Toile de paillage pas cher ne veut pas dire grand-chose tant qu'on s'en tient au prix affiché : un rouleau à 34,90 € et un lot de disques à 12,90 € ne couvrent pas la même surface. Le classement change avec la forme de la zone, le nombre de joints et la durée pendant laquelle la toile reste en place. Voici le calcul, format par format, à partir des prix et des surfaces de nos trois références.
En bref
- Le meilleur prix au mètre carré des trois rouleaux revient à la toile tissée de 1 m sur 10 m : 3,49 €.
- Le rouleau non tissé de 60 cm sur 20 m suit à 3,74 €, et le format 80 cm sur 10 m, moins cher à l'achat, est le plus cher des trois : 4,99 €.
- Chaque joint se paie : avec 10 cm de recouvrement entre deux bandes, le mètre carré de tissée passe de 3,49 à 3,88 €.
- Un disque au pied d'un arbre revient à 2,58 €, une quinzaine de fois le textile qu'il contient, soit 0,17 €.
- Une toile se rentabilise sur une plantation qui reste en place quatre ans ou plus, pas sur une planche retournée chaque saison.
Trois rouleaux, trois prix au mètre carré
Un rouleau ne s'achète pas au mètre linéaire mais au mètre carré couvert, et cette surface n'est écrite nulle part sur l'étiquette. Multipliez la largeur par la longueur, divisez le prix par le résultat, et le classement des trois formats n'est pas celui qu'annoncent les prix affichés.
| Référence | Surface du rouleau | Prix | Prix au mètre carré |
|---|---|---|---|
| Toile tissée 1 m x 10 m | 10 m² | 34,90 € | 3,49 € |
| Toile non tissée 60 cm x 20 m | 12 m² | 44,90 € | 3,74 € |
| Toile non tissée 80 cm x 10 m | 8 m² | 39,90 € | 4,99 € |
| Disques 25 cm, lot de 5 | 0,245 m² | 12,90 € | 52,70 € |
La première surprise est interne à la gamme non tissée. Le rouleau de 80 cm sur 10 m coûte 5 € de moins que celui de 60 cm sur 20 m, mais il en couvre 4 m² de moins. Le petit rouleau, le moins cher à l'achat des deux, est en réalité le plus cher au mètre carré des trois formats, quarante-trois pour cent de plus que le rouleau tissé.
La seconde surprise vient du lot de disques, avec un prix au mètre carré une quinzaine de fois supérieur à celui du rouleau tissé. L'écart mérite d'être lu pour ce qu'il est : un disque s'achète pour un pied d'arbre, et nous y revenons plus bas avec le calcul qui compte vraiment, le prix par pied.
Ce que coûtent les joints entre deux bandes
Une zone large se couvre en plusieurs lés, et ces lés doivent se chevaucher. Les mauvaises herbes passent par le moindre jour du textile : il faut recouvrir les bandes et les fixer serré pour que la couverture reste réellement continue. Ce recouvrement se paie en surface de textile, donc en argent.
Le compte, en prenant 10 cm de chevauchement entre deux bandes, une marge que vous ajustez à votre terrain :
- la toile tissée d'un mètre garde 0,90 m de largeur utile par bande. Un rouleau de 10 m couvre alors 9 m² de terrain, soit 3,88 € le mètre carré ;
- la non tissée de 80 cm garde 0,70 m utile, donc 7 m² couverts et 5,70 € le mètre carré ;
- la non tissée de 60 cm garde 0,50 m utile, donc 10 m² couverts et 4,49 € le mètre carré.
Le joint renchérit la facture de 11 à 14 % selon le format. Sur la bande de 60 cm, la largeur utile perd un sixième de sa valeur à chaque recouvrement, ce qui pénalise le format le plus étroit dès qu'il faut poser deux bandes côte à côte. Seule une zone couverte par un lé unique échappe à cette ligne de dépense.

Deux zones, deux gagnants
Ce que vous payez, ce sont des rouleaux entiers dont une partie seulement sera déroulée. Deux exemples suffisent à montrer comment le gagnant change.
Une bande de 1 m de large sur 10 m de long, le long d'un mur ou entre deux rangs de légumes. Dix mètres carrés, un seul lé, aucun joint. Le rouleau tissé de 1 m sur 10 m fait le travail pour 34,90 €. La non tissée de 60 cm demande deux bandes déroulées sur toute la longueur, donc 20 m de textile, exactement le contenu d'un rouleau : 44,90 €, dix euros de plus pour la même surface de terrain.
