Vos pieds de tomates produisent beaucoup de feuilles mais peu de fruits, les premières grappes restent vertes en juillet, et vous voyez apparaître ces taches noires sous les fruits à peine formés. Ces trois signes ne sont pas le fruit du hasard : ils traduisent un déséquilibre nutritionnel précis, souvent un excès d'azote couplé à un déficit de potassium et de calcium. La bonne nouvelle, c'est que la totalité de la fertilisation d'un pied de tomate peut se faire avec des matières organiques que vous trouvez gratuitement ou à très bas coût.
Ce guide reprend, point par point, les besoins nutritionnels réels de la tomate (NPK détaillé), les neuf principales matières fertilisantes naturelles utilisables, leur dosage précis, le calendrier d'application semaine par semaine, et les sept erreurs qui ruinent une saison. Nous croisons nos données terrain (1 500 questions reçues chaque année sur la fertilisation tomate via nos comptes Instagram, Facebook et TikTok) avec la littérature institutionnelle de la SNHF, de l'INRAE et de la recherche horticole internationale référencée dans Acta Horticulturae et ScienceDirect.
L'objectif n'est pas de vendre un produit miracle. Il n'en existe pas. L'objectif est de vous donner la grille de lecture qui vous permettra de composer votre propre stratégie de fertilisation, adaptée à votre sol, vos variétés et votre temps disponible.
Comprendre les besoins NPK réels de la tomate
Avant d'épandre quoi que ce soit, il faut connaître ce que la plante consomme réellement. La tomate (Solanum lycopersicum) est une plante moyennement à fortement exigeante, mais ses besoins ne sont pas équilibrés : ils varient fortement selon la phase de croissance et l'organe en construction (feuille, tige, fleur, fruit).
La signature NPK spécifique de la tomate
Contrairement à une idée reçue, la tomate n'est pas une plante à fort besoin en azote. Sa signature nutritionnelle est dominée par le potassium (K), avec un phosphore (P) modéré et un azote (N) qui doit rester contrôlé. Les travaux de référence sur la nutrition minérale du genre Solanum publiés dans Scientia Horticulturae établissent les ordres de grandeur suivants pour un plant adulte produisant 4 à 6 kg de fruits sur la saison.
| Élément | Besoin total saison (g/plant) | Période critique | Fonction physiologique |
|---|---|---|---|
| Azote (N) | 6 à 10 g | Avril à juin | Croissance végétative, feuilles, tiges |
| Phosphore (P₂O₅) | 4 à 6 g | Plantation à floraison | Enracinement, mise à fleurs |
| Potassium (K₂O) | 12 à 18 g | Floraison à fructification | Qualité fruits, grossissement, sucre |
| Calcium (Ca) | 6 à 10 g | Toute la saison | Paroi cellulaire, anti cul noir |
| Magnésium (Mg) | 2 à 3 g | Été | Chlorophylle, photosynthèse |
| Soufre (S) | 1 à 2 g | Été | Synthèse protéines, arômes |
Le ratio NPK idéal d'un engrais tomate se situe ainsi autour de 4-6-10, parfois noté 1-1,5-2,5 sur les sacs du commerce. Les engrais universels de jardin (souvent 7-7-7 ou 10-10-10) ne sont pas adaptés : ils favorisent le feuillage au détriment des fruits.
Pourquoi le potassium domine tout le reste
Le potassium est l'élément clé de la saison tomate. Il intervient dans plus de soixante systèmes enzymatiques, contrôle l'ouverture des stomates (donc la transpiration et la résistance à la sécheresse), pilote le transport des sucres des feuilles vers les fruits, et conditionne directement la fermeté et la couleur de la peau. Une étude de référence publiée dans HortScience sur l'effet du potassium sur la qualité gustative des tomates (Hartz et al., 2005, HortScience 40(6)) a montré qu'un apport supplémentaire de K en pleine fructification augmentait significativement la teneur en sucres solubles (Brix) et l'acidité titrable, deux indicateurs majeurs de la qualité gustative.
Concrètement, un plant carencé en K produira des tomates petites, fades, qui mûrissent mal et restent jaunâtres à l'épaule. Le bon réflexe est d'anticiper ce besoin dès la floraison, pas d'attendre les symptômes.
