Poser une housse de serre tunnel neuve sur une armature existante demande une matinée, à deux, par temps calme. Tout se joue dans l'ordre des opérations : préparer l'armature, ouvrir la tranchée de pied, engager le bon pignon, dérouler sans pli, enterrer les rebords, puis tendre. Le geste que l'on saute le plus souvent, celui des rebords, est justement celui qui décide de la tenue de la toile tout l'hiver.
Ce qui se prépare avant de dérouler la toile
Un tunnel qui a porté une bâche deux ou trois saisons garde des traces de ce passage. Arceaux piqués, vis qui dépassent d'un demi-tour, éclats de bois si la base est en bois : ces aspérités ne se voient plus une fois la toile posée, et c'est précisément là qu'elles travaillent. Passez un chiffon sur toute la charpente avant de sortir la housse du carton. Une vis reprise en cinq minutes vous épargne une amorce de déchirure à l'angle du pignon.
Vérifiez ensuite le gabarit. Cette housse est taillée pour une armature de 6 m de long, 3 m de large et 2 m au point haut, soit 18 m² au sol. Le développé de la toile, mesuré du sol d'un côté au sol de l'autre en passant par le faîte, reste la cote qui décide vraiment, parce qu'elle intègre la courbure de vos arceaux. Deux tunnels de même largeur et de même hauteur peuvent avoir des cintres différents, et la couverture tombe alors trop courte ou flotte sur les épaules.
Reste la météo. Choisissez une journée sèche, sans vent, plutôt douce. Un polyéthylène froid est raide : il se plie mal et garde les plis qu'on lui donne. Le vent, lui, transforme six mètres de toile en voile avant même qu'elle ait touché l'armature. Prévoyez deux personnes. Une housse de 6 m pèse peu mais prend du volume, et quelqu'un doit tenir la partie déjà engagée pendant que l'autre fait progresser le reste.
La tranchée de pied se creuse à ce moment-là, pas après. Faites le tour de l'emprise avec une bêche sur quelques centimètres de profondeur, assez pour accueillir les rebords prolongés de 15 cm. Une tranchée ouverte sur une toile déjà tendue oblige à travailler en force contre la couverture, et le rebord finit par se coucher au lieu de s'enterrer.
Présenter la façade du bon côté
Repérez la porte enroulable dans le paquet, puis engagez ce pignon en premier. Placez-la du côté par lequel vous entrez au jardin, celui du portillon ou de la maison : cette porte s'ouvrira tous les jours de la saison, autant qu'elle tombe sous la main.
Le reste de la couverture est symétrique. Six fenêtres garnissent chaque long côté, et aucune des deux faces n'est prioritaire : vous n'avez donc pas de repère à chercher dans la pénombre du carton au moment de choisir un bord. C'est un vrai soulagement quand on pose seul, par une matinée grise.
Ne faites pas glisser la toile sur le sol : sur du gravier, un mètre de traînée suffit à marquer la surface. Faites-la monter depuis le pignon, quitte à la soutenir à deux.
Dérouler vers l'arrière, sans pli marqué
Le geste ressemble à celui d'un pull qu'on enfile. Les deux personnes passent la toile par-dessus le faîte et la font progresser vers le pignon arrière, en la déroulant au fur et à mesure plutôt qu'en tirant sur un bloc. Une couverture tirée en masse arrive avec des plis transversaux que la tension transformera en lignes blanches. Ces lignes sont les points de faiblesse de la saison suivante, en plein sur le faîte, là où la toile travaille le plus.
Répartissez la matière régulièrement de part et d'autre du faîte, puis laissez la couverture descendre jusqu'au sol des deux côtés. À cet instant, rien n'est encore tendu : vous ajustez seulement la position, en la faisant rouler d'un centimètre sur l'armature plutôt qu'en la tirant.

Enterrer les rebords, le geste qui tient la toile
C'est ici que se joue la tenue au vent. Les mesures en soufflerie menées sur une serre plastique mono-travée montrent que la pression du vent reste négative sur la quasi-totalité de la surface supérieure : la toile est aspirée vers le haut plus qu'elle n'est poussée, et elle cherche à se soulever par le sommet. Dans ces essais, la vitesse de vent minimale capable d'endommager la structure a été relevée à 14,5 m par seconde.
Un rebord posé à plat au sol, même chargé de quelques pierres, ne résiste pas à cette force. Glissez les 15 cm de pourtour dans la tranchée, rebroussez la toile vers l'intérieur du tunnel, puis rebouchez avec la terre que vous avez sortie et tassez au pied. La couverture est alors plaquée par le sol sur tout son périmètre, et le vent ne trouve plus de prise sous la lèvre.
