Un talus, une allée gravillonnée, un pied de haie : dès qu'une surface est en pente ou qu'on marche dessus, le paillage en vrac glisse ou se piétine, et c'est un textile tissé qui prend le relais. Le rouleau de 1 m sur 10 m est le format courant de cette famille, et il se choisit sur la surface à couvrir, sur la fixation et sur la couche minérale qui viendra par-dessus. Ce guide reprend ces trois points dans l'ordre, puis dit ce que la toile ne réglera pas, pour que vous ne comptiez pas sur elle là où elle ne peut rien.
En bref
- Un rouleau de 1 m sur 10 m couvre dix mètres carrés quand il est posé d'un seul tenant.
- Chaque recouvrement entre deux lés rogne la surface utile : une largeur de main sur un mètre de large, c'est dix pour cent du rouleau.
- Le colis contient le rouleau seul. Les agrafes et le gravier sont à prévoir.
- Recouvrez d'un paillage minéral, jamais de terre ni de paillage organique.
- Au tarif du rouleau, le mètre carré posé revient à 3,49 €, avant les fixations et le gravier.
Ce qu'un tissage croisé change pour les graines du sol
Une graine d'adventice enfouie ne lève pas tant qu'elle reste dans l'obscurité. La lumière lui sert de repère de profondeur : ce qu'elle perçoit lui indique où elle se trouve dans le sol et lui fait détecter un travail du sol, ce qui explique la levée en masse qui suit un binage. Un textile de paillage supprime ce signal. Son armure croisée laisse passer l'eau et l'air par les interstices tout en coupant l'essentiel de la lumière qui atteint la terre.
L'obscurité joue aussi sur la vitesse. Dans une étude menée sur trois espèces, la germination a été plus lente chez les graines maintenues à l'abri de la lumière que chez celles ayant reçu un bref éclairement, et l'écart n'était net que sur deux des trois. Les auteurs en déduisent qu'une levée plus tardive et plus clairsemée laisserait un temps d'avance à la culture en place, sans en faire une garantie.

Le format 1 m sur 10 m est une surface, pas une longueur
Un rouleau de un mètre sur dix représente dix mètres carrés de textile. Ce que vous posez réellement sur le terrain est toujours un peu moins, parce que deux lés voisins doivent se chevaucher d'une largeur de main au minimum. Sur un lé d'un mètre de large, ce recouvrement consomme près de dix pour cent de la surface du rouleau. Un rouleau habille donc un peu moins de dix mètres carrés dès qu'il y a une jointure, et deux rouleaux n'en habillent pas vingt.
La question à se poser avant de commander n'est pas la longueur de votre talus, mais sa hauteur à couvrir, du sommet jusqu'au pied. Si cette hauteur tient dans un mètre, un seul lé suffit et le rouleau fait toute la longueur. Au-delà, il faut juxtaposer deux bandes, donc deux rouleaux, et il restera de la chute. Sur un talus de dix mètres de long et de un mètre vingt de haut, comptez deux rouleaux de toile tissée d'un mètre sur dix pour rester large, ou un seul si vous acceptez de traiter la bande haute autrement.
À 34,90 € le rouleau, le mètre carré posé revient à 3,49 € au tarif affiché. C'est le prix du textile seul. La fixation et la couche minérale de recouvrement pèsent souvent plus lourd dans l'addition, et c'est là que se joue la vraie dépense.
Sur une pente, le sens du déroulé compte plus que la largeur
Un talus se travaille de haut en bas, jamais en travers. Déroulez le lé dans le sens de la descente, en laissant déborder en haut de quoi enterrer l'extrémité dans une petite tranchée que vous refermerez avec la terre. C'est ce bord enterré qui empêche le vent de retrousser la bande entière, et un lé posé en travers finit toujours par offrir un bord relevé où l'eau s'engouffre.
La fixation se resserre en haut de pente, à chaque recouvrement et sur les deux bords. Une toile qui claque au vent se déchire d'abord à ses points de fixation, puis se soulève d'un bloc. Si votre talus est raide et nu, lestez provisoirement les coins avec des pierres le temps de vérifier l'alignement, avant de poser la moindre agrafe : reprendre une fixation demande dix secondes, reprendre une toile mal orientée demande une matinée.