Un pied de haie de 20 m de long sur 60 cm de large. Douze mètres carrés, et l'avantage s'inverse. Le rouleau non tissé de 60 cm sur 20 m couvre la bande d'un seul tenant, sans joint, pour 44,90 €. Pour traiter la même bande avec la tissée d'un mètre, il faut deux rouleaux, soit 20 m² de textile achetés pour 12 m² de terrain couverts : 69,80 € à la caisse, et des chutes à stocker.
L'écart entre les deux situations tient à cette différence entre surface achetée et surface utilisée. Avant de trancher entre deux rouleaux, comptez les lés nécessaires, puis le nombre de rouleaux. Une bande de 10,50 m sur un rouleau de 10 m laisse 50 cm à couvrir, et ce demi-mètre se paie au prix d'un rouleau entier.
Ce qui manque dans chaque colis
Les trois références n'arrivent pas avec la même chose, et deux d'entre elles laissent des achats à votre charge. C'est une ligne à ajouter au prix au mètre carré.
La toile tissée en rouleau d'un mètre sur dix arrive seule : ni agrafe, ni piquet, ni outil de coupe. Comptez une fixation tous les mètres de bord, davantage dans un couloir venté, ou lestez les bords avec le gravier de recouvrement.
La toile non tissée livrée avec ses agrafes contient le rouleau et dix agrafes de fixation en U. Ces dix pièces bloquent les angles et les extrémités le jour de la pose, elles ne couvrent pas le périmètre entier d'une grande zone. Le prix du colis inclut donc une poignée de fixations que l'autre référence facture à part.
Le lot de cinq disques de 25 cm ne contient que les disques, sans fixation ni paillage. Le paillis minéral posé dessus les leste, et une agrafe ou deux suffisent si le vent soulève un bord. Aucun des trois formats n'est livré avec la couche de recouvrement, gravier ou paillis minéral : elle représente une ligne de dépense à part entière et conditionne la durée de vie du textile.
Combien de saisons avant de racheter
Le prix d'achat n'est qu'un terme du calcul, parce que ce qu'il remplace coûte cher. En production maraîchère, le désherbage absorbe à lui seul 30 % du coût de production avant récolte d'une laitue cultivée sur sol organique, faute d'herbicide de post-levée efficace. C'est ce poste que la toile réduit, et c'est ce qui rend la dépense défendable.
Un textile ne nourrit pas le sol pour autant. Dans un essai comparatif en myrtilliers bio, le compost a fait progresser la matière organique du sol de 9 grammes par kilo de plus que la toile. Le paillis minéral que vous posez dessus compense en partie, pas complètement.
Reste la durée, et elle se joue sur deux points. Le premier est la couche de recouvrement : un paillis minéral d'environ 2,5 cm suffit à mettre le textile à l'abri des ultraviolets qui le cassent, et une toile laissée nue se fragilise bien plus vite. Le second est la densité du textile, car les toiles fines ou à maille ouverte laissent passer davantage de mauvaises herbes. Le souchet, une vivace à rhizomes, traverse même la plupart des géotextiles.
Les organismes de conseil agricole posent le seuil autrement : ces textiles sont chers et longs à installer, mais deviennent rentables si la plantation reste en place quatre ans ou plus, et ils les déconseillent là où la zone est replantée régulièrement. Après cinq ans, les racines des ligneux commencent à pénétrer le textile, et l'arracher devient risqué pour les plantes.
Dernier poste, invisible sur l'étiquette : la toile change la façon d'arroser. Sur un essai en myrtilliers bio, la toile posée sur butte a fait monter la température du sol de 5 degrés et demandé jusqu'à 269 litres d'eau par plant et par saison de plus qu'une plantation à plat, pour maintenir la même humidité, alors même qu'elle donnait le moins de mauvaises herbes. Un essai plus ancien, avec un textile tissé en polypropylène, relevait déjà que l'eau et l'engrais pénètrent moins bien sous la toile et qu'il faut adapter son arrosage. Ces essais portent sur des cultures, pas sur un jardin, mais le mécanisme est le même chez vous : un textile noir posé sur une butte chauffe et assèche.
