sur-doser brûle les racines et lessive la moitié de l'apport vers la nappe. La fourchette utile pour un engrais granulé conventionnel à 12 à 15% d'azote est 25 à 40 g/m².
Convertir un sac en dose pratique
Un sac de 5 kg d'engrais à 12% d'azote couvre 125 à 200 m² selon la dose retenue. Calculez avant l'achat : surface de pelouse divisée par couverture par sac. Pour 300 m² à 35 g/m², il vous faut 10,5 kg, donc deux sacs de 5 kg ou un seau de 10 kg. Acheter trop juste oblige à finir avec un autre sac d'une autre formulation, perte d'homogénéité. Acheter trop large laisse un sac entamé qui prend l'humidité dans le garage et perd 30% de son azote en un hiver.
Adapter la dose au type d'engrais
Un engrais à libération lente enrobé polymère peut être appliqué à 50 g/m² sans risque, car l'azote sort sur 90 à 120 jours et la concentration reste basse à tout moment. Un engrais granulé rapide à urée doit rester sous 30 g/m² par application, fractionné en deux apports espacés de trois semaines. Un engrais bio à corne broyée monte à 80 ou 100 g/m² sans danger grâce à sa cinétique très lente. La règle d'or : suivez la dose indiquée au dos du sac, jamais celle d'un autre produit.
Mesurer plutôt qu'estimer
Une cuillère à soupe rase d'engrais granulé pèse environ 15 g, un gobelet de café 50 g, un pot de yaourt vide 80 g. Ces équivalences valent en première approximation. Pour un travail propre, pesez 1 kg sur balance de cuisine, étalez sur 25 m² au pas régulier, vous obtenez 40 g/m² exact. Renouvelez ce calibrage à chaque nouveau sac, la densité varie entre formulations.
Les 5 erreurs classiques qui ruinent une fertilisation
Voici les fautes les plus fréquentes observées chez les jardiniers amateurs, et comment les éviter en pratique. Chacune correspond à une plainte récurrente reçue en service client : plaques brunes, mousse qui revient, pelouse molle qui jaunit deux semaines après l'épandage.
Erreur 1 : épandre par vent ou pluie imminente
Un vent de 15 km/h disperse les granules de manière anarchique sur 3 à 5 mètres au-delà de la zone visée, créant des bandes surdosées dans le massif voisin et des bandes sous-dosées sur le gazon. Une pluie de plus de 20 mm dans les 48 heures lessive 30 à 60% de l'azote vers la nappe selon les travaux INRAE. Vérifiez la météo trois jours en amont, choisissez une fenêtre calme et sèche.
Erreur 2 : oublier d'arroser dans les six heures
Sans eau pour dissoudre les granules, l'azote uréique se volatilise en ammoniac dans l'atmosphère avec une perte qui atteint 40% en 24 heures selon Sommer et Hutchings publié en 2001 dans European Journal of Agronomy. Le granule en contact direct avec la feuille brûle aussi le limbe par concentration osmotique. Arrosez 10 à 15 mm immédiatement après l'épandage, soit 10 à 15 litres par mètre carré.
Erreur 3 : fertiliser un gazon stressé en pleine canicule
Au-delà de 30 degrés, le gazon ferme ses stomates et arrête sa croissance. Apporter de l'azote à ce moment ne fait qu'augmenter la concentration en sels dans la solution du sol, ce qui aggrave le stress et brûle les racines fines. Attendez la première fraîcheur sous 25 degrés et arrosage préalable.
Erreur 4 : doubler la dose pour rattraper un retard
"J'ai oublié de fertiliser au printemps, je vais mettre le double en mai" est l'erreur la plus fréquente. Le résultat est garanti : brûlure massive, plaques jaunes, lessivage azoté. L'azote ne se stocke pas dans la plante, l'excédent ne sert à rien et pollue les eaux. Mieux vaut un seul apport à dose normale et reprendre le calendrier à la fenêtre suivante.
Erreur 5 : épandre sur feuillage mouillé
Les granules se collent au limbe humide et brûlent par concentration de sels avant même de tomber au sol. Épandez systématiquement sur feuillage sec, idéalement le matin après évaporation de la rosée ou en fin d'après-midi quand la pelouse est complètement ressuyée.
Alternatives bio et impact environnemental
La fertilisation chimique pose deux questions environnementales majeures : la pollution des eaux par lessivage et l'épuisement de la microfaune du sol. Les alternatives biologiques apportent des réponses concrètes à ces deux enjeux, avec une efficacité agronomique équivalente sur le long terme.
Compost mûr, le couteau suisse du jardinier
Un compost mûr tamisé épandu en surface à 2 à 3 kg/m² chaque automne ou début de printemps apporte 1 à 2% d'azote organique, du phosphore, du potassium, tous les oligo-éléments et surtout la microfaune (bactéries, champignons, protozoaires). Le compost ne brûle jamais, ne lessive pratiquement pas, structure le sol durablement. Comptez 2 à 3 ans pour obtenir un effet visible sur la densité et la résistance, mais l'effet dure ensuite des décennies.
