Hiverner une serre tunnel de marche tient en trois gestes à décider avant les premières gelées : une bâche propre et tendue, un cadre vérifié à ses jonctions, et une neige qu'on ne laisse jamais s'installer. Le tunnel monté au printemps n'en demande pas plus. Le reste de l'hiver tient en une habitude d'aération, à garder même quand il gèle.
Ce que l'hiver fait à une structure légère
L'hiver n'attaque pas comme un orage d'août. Le vent frappe en rafales brèves, la neige s'installe en charge continue : elle tombe, s'accroche, et ne repart pas toute seule. Sur cette serre tunnel de marche, le cadre repose sur des tubes d'acier galvanisé de 19 mm de diamètre et 0,5 mm de paroi. C'est mince, et c'est précisément ce qui rend la surveillance utile : la structure encaisse bien ce qui glisse, mal ce qui reste.
La bâche en polyéthylène joue les deux rôles à la fois. Elle abrite les cultures et retient tout ce qui tombe du ciel. Une couverture détendue qui baille entre deux arceaux creuse des cuvettes, et c'est là que la neige s'arrête en premier. Un tunnel plus long offre davantage de couverture à la neige, et les formats plus longs réclament donc une vigilance plus rapprochée.
| Moment | Ce qu'on fait | Ce que ça évite |
|---|---|---|
| Avant les premières gelées | rincer la bâche, retendre les cordes, contrôler les jonctions | lumière perdue, cuvettes à neige, visserie qui se dessert |
| Après chaque chute de neige | dégager du centre vers les extrémités, les deux côtés à égalité | charge déséquilibrée sur les arceaux |
| Chaque journée ensoleillée | entrouvrir les fenêtres à maille, refermer avant la nuit | condensation qui goutte sur le feuillage |
| À la reprise de printemps | reprendre la tension, inspecter la bâche et la visserie | usure invisible pendant quatre mois |
Nettoyer la bâche avant les premières gelées
Une bâche de polyéthylène neuve laisse passer 88 à 91% du rayonnement utile à la photosynthèse, et chaque point de lumière gagné en saison courte se traduit par un point de croissance en plus. Une saison dehors suffit à déposer sur le film une pellicule de poussière, de calcaire d'arrosage et de particules fines. Le tunnel s'assombrit sans qu'on s'en aperçoive, et une bâche fatiguée fait pire que filtrer la lumière : elle retient la condensation qui retombe ensuite sur le feuillage.
Le nettoyage se fait à l'éponge douce, avec une eau claire ou légèrement savonneuse, sur les faces que vous atteignez sans forcer : les deux pignons, le haut de la couverture, les bandes latérales au-dessus des ouvertures. Rincez ensuite à l'eau claire, du faîtage vers le bas, dans le sens où l'eau s'écoule. Les détergents agressifs n'apportent rien : ils laissent un voile en séchant et fatiguent le film.
Choisissez une journée douce et sans vent. Un polyéthylène froid devient cassant et supporte mal les frottements, alors qu'une bâche tiédie par le soleil se laisse nettoyer sans marquer. Profitez-en pour passer la main sur toute la surface. Un accroc repéré en octobre se répare à l'aise ; découvert en janvier, il laisse déjà entrer l'eau et le froid.

Retendre la couverture et reprendre les jonctions
Une couverture qui prend du mou transforme chaque rafale en battement, et fatigue ses fixations autant que le cadre. Reprenez les cordes de haubanage avant les grands vents d'automne, puis vérifiez chaque assemblage : faîtière, départs de diagonales, visserie des pieds. Ces jonctions ont travaillé tout l'été. Une vis qui a pris un demi-tour de jeu en août se termine en bâche qui claque en décembre.
Sur l'acier galvanisé, cherchez la rouille blanche aux points de contact entre tubes, là où l'eau stagne après la pluie. Le traitement résiste bien, mais une zone rayée au montage finit par s'oxyder. Un pinceau de peinture antirouille en octobre vaut mieux qu'un tube à remplacer au printemps.
La neige, le seul vrai risque de rupture
La neige pèse plus lourd qu'on ne l'imagine, et son poids dépend entièrement de sa teneur en eau. Trente centimètres de neige légère n'apportent que 2,5 cm d'eau. Dix centimètres de neige détrempée en contiennent autant. Chaque pouce d'eau équivalente, soit 2,5 cm, charge la structure d'environ 25 kg par mètre carré. Sur les 6,3 m² de ce tunnel, cela approche les 160 kg posés sur des arceaux de 19 mm.
La charge n'est dangereuse que lorsqu'elle est mal répartie. Une neige poussée par le vent s'entasse d'un seul côté, et c'est ce déséquilibre qui plie les arceaux, plus que le poids total. Une couverture tendue réduit les creux où la neige s'accroche et laisse mieux filer ce qui glisse. En dessous d'une dizaine de centimètres, la charge reste modérée ; au-delà, elle devient difficile à évacuer et le déséquilibre s'installe.
Dégagez tôt, et dans le bon ordre. Comptez une dizaine de centimètres accumulés comme le seuil au-delà duquel on intervient, puis commencez par le centre en avançant vers les deux extrémités, en déchargeant les deux côtés à mesure. Un côté vidé avant l'autre recrée exactement le déséquilibre qu'on cherche à éviter. Sur ce format, un balai souple ou un balai à manche télescopique suffit. Pour la glace, ne raclez pas : poussez par le dessous, avec un manche émoussé, en surveillant le film.
Si vous ne cultivez pas sous le tunnel cet hiver, la question se pose autrement. Pour une structure qui n'est pas dimensionnée pour la neige, la solution retenue par les services d'extension universitaires nord-américains est de démonter la bâche après la dernière récolte et de la stocker enroulée, à l'abri de la lumière, avant de la remonter au printemps. Cela supprime le risque de rupture et prolonge la vie du film. L'opération se fait à deux, sans outillage particulier, et elle se justifie surtout si vous ne passez pas voir votre potager en janvier.