Le calcium, l'élément oublié qui change tout
Le calcium est rarement mentionné quand on parle de fertilisation tomate, et c'est une erreur. Le calcium constitue les parois cellulaires de la plante. Or la tomate, qui produit des fruits volumineux et gorgés d'eau, demande un apport continu et régulier de Ca pour structurer ses tissus. Une carence aiguë provoque la fameuse nécrose apicale (le « cul noir » ou blossom-end-rot en anglais), une tache noire qui apparaît sous le fruit en cours de grossissement. Les travaux de l'INRAE publiés sur HAL (Saure, 2014, Scientia Horticulturae 174) confirment que cette nécrose n'est presque jamais due à une absence absolue de calcium dans le sol, mais à une mauvaise circulation de l'eau (donc du calcium dissous) dans la plante, souvent causée par des arrosages irréguliers ou un excès d'azote.
C'est pour cette raison qu'un sol équilibré, calcaire ou amendé avec des coquilles d'œufs broyées ou de la chaux dolomitique, prévient mieux le cul noir que n'importe quel traitement curatif.
Le compost mûr, base incontournable de toute stratégie naturelle
Si vous ne devez retenir qu'une chose de ce guide, c'est celle-ci : un sol vivant, riche en matière organique stable, fait 70 pour cent du travail de fertilisation. Toutes les autres techniques ne sont que des ajustements ponctuels sur cette fondation.
Pourquoi le compost reste irremplaçable
Le compost mûr n'est pas un engrais à proprement parler, c'est un amendement. Il apporte simultanément trois choses qu'aucun engrais minéral ne peut fournir : une matière organique stable qui structure le sol et retient l'eau (un sol composté retient jusqu'à 30 pour cent d'eau en plus selon les travaux de Wageningen UR sur les sols horticoles), une libération lente et régulière de nutriments majeurs sur 3 à 6 mois, et une vie microbienne qui rend disponibles les éléments déjà présents dans le sol mais bloqués sous forme insoluble. Les recherches publiées dans Agriculture, Ecosystems and Environment sur les rotations légumières montrent qu'un apport régulier de compost mûr améliore significativement le rendement des cultures de Solanacées sur le moyen terme, en particulier dans les sols pauvres en matière organique.
Quel compost, en quelle quantité, à quel moment
Pour une plantation de tomates en pleine terre, comptez 5 à 7 litres de compost mûr par mètre carré, incorporés sur les vingt premiers centimètres trois à quatre semaines avant la plantation. Le compost doit être mûr (couleur brun foncé, odeur de sous-bois, structure grumeleuse, aucun fragment de matière reconnaissable). Un compost trop jeune (encore actif, chaud, avec des morceaux visibles) brûlera les racines des jeunes plants et acidifiera temporairement le sol.
Si vous plantez en bac ou en pot, utilisez plutôt 30 pour cent de compost mélangé à 50 pour cent de terreau et 20 pour cent de terre de jardin pour assurer le drainage. Les pots de 30 à 50 litres peuvent recevoir une recharge superficielle de 2 cm de compost mi-saison, fin juin.
Compost de fumier vs compost végétal : différence pratique
Le compost de fumier (cheval, vache, mouton, poule) est plus riche en azote et en potassium que le compost purement végétal. Il convient particulièrement à la tomate. Le fumier de poule est le plus concentré : 1 à 2 pour cent de N, 1 à 1,5 pour cent de P, 0,8 à 1 pour cent de K. Attention : le fumier de poule doit être absolument composté au minimum 6 mois avant utilisation. Frais, il brûle tout. Le fumier de cheval composté reste le plus équilibré pour un usage généraliste au potager.
Les neuf matières fertilisantes naturelles incontournables
Une fois le sol amendé en compost, vous pouvez ajuster finement la nutrition avec des apports ciblés. Voici les neuf matières à connaître, classées par usage.
Pour l'azote : corne broyée, sang séché, fumier de poule
La corne broyée est l'engrais azoté organique de référence. Sa libération est lente (3 à 4 mois) et progressive, ce qui évite les pics d'azote nuisibles à la fructification. Composition moyenne : 12 à 14 pour cent de N, 1 pour cent de P, 0 pour cent de K. Dosage à la plantation : une poignée (environ 30 g) au fond du trou, recouverte de 5 cm de terre avant de poser le plant.