Une limite à connaître : ce travail sur la toile ne rachète pas une armature fatiguée. Des essais de terrain conduits sur des tunnels mono-travée ont comparé plusieurs facteurs de tenue, dont l'écartement des arceaux et la profondeur d'ancrage. Ce sont les jonctions entre tubes qui pèsent le plus sur la résistance à l'arrachement, devant ces deux autres facteurs. Si les raccords de votre structure glissent, la plus belle des couvertures finira par bouger avec eux. Un tour d'armature et un contrôle des raccords avant la pose coûtent moins qu'une saison perdue : des jonctions qui glissent font aussi battre une toile sous un vent soutenu.
Tendre juste ce qu'il faut
La tension se cherche entre deux excès. Trop lâche, la toile bat au moindre souffle et fatigue les coutures autour des fenêtres. Trop tendue, elle blanchit le long du faîte et du pourtour : le polyéthylène étiré à froid perd de sa souplesse là où il travaille le plus, et c'est de là que partent les déchirures de l'hiver.
Visez une toile plate, sans cloche, qui cède sous la paume sans se creuser en poche. Ne cherchez pas la tension définitive le premier jour. Le polyéthylène se détend un peu aux premières chaleurs et se replace en épousant la forme des arceaux. Laissez passer une semaine, puis reprenez la tension régulièrement, du pignon avant vers l'arrière, au lieu de rattraper tout d'un côté.
Si vous posez en fin d'été, cette seconde passe tombe à point nommé : vous fermerez la serre aux pluies d'automne avec une couverture correctement réglée.
Ouvrir et refermer : ce que douze fenêtres peuvent et ne peuvent pas
Des simulations menées sur des serres plastiques multi-travées donnent un repère utile pour la saison : la combinaison des ouvrants latéraux et de toiture est la configuration la plus efficace pour évacuer la chaleur en été, tandis qu'un ouvrant de toiture seul déshumidifie le mieux en hiver. Ouvrez donc large quand le soleil tape, et du côté sous le vent si la brise est soutenue : une fenêtre présentée face au vent claque et laisse entrer la pluie.
Notre housse n'a pas d'ouvrant de faîte. Les douze fenêtres sont réparties sur les longs côtés, six de chaque, et la porte tient le rôle du grand ouvrant. En été, cela ne pose pas de difficulté : trois ou quatre fenêtres relevées suffisent à évacuer la chaleur de la journée, et vous refermez quand le soir tombe. En hiver, la limite se voit davantage. Sans ouverture en toiture, l'humidité matinale s'évacue par la porte et le haut des fenêtres, et il faut accepter qu'une couverture plastique garde de la condensation au réveil. Ouvrez tôt, quitte à refermer en milieu de matinée, plutôt que de laisser la serre fermée jusqu'au dégel.
Ce que la lumière fait sous la toile
La toile de cette housse est un polyéthylène vert translucide, parcouru d'un maillage quadrillé visible sur toute la surface. Ce maillage limite la propagation d'un accroc, ce qui se paie en lumière transmise, et c'est au déroulage qu'une toile neuve attrape sa première déchirure. La teinte verte filtre par ailleurs une partie du spectre : nous n'avons pas de mesure de transmission pour cette couverture précise, et mieux vaut l'écrire que l'estimer.
Sur la qualité de la lumière, un essai mené sur tomate a comparé deux films, l'un peu diffusant, l'autre à 29 % de diffusion. Le plus diffusant a donné une photosynthèse nettement supérieure dans les feuilles du milieu et du bas de la canopée, et des rendements plus élevés dans les deux densités de plantation testées. Une lumière dispersée descend plus profondément dans le feuillage qu'un faisceau direct, qui s'arrête sur les premières feuilles. Encore faut-il que la toile soit entière et plaquée : sous une couverture haute non chauffée, la saison de culture s'allonge d'une à quatre semaines au printemps et de deux à huit semaines à l'automne.

Ce qui rate le plus souvent
Trois erreurs reviennent, et elles coûtent toutes une saison.
Laisser l'ancienne bâche en place. Elle garde ses plis et ses trous, la neuve s'arrête dessus au lieu de descendre au sol, l'eau stagne entre les deux épaisseurs, et les fenêtres des deux couvertures ne se superposent jamais. Déposez l'ancienne couverture avant de commencer.
Poser sous un vent moyen. La toile devient une voile avant d'avoir touché l'armature, et ce sont les angles du pignon qui encaissent. Une heure d'attente vous évitera une réparation.