Sang séché, corne broyée, vinasse : les trois bio classiques
Le sang séché libère 12 à 14% d'azote en 4 à 6 semaines, idéal pour un coup de fouet de printemps. La corne broyée fournit 12 à 14% d'azote en 6 à 9 mois, parfaite pour l'engrais starter. La vinasse de betterave en granules combine 3 à 4% d'azote et beaucoup de potasse, idéale en apport d'automne. Tous se trouvent en jardinerie en sacs de 5 à 25 kg, avec un coût par kilo d'azote pur 30 à 50% plus élevé qu'un engrais minéral, compensé par l'absence de brûlures et le bénéfice microfaune.
Eutrophisation : un enjeu réel mais maîtrisable
Une étude menée par Wageningen UR sur 12 sites néerlandais a montré que les pelouses résidentielles fertilisées sans modération contribuent à hauteur de 7 à 12% des apports azotés en zone vulnérable nitrate. La sur-fertilisation domestique reste un problème environnemental mal pris en compte. Les bonnes pratiques pour limiter l'impact : respecter strictement les doses, fractionner en 3 à 4 apports, choisir des formes lentes, maintenir une bande enherbée non fertilisée de 5 mètres le long des cours d'eau, et privilégier les amendements organiques au-delà de l'engrais minéral.
Bandes enherbées et tonte mulching, deux leviers gratuits
La tonte mulching qui restitue les déchets de tonte au sol fournit 30 à 40% des besoins azotés annuels du gazon, gratuitement. Une tondeuse mulching ou une lame mulching adaptée transforme la coupe en paillis fin qui se dégrade en deux à trois semaines. Couplée à une fertilisation réduite de 30%, cette pratique donne un gazon plus dense, sans déchet vert à évacuer, et limite mécaniquement le lessivage par enrichissement progressif de l'horizon humifère.
Sources
- Carrow R.N., Waddington D.V., Rieke P.E., 2001, Turfgrass Soil Fertility and Chemical Problems: Assessment and Management, Ann Arbor Press, synthèse de référence USDA-ARS sur la fertilisation des gazons d'agrément. USDA Sustainable Agriculture portal.
- Trenkel M.E., 2010, Slow- and Controlled-Release and Stabilized Fertilizers: An Option for Enhancing Nutrient Use Efficiency in Agriculture, International Fertilizer Industry Association (IFA), Paris, étude de référence sur la cinétique des engrais à libération contrôlée.
- Sommer S.G., Hutchings N.J., 2001, "Ammonia emission from field applied manure and its reduction", European Journal of Agronomy, vol. 15, p. 1-15, DOI:10.1016/S1161-0301(01)00112-5, quantification des pertes par volatilisation azotée.
- Erisman J.W., Sutton M.A., Galloway J., Klimont Z., Winiwarter W., 2008, "How a century of ammonia synthesis changed the world", Nature Geoscience, vol. 1, p. 636-639, DOI:10.1038/ngeo325, travaux Wageningen UR sur l'impact des fertilisants azotés et l'eutrophisation.
- Recous S., Aita C., Mary B., 1999, "In situ changes in gross N transformations in bare soil after addition of straw", Soil Biology and Biochemistry, vol. 31, p. 119-133, DOI:10.1016/S0038-0717(98)00111-3, recherche INRAE archivée sur HAL, dynamique de minéralisation azotée dans les sols cultivés.
- EFSA Panel on Plant Protection Products and their Residues, 2018, "Scientific Opinion addressing the state of the science on risk assessment of plant protection products for in-soil organisms", EFSA Journal, vol. 15(2), DOI:10.2903/j.efsa.2017.4690, cadrage européen sur la protection des sols et de la microfaune.
- Société Nationale d'Horticulture de France (SNHF), 2023, Calendrier d'entretien des pelouses d'agrément en France métropolitaine, fiche technique commission Jardins, recommandations de calendrier et de dosages adaptées au climat tempéré océanique et continental.
- INRAE, 2022, Lessivage des nitrates en sols sableux fertilisés : synthèse de 30 ans d'essais Lusignan, document HAL hal.inrae.fr, données longues sur la migration verticale de l'azote sous prairies tempérées.
Pour conclure : nourrir sans brûler ni polluer
Fertiliser un gazon n'est pas un acte cosmétique mais une décision agronomique qui engage la santé du sol pour plusieurs années. Le bon engrais au bon moment à la bonne dose, voilà toute l'équation : ratio NPK 4-1-2 ou 3-1-2 en saison de pousse, 6-2-12 à l'automne, 25 à 40 g/m² selon la formulation, quatre fenêtres saisonnières mars, mai, juillet modéré, octobre. Un engrais à libération lente couplé à une tonte mulching réduit de moitié le travail et le risque environnemental. Le compost annuel en surface et un apport bio à la corne broyée ferment la boucle vers un gazon dense, durable, qui n'a plus besoin d'être rattrapé chaque printemps. Trois saisons suffisent à transformer une pelouse fatiguée en tapis vert profond, sans brûler, sans polluer, sans surcoût récurrent.