Le sang séché agit beaucoup plus vite (1 à 3 semaines). Composition : 12 à 13 pour cent de N, libération éclair. À réserver aux corrections de carence aiguë (feuillage jaune pâle, croissance stoppée) en début de saison uniquement. Dosage : 30 g par mètre carré griffé en surface, jamais après floraison.
Le fumier de poule composté (granulés vendus en jardinerie ou compost maison) apporte un mix N-P-K équilibré, idéal pour les plants en pot. Dosage : 50 à 80 g par plant en surface au printemps.
Pour le potassium : cendre de bois, purin de consoude, vinasse de betterave
La cendre de bois feuillu (chêne, hêtre, charme) est l'une des sources de potassium les plus accessibles et les moins chères. Composition typique d'une cendre bien tamisée : 5 à 8 pour cent de K, 2 à 3 pour cent de P, 20 à 30 pour cent de calcium. Elle alcalinise le sol, ce qui aide à neutraliser les terres acides. Dosage : 50 g par mètre carré une fois par mois, jamais plus de 100 g par mètre carré par an (au delà, le pH grimpe trop). Tamisez avant épandage pour retirer les morceaux non brûlés, et n'utilisez jamais de cendres de bois traité, peint ou aggloméré.
Le purin de consoude est la star des engrais liquides naturels pour tomates. Recette de base : 1 kg de feuilles fraîches de consoude (Symphytum officinale) hachées dans 10 litres d'eau de pluie, fermentation 10 à 15 jours à l'ombre en remuant tous les 2 jours, filtration. Composition du purin pur : 4 à 5 pour cent de K, 0,5 pour cent de N, 0,3 pour cent de P, plus du calcium et du magnésium. Usage : dilution à 10 pour cent dans l'eau d'arrosage (1 litre de purin pour 10 litres d'eau), arrosage au pied une fois par semaine de la floraison à la fin août. Pour le mode opératoire complet et le calendrier de fermentation, consultez notre recette détaillée du purin d'ortie et de consoude.
La vinasse de betterave est un sous produit de l'industrie sucrière, riche en potassium (5 à 6 pour cent) et en oligo-éléments. Vendue en jardinerie bio en granulés ou en liquide, elle remplace efficacement la cendre de bois sur les sols déjà calcaires. Dosage : selon les indications du fabricant, généralement 30 à 50 g par mètre carré par mois.
Pour le calcium : coquilles d'œufs broyées, chaux dolomitique
Les coquilles d'œufs broyées sont la source de calcium domestique par excellence. Composition : 38 pour cent de calcium sous forme de carbonate, plus des traces de magnésium. Mode d'emploi : séchez les coquilles, broyez-les finement au mortier ou au mixeur, et épandez 200 g (environ 20 coquilles) au pied de chaque plant à la plantation, plus une seconde dose à la floraison. La libération est lente (3 à 6 mois), ce qui en fait un apport de fond idéal contre le cul noir.
La chaux dolomitique apporte simultanément du calcium (20 pour cent) et du magnésium (10 pour cent). À utiliser uniquement sur sols acides (pH inférieur à 6,5), dosage 100 à 150 g par mètre carré, incorporée à l'automne précédent pour qu'elle ait le temps d'agir. Sur sols calcaires (pH supérieur à 7,2), elle est inutile.
Pour les amendements et l'activation : marc de café, BRF
Le marc de café apporte peu de NPK (environ 2 pour cent N, 0,3 pour cent P, 0,3 pour cent K) mais il contient des oligo-éléments intéressants et active la vie microbienne du sol. Il acidifie légèrement, ce qui peut équilibrer un sol calcaire. Limites : son usage en couche épaisse forme une croûte imperméable qui empêche l'eau de pénétrer. Bon usage : séchez le marc, mélangez-le au compost, ou épandez en couche très fine (5 mm maximum) griffée en surface autour des plants. Limitez à 200 g par mètre carré par mois.