Ce que le colis contient, et ce qu'il faut ajouter
Le rouleau arrive seul, sans agrafe, sans piquet et sans outil de coupe. Prévoyez de quoi le fixer, à raison d'une agrafe tous les mètres environ le long des bords, davantage dans un endroit venté. Prévoyez aussi le paillage minéral qui viendra le recouvrir, et de quoi couper proprement le textile : un cutter ou une paire de ciseaux de jardin font l'affaire.
Le gravier est le poste que l'on sous-estime le plus souvent. Son volume se calcule en multipliant la surface par l'épaisseur de la couche, et une couche trop mince laisse encore voir le noir. Faites ce calcul avant de commander le textile, pas après : c'est lui qui décide du budget total de l'opération.
Ce que le recouvrement minéral change sur la durée
Laisser un textile de paillage nu au soleil est l'erreur la plus coûteuse, et la plus discrète : rien ne se voit la première année. Les géotextiles se dégradent en une seule année lorsqu'ils ne sont pas protégés de la lumière, et la couche de recouvrement fait exactement ce travail.
Elle impose en revanche une contrainte que peu de conseils mentionnent : seuls les matériaux minéraux conviennent. La même fiche technique universitaire précise que toute matière organique ou toute terre posée sur le textile hâte sa colonisation par les adventices, ce qui revient à déplacer le problème au lieu de le régler. Du gravier, de la pouzzolane, des billes d'ardoise, oui. Du paillis de copeaux, de la tonte séchée, du compost, non.
Les racines des plants voisins finissent par coloniser la trame, et elles souffrent au moment où vous retirez la toile. C'est une raison de plus pour réserver ce format aux rangs que vous ne déplacez pas.
Ce à quoi servent les lignes turquoise
Une ligne turquoise court sur toute la longueur du rouleau, dans le sens du déroulé. Elle vous donne un axe pour poser vos godets et un espacement régulier d'un bout à l'autre du rang. Vous placez les plants le long d'une même ligne, vous reculez de deux pas pour vérifier l'alignement, puis vous incisez. La régularité d'un rang se voit dès la première saison, et elle se remarque surtout quand elle manque.
L'incision se fait au dernier moment, quand la motte est prête à descendre. Ouvrez une croix de la taille de la motte seulement, repliez les quatre pointes vers l'intérieur, installez le plant et tassez à la main autour du collet. Résistez à la tentation de préparer tous les trous d'un coup : chaque ouverture laisse entrer la lumière, et une graine qui reçoit ce signal interprète qu'elle est remontée en surface et lève.

Ce qui repoussera quand même
Une toile de paillage ne supprime pas le désherbage. Elle le réduit et le déplace, et trois cas restent à votre charge.
Les graines apportées par le vent germent dans la couche de gravier posée par-dessus. Elles s'y installent sans profondeur et s'arrachent à la main en passant, mais elles existent, et une allée gravillonnée laissée à l'abandon se couvre d'herbe comme n'importe quelle autre surface.
Les vivaces à rhizome déjà en place, chiendent et liseron d'abord, sont les seules à savoir retrouver la lumière par une incision. Il faut les arracher avant de dérouler, avec leurs rhizomes, et une lame longue qui descend sous la souche fait ce travail proprement là où la main ne suffit pas. Ce qui en reste ressortira par les croix de plantation, et ce sera à retirer en tirant la tige vers le bas.
La fin de vie est le point faible de tous les paillages en polyéthylène : le matériau n'est pas compostable, et son devenir reste un problème ouvert. Un textile tissé se retire sans outillage, en le roulant depuis un bord quand il est recouvert de gravier, et il part à la déchetterie avec les plastiques. Notez-le à l'achat, cela évite la mauvaise surprise au moment du remplacement.