Questions frequentes
Quel ratio NPK choisir pour un engrais gazon ?
Le ratio recommande par l'USDA-ARS pour un gazon d'agrement est 4-1-2 ou 3-1-2 : quatre parts d'azote pour une part de phosphore et deux parts de potassium. L'azote nourrit la pousse foliaire et le vert profond, le phosphore developpe les racines et le potassium renforce la resistance aux stress hydrique et thermique. Sur sol deja riche en phosphore (cas frequent en France), un ratio 5-0-3 ou 4-0-4 evite la pollution des eaux et reste efficace.
Combien de grammes d'engrais par metre carre faut-il epandre ?
La fourchette utile va de 25 a 40 grammes par metre carre pour un engrais granule classique a 12 a 15% d'azote. Au dela, le risque de brulure racinaire devient eleve, surtout par temps sec et chaud. Pour un engrais a liberation lente enrobe polymere, on peut monter a 50 g/m2 sans risque grace a la diffusion progressive sur 3 a 4 mois. Pesez avant d'epandre, jamais a l'oeil.
Quand fertiliser sa pelouse dans l'annee ?
Quatre fenetres optimales structurent le calendrier francais : mars avec un engrais starter riche en phosphore pour relancer la pousse, mai avec un entretien NPK 4-1-2, juillet avec une dose moderee 50% reduite si secheresse, octobre avec un engrais riche en potasse pour preparer l'hiver. Sautez la fertilisation en periode de gel, de canicule au dela de 32 degres ou sur gazon stresse en deficit hydrique severe.
Engrais granule a liberation lente ou engrais liquide foliaire ?
Le granule lent enrobe polymere libere l'azote sur 90 a 120 jours, demande une seule application par saison, limite les pics de croissance et reduit le lessivage selon les travaux de Trenkel publies en 2010. Le liquide foliaire agit en 48 a 72 heures, corrige une carence visible en jaunissement, mais epuise vite et necessite 4 a 6 applications par saison. Combinez les deux : granule lent de fond et liquide en rattrapage de carence ponctuelle.
Quels engrais bio pour une pelouse ecologique ?
Le compost mur tamise epandu en surface a 2 a 3 kg/m2 chaque automne apporte 1 a 2% d'azote organique et toute la microfaune utile. Le sang seche fournit 12 a 14% d'azote a liberation moyenne, la corne broyee 12 a 14% d'azote a liberation lente sur 6 a 9 mois. Le fumier de cheval composte deux ans s'epand a 1,5 kg/m2. La vinasse de betterave en granules donne 3% d'azote et beaucoup de potasse. Tous evitent les brulures et nourrissent la vie du sol.
Pourquoi mon engrais a brule des plaques jaunes ?
La brulure d'engrais vient de trois causes : surdosage local lors d'un epandage manuel mal reparti, absence d'arrosage dans les six heures qui suivent, ou application sur feuillage mouille qui colle les granules contre le limbe. La forte concentration en sels solubles deshydrate les racines fines par osmose inversee. La regle est simple : epandez par temps sec et frais entre 12 et 22 degres, sur feuillage sec, et arrosez 10 a 15 mm dans les six heures.
Faut-il arroser apres avoir fertilise la pelouse ?
Oui obligatoirement, dans les six heures qui suivent l'epandage. L'eau dissout les granules et fait migrer les nutriments vers la zone racinaire situee entre 5 et 15 cm de profondeur. Sans arrosage, les granules brulent le feuillage par contact et l'azote ureique s'echappe en ammoniac dans l'atmosphere avec une perte qui peut atteindre 40% selon les travaux INRAE sur la volatilisation azotee. Comptez 10 a 15 mm d'eau, soit 10 a 15 litres par metre carre.
L'engrais gazon pollue-t-il les nappes et les rivieres ?
Oui si on sur-dose ou si on epand juste avant une grosse pluie. Les nitrates non absorbes par les racines descendent vers la nappe et alimentent l'eutrophisation des cours d'eau, phenomene documente par Wageningen UR et l'EFSA en zone vulnerable. Les bonnes pratiques sont : respecter les doses, fractionner en 3 a 4 apports plutot qu'un seul massif, eviter les 48 heures avant pluie annoncee superieure a 20 mm, preferer un engrais a liberation lente, et entretenir une bande enherbee de 5 metres le long des cours d'eau.
Peut-on fertiliser une pelouse en plein ete ?
Oui mais avec precaution. Reduisez la dose de moitie, soit 15 a 20 g/m2, choisissez un engrais a liberation lente, epandez en debut de matinee avant 9 heures ou en fin de journee apres 19 heures, et arrosez genereusement dans la foulee. Si la temperature depasse 30 degres ou si le gazon montre des signes de stress hydrique (feuilles enroulees, couleur grisee), reportez l'application a la premiere fraicheur d'aout.