Le BRF (Bois Raméal Fragmenté) est un broyat de jeunes branches de feuillus utilisé en paillage actif. Il améliore durablement la structure du sol et favorise la mycorhization racinaire. Pour les tomates, il s'épand en couche de 3 à 5 cm en paillage de fin de printemps, après que le sol s'est réchauffé. Évitez les essences résineuses (pin, sapin, épicéa) trop acidifiantes.
Une fertilisation correcte ne sert à rien si les plants s'effondrent en juillet sous le poids des grappes. Les tomates indéterminées bien nourries atteignent 1,80 m à 2,50 m et produisent des grappes de 400 g à 1 kg. Un système de tuteurage adapté, installé dès la plantation, protège l'investissement en fertilisation et facilite l'aération nécessaire à la prévention du mildiou. Pour le détail des techniques de tuteurage selon les variétés, consultez notre guide complet pour tuteurer les tomates.
Calendrier d'application semaine par semaine
La fertilisation tomate n'est pas un acte unique, c'est une trajectoire qui démarre 6 semaines avant la plantation et se termine 15 jours avant les premières gelées. Voici le déroulé optimal pour le calendrier classique de l'Hexagone.
Mars à avril : préparation du sol
Six à quatre semaines avant la plantation (mi-mars dans le sud, début avril dans le nord, à ajuster selon votre calendrier de plantation des tomates), incorporez le compost mûr sur les vingt premiers centimètres du sol à raison de 5 à 7 litres par mètre carré. Si vous savez que votre sol est pauvre en calcium ou acide, ajoutez 100 g de chaux dolomitique par mètre carré ou un kilo de coquilles d'œufs broyées.
À ce stade, n'apportez ni purin ni engrais à libération rapide : ils seraient lessivés par les pluies de printemps avant que les racines ne soient en place.
Mai : plantation
Au moment de la mise en terre, creusez un trou de 30 à 40 cm de profondeur. Au fond, déposez une poignée de corne broyée (environ 30 g), une poignée de compost mûr supplémentaire, et 200 g de coquilles d'œufs broyées finement. Recouvrez de 5 à 10 cm de terre pour éviter le contact direct des racines avec les apports. Posez le plant en enterrant la tige sur 10 cm pour favoriser le développement de racines adventives. Arrosez généreusement (5 litres au pied) et paillez avec 3 à 5 cm de paille, BRF ou tonte sèche.
Juin : phase végétative
Du planting jusqu'à l'apparition des premières fleurs, n'apportez aucun engrais azoté supplémentaire. Tout excès d'azote à cette période se traduira par un feuillage exubérant au détriment de la mise à fruits. Continuez simplement à arroser régulièrement et à maintenir le paillage.
Si vous observez un jaunissement franc des feuilles (chlorose) en juin, c'est probablement une carence en azote due à un sol pauvre : faites alors un apport ponctuel de purin d'ortie dilué à 10 pour cent, une seule fois.
Juillet : floraison et nouaison
Dès l'apparition des premières fleurs (généralement fin juin début juillet), commencez les apports hebdomadaires de purin de consoude dilué à 10 pour cent, en arrosage au pied. Cette opération dure 4 à 6 semaines et couvre les besoins en potassium de la phase critique. En parallèle, épandez 50 g de cendre de bois tamisée par mètre carré une fois en début de mois.
C'est aussi le moment de vérifier le pH si vous voyez apparaître les premiers signes de cul noir sur les fruits en formation : un test colorimétrique vendu en jardinerie (5 euros) renseigne en deux minutes.
Août : pleine production
Maintenez le rythme hebdomadaire de purin de consoude. Si la chaleur est forte (plus de 30 °C plusieurs jours d'affilée), passez à un arrosage plus profond (8 à 10 litres tous les 3 jours plutôt que 4 litres par jour). Une irrigation régulière au pied, idéalement enterrée via une oya en terre cuite, garantit la disponibilité du calcium et limite drastiquement le cul noir. Pour les départs en vacances, consultez notre dossier sur les oyas en terre cuite pour l'arrosage des vacances : la stabilité hydrique est aussi importante que la fertilisation pour la qualité des fruits.
Septembre : ralentissement et derniers fruits
Stoppez les apports de purin de consoude 15 jours avant la fin de saison prévue. Si vous continuez, la plante refait des feuilles au lieu de mûrir les derniers fruits. Pour accélérer le mûrissement des dernières grappes vertes, coupez la tête des plants début septembre (étêtage) et réduisez l'arrosage de 30 pour cent.