Tendre avant d'enterrer. Une fois la couverture tendue, le rebord ne se glisse plus proprement dans sa tranchée : il se couche, laisse un bourrelet au pied de la structure, et c'est exactement là que le vent s'engouffre. Enterrez, puis tendez.
La première semaine vous apprend le reste
Une semaine après la pose, refaites un tour. Reprenez la tension, d'abord sur le faîte puis sur les côtés. Vérifiez que la pluie n'a pas ressorti un rebord de sa tranchée, surtout du côté exposé. Contrôlez les attaches noires des fenêtres, qui se détendent avec les premiers replis de la toile. Regardez enfin ce qui se passe le matin : une condensation fine sur la face interne est normale, un ruissellement abondant qui mouille les feuilles vous indique qu'il faut aérer plus tôt dans la journée.
Si vous installez l'arrosage sous la couverture à ce moment-là, c'est le bon moment pour le faire, une fois la toile en place et la structure enfin stable. Un kit goutte à goutte posé avant la pose se retrouve piétiné pendant le déroulage. Le reste de la saison se joue sur des observations simples, et un thermomètre à sonde extérieure posé à mi-hauteur vous en dira plus long qu'une impression de main.

L'ordre des gestes, en une phrase
La pose d'une housse de rechange 6 x 3 x 2 m tient en une matinée, à condition de respecter l'ordre : armature propre, tranchée creusée, façade au bon pignon, déroulage sans pli, rebords enterrés, tension mesurée. Deux points décident vraiment du résultat, le sol et la tension, et tous les deux se reprennent une semaine plus tard. Si vous n'avez pas encore de structure, la question ne se pose pas de la même manière : une serre tunnel complète réunit l'armature et sa couverture, alors que cette housse s'adresse à une installation déjà en place.
Questions frequentes
Faut-il retirer l'ancienne bâche avant de poser la housse neuve ?
Oui, et c'est même la première chose à faire. Une vieille toile laissée en place empêche la neuve de descendre jusqu'au sol, et elle retient l'eau dans ses plis. Déposez-la, mettez-la de côté pour la déchetterie, et travaillez sur l'armature nue.
Combien de personnes faut-il pour poser une housse de 6 m ?
Deux suffisent par temps calme, une de chaque côté du tunnel. Le poids n'est pas le problème : six mètres de toile prennent le vent dès qu'ils sont sortis, et quelqu'un doit tenir la partie déjà engagée sur le pignon pendant que l'autre fait progresser le reste. Par brise légère, prévoyez une troisième personne au sol pour maintenir la toile déjà descendue.
Peut-on poser cette housse sur une armature d'une autre marque ?
Si votre structure mesure bien 6 m de long, 3 m de large et 2 m au point haut, la housse est faite pour elle. La cote à vérifier en priorité reste le développé, c'est-à-dire la longueur de toile nécessaire pour aller du sol d'un côté au sol de l'autre en passant par le faîte. Deux tunnels annoncés aux mêmes dimensions peuvent avoir des arceaux plus ou moins cintrés, et donc des développés différents.
Que faire si la housse bat au vent après la pose ?
Commencez par vérifier les rebords : c'est presque toujours là que le problème se trouve. Un rebord sorti de sa tranchée après une pluie rend la main au vent, et la toile se remet à claquer. Reprenez ensuite la tension, uniformément, sans chercher à rattraper d'un seul côté. Si la toile reste battante alors que les rebords sont bien enfouis, regardez l'armature : des jonctions qui glissent laissent bouger l'ensemble, et aucune tension de toile n'y changera rien.
Sources
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- He, K., Chen, D., Sun, L., Liu, Z., & Huang, Z. (2015). The effect of vent openings on the microclimate inside multi-span greenhouses during summer and winter seasons. Engineering Applications of Computational Fluid Mechanics, 9(1), 399-410.
- Zheng, L., Zhang, Q., Zheng, K., Zhao, S., Wang, P., Cheng, J., Zhang, X., & Chen, X. (2020). Effects of Diffuse Light on Microclimate of Solar Greenhouse, and Photosynthesis and Yield of Greenhouse-grown Tomatoes. HortScience, 55(10), 1605-1613.
- Yang, Z. Q., Li, Y. X., Xue, X. P., Huang, C. R., & Zhang, B. (2013). Wind Loads on Single-span Plastic Greenhouses and Solar Greenhouses. HortTechnology, 23(5), 622-628.
- Kim, M. (2022). Effects of Uplift Resistance on Continuous-Pipe-Foundation of Single-Span Plastic Greenhouse by Steel Plate Pipe Connector. Agriculture, 12(12), 1998.

