Comment arroser avec un arrosoir tient en trois gestes : remplir le cylindre, le porter jusqu'au pot, verser au pied. Entre ces gestes se glisse une question qu'on oublie, celle du trajet de l'eau après le bec. La même quantité, versée d'un trait ou en deux passes, ne finit pas au même endroit. Sous serre, où les pots se touchent et où l'air circule peu, ce détail pèse autant que la fréquence des arrosages.
Remplir : laisser de l'air au-dessus de l'eau
Un arrosoir rempli jusqu'au bord se trahit au premier pas. L'eau affleure le bec, la moindre inclinaison du poignet la fait sortir, et c'est le dallage qui boit la première gorgée. Gardez une marge sous le bord. Vous traverserez l'allée sans laisser de traînée derrière vous, et vous commencerez à verser d'un geste progressif au lieu d'une vague.
L'endroit du remplissage compte presque autant que la façon. Remplir à moitié suffit pour un rang serré, et vous évitez le poids mort d'un fond que vous ne verserez pas. Revenez remplir entre deux rangs plutôt que d'emporter la réserve entière : le trajet à vide se fait d'une main, et le plein se porte sur une distance courte.
Posez l'arrosoir au sol pour le remplir, jamais sur une tablette de culture ni sur le rebord d'un bac. Un récipient posé en hauteur se renverse au premier mouvement, et les pots situés juste en dessous reçoivent d'un coup ce que vous aviez prévu pour la rangée entière.
Porter : l'arrosoir bas, et un arrêt à chaque pot
L'allée d'une serre se rétrécit à mesure que les plants montent. Un arrosoir tenu au bout du bras frotte les tiges tuteurées, accroche une attache, et vous fait verser de travers. Calé contre la hanche, le bec vers l'avant, il glisse dans le couloir sans rien bousculer.
Une règle suffit pour le reste du trajet : on ne verse pas en marchant. L'inclinaison d'un arrosoir décide de son débit, et l'inclinaison bouge à chaque pas. Le plant du bout de la rangée reçoit alors plus que celui du début, sans que rien ne vous le signale. Arrêtez-vous, penchez, versez, redressez. Le temps perdu à s'arrêter se rattrape sur les reprises, parce qu'un plant noyé demande plus de soins qu'un plant servi juste.
Après le versement, le bec continue de goutter quelques secondes. Gardez-le au-dessus du pot le temps que l'égouttage cesse, sinon les dernières gouttes tombent sur la terre du plant voisin ou sur vos chaussures. Le seuil de la serre et les traverses posées au sol méritent le même arrêt : posez l'arrosoir, enjambez, reprenez-le.

Doser au collet, à l'écart de la terre nue
Le point de chute décide de ce que l'eau emporte. Un jet qui frappe une terre nue projette des gouttelettes, et ces gouttelettes ne partent pas les mains vides. Dans un essai de pluie simulée mené sur fraisier, la dispersion des spores d'une maladie des taches foliaires s'est révélée nettement plus forte sous une intensité de 30 mm/h que sous 11 mm/h. Plus le jet est violent, plus loin partent les projections. Un arrosage qui tape entre les pieds envoie donc vers les feuilles basses ce qui traînait au sol, et les premières feuilles atteintes sont celles qui touchent déjà la terre.
Le geste juste rétrécit la cible. Le bec de l'arrosoir de 5 litres s'arrête à quelques centimètres du collet, l'inclinaison reste douce, et l'eau tombe sans fouetter. Sur un pot large, faites le tour du pied plutôt que d'insister du même côté : la motte boit plus régulièrement. Sur une planche où les pieds se suivent, visez l'interligne, quitte à repasser deux fois. Quand le feuillage cache le pied, repérez-vous au tuteur plutôt qu'aux feuilles : c'est lui qui donne l'aplomb du collet.
C'est le poignet qui règle le débit. Plus l'arrosoir se penche, plus le débit monte, et un arrosoir basculé d'un coup vide la moitié de sa réserve sur un seul pied, laissant les suivants attendre la reprise. Cherchez l'angle où le jet sort sans bruit, et gardez le même d'un bout à l'autre de la rangée.
Quand deux rangs de pots sont superposés, sur une étagère ou une tablette à deux niveaux, pensez au rang du dessous. L'eau qui traverse le pot du haut arrive dans celui du bas, et elle compte comme un arrosage. Sans cette correction, le niveau inférieur reçoit deux fois ce qu'il demande, et c'est là que les racines souffrent en premier.