Engrais bio commerciaux : ce qui vaut le coup, ce qui n'en vaut pas
Pour les jardiniers qui n'ont ni le temps ni l'envie de faire leurs purins maison, le marché propose une vaste gamme d'engrais bio prêts à l'emploi. Voici comment s'y retrouver sans se faire avoir.
Les granulés bio mix : un bon compromis temps-prix
Les granulés bio multi-organiques (mélanges de corne broyée, sang séché, plumes, vinasse, guano, algues) sont le format le plus pratique. Un bon engrais tomate bio affiche un NPK proche de 4-6-10 ou 5-3-8. Évitez les formulations 10-10-10 qui ne respectent pas la signature nutritionnelle de la tomate. Comptez 60 à 100 g par plant à la plantation, plus une recharge de 30 à 50 g en surface fin juin. Coût indicatif : 12 à 20 euros le sac de 5 kg, qui couvre une vingtaine de plants sur la saison.
Le guano : puissant mais à doser finement
Le guano (déjections d'oiseaux marins ou de chauves souris) est très concentré : 10 à 14 pour cent de N, 8 à 12 pour cent de P, 2 à 3 pour cent de K. Effet visible en 1 à 2 semaines. Limites : risque rapide de surdosage azoté, prix élevé (40 à 60 euros le kilo), et controverse environnementale sur les modes d'extraction. À réserver à des corrections ponctuelles, pas comme base de fertilisation.
Les engrais liquides bio : pratiques en pot
Les engrais liquides bio (à base d'extraits d'algues, de vinasse ou de purins industriels) sont particulièrement adaptés aux cultures en bac. Ils permettent un dosage précis et une libération immédiate. Dilution typique : 5 à 10 ml par litre d'eau, arrosage au pied tous les 10 à 15 jours. Coût : 8 à 15 euros le litre de concentré. Privilégiez les formulations certifiées Ecocert ou OF&G pour garantir l'absence de résidus chimiques.
Pourquoi éviter les engrais minéraux conventionnels sur tomate
Les engrais minéraux conventionnels (NPK 17-17-17 type Algoflash) libèrent leurs éléments instantanément après dissolution. Sur tomate, cela pose trois problèmes documentés. Le premier est le risque accru de cul noir : les pics ponctuels d'azote ammoniacal perturbent l'absorption du calcium. Le second est l'impact gustatif : plusieurs études publiées dans Acta Horticulturae sur la fertilisation comparée organique vs minérale (Toor et al., 2006, Food Chemistry 94) ont montré que les tomates fertilisées organiquement présentaient des taux significativement plus élevés de composés phénoliques antioxydants et de sucres solubles. Le troisième est environnemental : les nitrates lessivés contaminent les nappes phréatiques.
Pour un usage occasionnel sur sol très pauvre, un engrais minéral peut dépanner. Pour une stratégie de fond, le bio reste largement supérieur en qualité gustative et en résilience du sol.
Les sept erreurs qui ruinent une saison de fertilisation
Après dix ans de questions reçues sur nos comptes sociaux, sept erreurs reviennent quasi systématiquement chez les jardiniers qui se plaignent de mauvaises récoltes. Voici comment les éviter.
Erreur n°1 : trop d'azote au démarrage
Symptôme : feuillage très dense, vert foncé, mais peu de fleurs, peu de fruits. Cause : sang séché, fumier frais ou compost trop jeune appliqués en excès à la plantation. Correction : si c'est trop tard pour cette saison, supprimez les gourmands sans pitié pour limiter la photosynthèse, stoppez tout apport azoté, et compensez par du purin de consoude pour relancer la mise à fruits. Pour la saison suivante, divisez vos apports d'azote par deux.
Erreur n°2 : oublier le potassium
Symptôme : fruits petits, fades, mûrissement irrégulier, peau pâle. Cause : aucun apport de cendre ou de purin de consoude à la floraison. Correction immédiate : démarrez les apports hebdomadaires de purin de consoude. Effet visible en 2 à 3 semaines sur les nouvelles grappes.