Un disque au pied d'un arbre
Reprenons le chiffre qui choque dans le tableau. Les cinq disques couvrent 0,245 m² pour 12,90 €, soit environ 53 € le mètre carré. La même surface de textile découpée dans le rouleau tissé coûte 0,86 € pour les cinq, donc 0,17 € par disque. Autrement dit, le disque prêt à poser coûte une quinzaine de fois la matière qu'il contient, et vous payez environ 2,40 € de plus par pied d'arbre.
Ce supplément achète du temps. La fente radiale et le trou central sont déjà taillés, les disques restent à plat et se posent sans gabarit. Pour cinq arbres isolés dans une pelouse, l'écart total tourne autour de douze euros, face à une après-midi passée à découper des ronds dans un rouleau. À ce prix, le lot de disques reste la dépense la plus raisonnable des trois références dès qu'il s'agit de traiter des sujets éparpillés plutôt qu'une surface continue.

Ce qui reste en fin de calcul
Trois lignes s'ajoutent au prix de la toile : les fixations, absentes d'un des trois colis, et surtout la couche de recouvrement, gravier ou paillis minéral, qui protège le textile du soleil et pèse souvent plus lourd que la toile elle-même. Reste enfin la question qui tranche avant les autres. Votre plantation reste-t-elle en place quatre ans ou plus ? Si la réponse est non, la toile coûtera plus cher que le désherbage à la main.
Questions frequentes
Une toile de paillage pas cher tient-elle aussi longtemps qu'une autre ?
La durée dépend de ce qui est posé par-dessus et de la densité du textile, pas du prix payé. Une toile laissée nue se fragilise sous l'effet des ultraviolets : une couche de paillis ou de gravier d'environ 2,5 cm posée dessus la protège et repousse le remplacement de plusieurs saisons. Les toiles fines ou à maille ouverte laissent aussi davantage passer les mauvaises herbes que les toiles plus denses. Une toile épaisse et recouverte couvre sans problème une plantation qui reste en place quatre ans ou plus.
Combien de rouleaux pour ma surface ?
Comptez les bandes avant la surface. Une bande de 10 m de long sur 1 m de large se couvre avec un seul rouleau de 1 m sur 10 m. La même bande traitée en 60 cm de large demande deux lés déroulés sur toute la longueur, donc 20 m de textile, soit un rouleau entier de 60 cm sur 20 m. Arrondissez toujours au rouleau supérieur et gardez la marge de recouvrement entre les lés : elle se prend sur le textile acheté.
Le lot de disques revient-il moins cher que le rouleau ?
Non, ni au mètre carré ni à la pièce. Les cinq disques couvrent 0,245 m² pour 12,90 €, soit environ 53 € le mètre carré, quand le rouleau tissé descend à 3,49 €. Par pied d'arbre, un disque revient à 2,58 €, soit une quinzaine de fois le textile qu'il contient, 0,17 €. Ce supplément paie la fente radiale déjà taillée, des disques qui restent à plat et le temps que vous n'avez pas passé avec des ciseaux.
Le paillage textile est-il rentable sur un potager ?
Sur une planche que vous retournez et resemez chaque saison, non : la toile gêne le travail du sol et vous la retirerez avant de l'avoir amortie. Sur un carré de vivaces, de petits fruits, un pied de haie ou une allée gravillonnée, la dépense se défend, à condition de recouvrir le textile et de compter les saisons pendant lesquelles la plantation reste en place.
Sources
- Wilen, C.A. Weed Management in Landscapes, Pest Notes 7441. UC Statewide IPM Program, University of California Agriculture and Natural Resources.
- Bell, R.W. (1985). Weed matting mulch for blueberries. Acta Horticulturae 165, 167-170.
- Jenni, S., Brault, D., Stewart, K.A. (2004). Degradable mulch as an alternative for weed control in lettuce produced on organic soils. Acta Horticulturae 638, 111-118.
- Strik, B., Bryla, D., Larco, H., Julian, J. (2012). Organic highbush blueberry production systems research: management of plant nutrition, irrigation requirements, weeds and economic sustainability. Acta Horticulturae 933.
- Larco, H., Strik, B., Sullivan, D.M., Bryla, D. (2014). Mulch effects on highbush blueberry under organic management. Acta Horticulturae 1018.