Tissée, non tissée ou disque : la question qui tranche
Regardez d'abord si vous marchez dessus. Un textile tissé encaisse le passage, la brouette et le ruissellement, et c'est ce qui le désigne pour une allée gravillonnée, un pied de haie ou un talus fréquenté. Si vous ne faites que longer la zone, une toile non tissée épouse un sol bosselé et se coupe net, sans tranche qui s'effiloche.
Pour un tronc déjà en terre, aucun des deux rouleaux ne convient : découper un mètre de large sur dix pour un seul sujet coûte cher en temps et en chutes. Le diamètre d'un disque au pied d'un jeune arbre se décide selon l'âge du sujet, pas selon la couleur du textile, et le disque se glisse autour du tronc en quelques secondes.
Sur un massif aux contours dessinés, le choix d'un textile souple se joue sur la façon dont la toile épouse un sol jamais nivelé au cordeau. Le critère n'est plus la tenue au passage, mais la souplesse.
L'ordre dans lequel décider
Mesurez la hauteur du talus, du sommet jusqu'au pied, et déduisez-en le nombre de lés. Additionnez ensuite ce qui vient avec le rouleau, les agrafes et surtout le gravier, parce que c'est ce total qui compte. Choisissez enfin la saison : fin d'hiver sur une terre ressuyée, avant la levée des adventices, ou septembre sur une zone que vous venez de défricher.
Un rouleau posé dans le sens de la pente, un bord enterré en haut, des fixations serrées sur les recouvrements et une couche minérale par-dessus : le rang tient alors plusieurs saisons sans que vous y reveniez.
Questions frequentes
Combien de rouleaux faut-il pour couvrir un talus ?
Un rouleau par bande d'un mètre de large, sachant que la hauteur du talus décide du nombre de bandes. Jusqu'à un mètre du sommet au pied, un seul lé et un seul rouleau suffisent, quel que soit le linéaire, puisque le rouleau fait dix mètres de long. Au-delà, il faut juxtaposer deux lés et prévoir deux rouleaux, en gardant la chute pour les angles et pour une reprise après un coup de vent.
La toile de paillage tissée laisse-t-elle passer l'eau ?
Oui, l'eau et l'air passent par les interstices de l'armure tissée, ce qui la distingue d'un film plein. Sur une pente, une partie de la pluie file tout de même en surface avant d'avoir traversé le textile. Sur un rang qui dépasse quelques plants, une ligne de goutte à goutte glissée sous le gravier arrose donc plus sûrement qu'un arrosoir, qui mouille la pente sans que l'eau descende au pied des plants.
Avec quoi fixer la toile, sachant que le colis n'en contient pas ?
Sur un terrain plat et abrité, le gravier de recouvrement peut suffire à lester les bords s'il est étalé dès la pose. Sur une pente, il faut des agrafes de fixation en U, plantées le long des bords, plus serrées en haut du talus et sur chaque recouvrement. Une toile insuffisamment fixée se déchire à ses points d'attache, puis se soulève d'un bloc au premier coup de vent fort.
La toile s'effiloche quand je la coupe, que faire ?
C'est le comportement normal d'un textile tissé, dont les fils de trame se libèrent à la coupe. Repliez le bord coupé sur lui-même de la largeur d'un doigt et bloquez-le sous une fixation ou sous le gravier, ou passez brièvement la flamme d'un briquet le long de la tranche pour souder les fils entre eux. Ce second geste se fait dehors, sur une surface dégagée, à l'écart de tout feuillage sec et avec une source d'eau à portée. La matière fondue reste brûlante plusieurs secondes : ne la touchez pas tout de suite.
Sources
- Batlla, D., Benech-Arnold, R. L. (2014). Weed seed germination and the light environment: implications for weed management. Weed Biology and Management.
- Milberg, P. (1997). Weed seed germination after short-term light exposure: germination rate, photon fluence response and interaction with nitrate. Weed Research.
- Chalker-Scott, L. The Myth of Landscape Fabric. Washington State University Extension, Puyallup Research and Extension Center.
- Kasirajan, S., Ngouajio, M. (2012). Polyethylene and biodegradable mulches for agricultural applications: a review. Agronomy for Sustainable Development.