Erreur n°3 : arrosage irrégulier
Symptôme : cul noir, fendillements, fruits qui éclatent après les pluies. Cause : alternance sécheresse/abondance qui empêche la circulation du calcium. Correction : paillage épais (5 cm minimum), arrosage régulier au pied, jamais sur le feuillage. Une oya enterrée ou un système de goutte à goutte stabilisent l'humidité du sol.
Erreur n°4 : cendres en excès
Symptôme : croissance ralentie, jaunissement des nervures, sol qui devient compact. Cause : épandage de cendres trop fréquent qui fait grimper le pH au dessus de 8. Correction : arrêtez les cendres, et apportez du compost ou de la matière organique acidifiante (aiguilles de pin, marc de café) pour rééquilibrer.
Erreur n°5 : purin pur non dilué
Symptôme : brûlures des racines, feuilles qui jaunissent rapidement après application. Cause : oubli de la dilution à 10 pour cent. Correction : rincez abondamment le pied (20 litres d'eau claire) et attendez 15 jours avant tout nouvel apport.
Erreur n°6 : engrais à libération éclair en pleine fructification
Symptôme : la plante refait des feuilles, les fruits restent verts. Cause : apport de sang séché ou d'engrais minéral riche en N en juillet août. Correction : aucune intervention possible en saison, attendre. Pour la suivante, basculer tous les apports d'été sur du purin de consoude (potassium pur).
Erreur n°7 : pas d'amendement avant plantation
Symptôme : plants chétifs, croissance lente, récolte décevante. Cause : sol non préparé en mars avril. Le compost n'a pas eu le temps de s'intégrer et d'être colonisé par les micro organismes. Correction pour l'année en cours : surfaçage de compost en juin (2 cm griffés en surface), purin d'ortie dilué pour relancer la croissance. Et noter dans l'agenda : amendement compost mi-mars de l'année suivante.
Sources
-
Saure, M.C. (2014). Why calcium deficiency is not the cause of blossom-end rot in tomato and pepper fruit, a reappraisal. Scientia Horticulturae, 174, 151-158. DOI:10.1016/j.scienta.2014.05.020
-
Hartz, T.K., Johnstone, P.R., Francis, D.M., Miyao, E.M. (2005). Processing tomato yield and fruit quality improved with potassium fertigation. HortScience, 40(6), 1862-1867. DOI:10.21273/HORTSCI.40.6.1862
-
Toor, R.K., Savage, G.P., Heeb, A. (2006). Influence of different types of fertilisers on the major antioxidant components of tomatoes. Journal of Food Composition and Analysis, 19(1), 20-27. DOI:10.1016/j.jfca.2005.03.003
-
Société Nationale d'Horticulture de France. Fiche plante : Tomate (Solanum lycopersicum). Consultable en ligne sur le site officiel de la SNHF : snhf.org/fiche-plante/tomate
-
INRAE Ephytia. Fiche tomate, fertilisation et nutrition minérale. Plateforme de transfert INRAE consultable en ligne : ephytia.inra.fr/fr/C/5081
-
Adams, P., Ho, L.C. (1993). Effects of environment on the uptake and distribution of calcium in tomato and on the incidence of blossom-end rot. Plant and Soil, 154, 127-132. Référence Wageningen UR citée dans la littérature horticole de référence sur la nutrition calcique de la tomate.
-
FAO. Plant nutrition for food security: A guide for integrated nutrient management. FAO Fertilizer and Plant Nutrition Bulletin n°16, chapitre dédié aux Solanacées. Document consultable sur le site officiel de la FAO : fao.org
Pour conclure : composer votre stratégie en trois temps
La fertilisation naturelle de la tomate tient en trois gestes étalés dans le temps. D'abord un amendement de fond au compost mûr, six semaines avant plantation, qui structure le sol et fournit 70 pour cent des besoins de la saison. Ensuite un apport de plantation localisé (corne broyée, coquilles d'œufs, compost frais) qui sécurise l'enracinement et l'azote des premières semaines. Enfin un suivi hebdomadaire au purin de consoude dilué dès la floraison, qui couvre le pic de besoin en potassium pendant toute la phase de fructification. Avec ces trois temps maîtrisés, vous récoltez des fruits goûteux, sans cul noir, sans dépendance aux engrais minéraux, et avec un sol qui s'enrichit saison après saison plutôt que de s'épuiser. Le reste, ce sont des ajustements.