Aérer même quand il gèle
L'air chaud contient plus d'humidité que l'air froid. Dans un tunnel fermé, la vapeur d'eau respirée par les plantes et évaporée par le sol se condense la nuit sur la face interne du film, puis retombe en gouttes froides sur le feuillage. Au-delà de 85% d'humidité relative, les maladies prennent l'ascendant. Le remède ne coûte rien : ouvrir.
Ouvrez tôt plutôt que tard. Sous un soleil d'hiver, un tunnel non aéré monte vite en température, et l'air se charge d'autant plus de vapeur d'eau que la journée avance. En fin de matinée, entrouvrez les deux fenêtres à maille sur des faces opposées : l'air entre par l'une et ressort par l'autre, sans courant froid dirigé sur les plants. Si la température continue de grimper, roulez la porte. Refermez en fin d'après-midi, avant que le soleil ne quitte la bâche : la chaleur accumulée dans la journée est ce qui vous fera passer la nuit.
Ce rythme surprend au début, parce qu'il contredit l'idée qu'un tunnel se ferme en hiver. Un tunnel fonctionne comme un capteur solaire : il accumule de la chaleur dans la journée et la perd très vite après le coucher du soleil. D'où des après-midis tièdes et des nuits presque aussi froides que dehors.

Ce qui pousse encore sous la bâche
Les cultures qui tiennent l'hiver sous un tunnel sont les légumes feuilles des saisons fraîches, dont la plage de confort se situe entre 15 et 24 °C : mâche, épinards, roquette, blettes, moutarde brune. Ce sont elles qui justifient de garder la structure en place. Elles se sèment avant que la lumière ne devienne le facteur limitant, car leur croissance ralentit nettement quand la durée du jour passe sous dix heures.
Ne comptez pas sur la bâche seule pour les nuits froides. Les mesures faites sous des tunnels non chauffés montrent que la température maximale de la journée monte, mais que la température minimale de la nuit reste très proche de celle de l'extérieur, parfois même plus basse. Contre le gel, la bâche ne fait qu'une partie du travail : il faut une couche de plus, un voile posé sur les plants ou un petit tunnel bas à l'intérieur. Cela gagne quelques degrés au niveau du sol, au prix d'environ un tiers de la lumière, donc on le retire au lever du jour.
Un tunnel vide en décembre n'est pas une fatalité. Deux planches et une allée centrale suffisent à tenir un carré de mâche jusqu'en février, et la place laissée libre par les tomates se remplit très bien en septembre. Pour organiser cette succession sans perdre de surface, le plan de circulation intérieure se dessine avant les semis, pas après.
Si les nuits descendent sous ce que supporte la culture, un voile d'hivernage tendu sur des arceaux bas reste la protection la moins coûteuse, et il se range au sec entre deux épisodes de froid.
Le redémarrage de printemps
Mars ne demande pas grand-chose, mais il demande de regarder. Reprenez la tension des cordes, qui ont travaillé sous la neige et les vents d'hiver. Inspectez la bâche sur toute sa surface : une zone décolorée ou craquelante annonce un film en fin de vie, et un remplacement au printemps coûte moins qu'une couverture qui se déchire en pleine saison. Vérifiez la visserie, en particulier aux pieds d'arceaux, et passez un chiffon sur les jonctions pour repérer la rouille blanche.
Si vous avez démonté la bâche à l'automne, remontez-la avant que les nuits ne redeviennent douces : une bâche posée sur un sol encore froid se tend moins bien, et les premières cultures démarrent mieux sous une couverture retendue. Le reste de l'entretien annuel tient dans le nettoyage, refait au printemps sur la poussière neuve de l'hiver. Un tunnel suivi deux fois par an dure nettement plus longtemps qu'un tunnel qu'on ne regarde qu'en cas de problème.
Sources
- Grubinger, V., 2014. Prevent greenhouse collapse. University of Vermont Extension.
- Waaswa, A. et Holley, R., 2025. How to Manage and Protect Your High Tunnel During Winter Conditions. University of Nevada, Reno Extension.
- University of Illinois Extension, 2025. Be diligent in snow and ice removal on high tunnels.
- Bartok, J. W., 2013. Plastic Film Update. University of Connecticut Integrated Pest Management.