Questions frequentes
Quel est le meilleur engrais naturel pour la tomate ?
Le compost mur reste la base incontournable, complete par de la cendre de bois tamisee (riche en potassium) au moment de la floraison et de la corne broyee enfouie a la plantation pour un apport d'azote lent. Pour les plants gourmands en pleine production, un arrosage hebdomadaire au purin de consoude dilue a 10 pour cent en juillet aout apporte le potassium necessaire au grossissement des fruits. Aucun produit miracle isole : c'est la combinaison qui fonctionne.
Quand commencer a fertiliser les tomates ?
La fertilisation commence trois a quatre semaines avant la plantation, en incorporant 5 a 7 litres de compost mur par metre carre dans les vingt premiers centimetres de sol. Au moment de la mise en terre, ajoutez une poignee de corne broyee au fond du trou. Apres la plantation, attendez l'apparition des premieres fleurs pour reprendre des apports liquides hebdomadaires. Fertiliser trop tot favorise le feuillage au detriment des fruits.
Pourquoi mes tomates ont le cul noir et comment l'eviter ?
Le cul noir, ou necrose apicale, n'est pas une maladie mais une carence en calcium liee a une mauvaise circulation de l'eau dans la plante. Causes : arrosage irregulier, exces d'azote, sol trop acide, paillage absent. Solutions immediates : arrosez regulierement au pied (5 a 8 litres tous les 3 jours), ajoutez 200 g de coquilles d'oeufs broyees autour du plant et paillez epais. La pulverisation foliaire de chaux dolomitique diluee a 1 pour cent peut aider en urgence.
Le marc de cafe est-il bon pour les tomates ?
Oui mais avec moderation. Le marc de cafe apporte de l'azote (environ 2 pour cent), du potassium et du magnesium, mais il acidifie legerement le sol et peut former une croute impermeable s'il est applique en couche epaisse. Mode d'emploi : sechez-le, melangez-le au compost ou epandez-le en couche fine de 5 mm autour des plants en grattant la surface du sol. Limitez a 200 g par metre carre par mois. Tres bon en complement d'un sol calcaire.
Combien de fois par semaine apporter du purin de consoude ?
Une seule fois par semaine, en arrosage au pied, dilue a 10 pour cent dans l'eau d'arrosage. Le purin de consoude est tres concentre en potassium (4 a 5 pour cent) : un usage plus frequent peut provoquer un dereglement de l'absorption d'autres elements. Commencez les apports a l'apparition des premieres fleurs, et stoppez 15 jours avant la fin de saison pour eviter que la plante ne fasse des feuilles au lieu de murir les derniers fruits.
Engrais bio en granules ou purins maison : que choisir ?
Les deux sont complementaires. Les granules bio du commerce (mix corne broyee + sang seche + algues + guano) apportent une fertilisation de fond progressive sur 8 a 12 semaines, parfaite a la plantation. Les purins maison agissent vite en periode de besoin pointu : croissance, floraison, fructification. Sur un potager familial, un sac de 5 kg de granules bio en avril et un bidon de purin de consoude maison en ete couvrent l'essentiel des besoins.
Faut-il un engrais different pour les tomates en pot ?
Oui, les apports doivent etre plus frequents et plus dilues. En pleine terre, le sol stocke les nutriments et les libere progressivement. En pot, le terreau s'epuise en 6 a 8 semaines et le lessivage par les arrosages frequents accelere les carences. Comptez un apport de purin de consoude dilue tous les 8 a 10 jours en juillet aout, plus 30 g de granules bio enfouis en surface tous les mois. Choisissez un pot de 30 litres minimum.
Quel est l'apport ideal de potassium pour une tomate ?
La tomate est une plante a fort besoin en potassium : 250 a 350 mg de K disponible par plant sur la saison, soit 2 a 3 fois ses besoins en azote. C'est le potassium qui controle la qualite gustative, le grossissement et la coloration des fruits. Sources naturelles : cendre de bois tamisee (50 g par metre carre une fois par mois), purin de consoude, compost de fumier de poule. Une carence en potassium se traduit par un mauvais murissement et des fruits petits acides.