Ce qui empêche l'eau d'entrer
Un substrat qui a séché jusqu'au fond ne se remouille pas d'un coup. La répulsion à l'eau est un phénomène étudié de longue date sur les sols : elle modifie la façon dont l'eau se répartit, et une partie ruisselle au lieu de pénétrer. Les fabricants de terreaux le savent, et livrent leurs mélanges avec une humidité résiduelle importante, de l'ordre de la moitié de leur poids. Cette eau de départ sert à une chose : que le substrat se mouille correctement au démarrage de la culture. Un pot laissé à sec pendant une semaine de canicule se retrouve dans la situation inverse de celle prévue à la fabrication.
Ce que vous voyez alors est trompeur. L'eau stagne en surface et forme une flaque qui met du temps à disparaître, pendant que la motte reste sèche. Sur un pot où le substrat a rétréci, l'eau file même entre la motte et la paroi et ressort par les trous de drainage sans avoir rien mouillé. Le pot est lourd, le dessus est sombre, et le plant a toujours soif.
Sur une surface couverte d'écorces ou de tontes sèches, la première eau mouille le paillage et s'y arrête en partie. Visez le pied à travers la couche, sans chercher à la traverser d'un seul versement : la seconde passe atteindra la terre.
La parade tient en deux passes. Une première passe légère sur toute la rangée, juste pour foncer la surface. Le temps d'atteindre le dernier pot, la terre du premier a commencé à boire. Revenez ensuite au début et arrosez comme d'habitude : l'eau descend. Une seule passe généreuse laisse au contraire filer par le fond une partie de ce que vous venez de verser.

Laisser la terre boire entre deux versements
Verser la suite trop tôt ne sert à rien : tant que le substrat est gorgé, l'eau supplémentaire traverse et ressort. Le repère d'attente est sous le pot. Tant qu'un filet d'eau coule par le trou de drainage, la réserve n'est pas descendue, et la nouvelle eau pousse la précédente dehors. L'égouttage dure plus ou moins longtemps selon le terreau, le volume du pot et la saison, et ce repère reste le même dans tous les cas.
Ce rythme compte plus qu'il n'y paraît. Sur des agrumes cultivés en serre, une équipe a comparé deux conduites de l'irrigation, l'une maintenant le sol constamment humide, l'autre laissant le sol sécher suffisamment entre deux apports. Les plants de la seconde ont développé davantage de racines, et la pourriture racinaire due à Phytophthora était la plus sévère là où l'humidité ne redescendait jamais. L'alternance humide et sec laisse l'air revenir dans le substrat. Sur un pot, un arrosage goutte à goutte qui coule plusieurs fois par jour maintient la motte près de la saturation et laisse moins de place à cette alternance.
Mouiller le feuillage : la durée compte avant la quantité
La question revient souvent : peut-on arroser les feuilles ? L'eau libre sur un limbe accompagne le développement de nombreuses maladies fongiques, bactériennes et de mildiou. Ce qui déclenche l'infection, c'est le temps pendant lequel cette eau reste sur le feuillage. La germination des spores et la pénétration dans les tissus demandent une durée d'humectation minimale, et les avertissements agricoles se construisent sur cette durée. Sous serre, où l'air circule peu, une feuille mouillée le reste longtemps.
Ce qui décide, c'est le temps qu'il reste au feuillage pour sécher avant la nuit. Une serre refermée sur des feuilles humides garde cette humidité jusqu'au matin ; une serre aérée l'évacue. Le repère se prend à la main. Après l'arrosage, passez les doigts sur les feuilles du bas. Sèches, le geste est bon. Mouillées, ouvrez la porte et laissez l'air circuler jusqu'à ce que le feuillage soit sec au toucher.
Il reste le cas des plants trop touffus pour qu'on atteigne le collet sans frôler le feuillage. Là, l'eau arrive forcément sur les feuilles, et le seul levier qui reste est le moment. Arrosez assez tôt dans la journée, et laissez la porte ouverte plus longtemps que d'habitude ce jour-là : la lumière et l'aération feront le travail avant la fermeture du soir.
Le lendemain, trois signes qui disent si le passage était juste
Le passage se juge le lendemain, pas sur le moment. Le premier signe se lit sur les feuilles du bas : sèches au toucher, et sans tache nouvelle sur celles qui touchent la terre. Le deuxième se prend sous le pot : un fond encore frais, sans eau qui perle par les trous. Le troisième tient à la surface du substrat, qui a foncé sans former de croûte ni de flaque. Ces vérifications valent mieux qu'un calendrier, parce qu'elles répondent à l'état du pot et non au jour de la semaine.
Questions frequentes
Faut-il vider la coupelle ou la soucoupe après l'arrosage ?
Oui, une demi-heure après le passage. Une soucoupe pleine maintient le bas du pot dans l'eau, et les racines qui s'y trouvent manquent d'air. Sur un pot posé dans un cache-pot, le même piège existe sans soucoupe visible : soulevez le pot de temps en temps pour vérifier qu'il ne baigne pas, et videz le cache-pot plutôt que d'attendre que l'eau s'évapore.
Comment savoir si le bas du pot a reçu de l'eau, quand la surface est déjà sombre ?
Une surface mouillée ne dit rien de ce qui se passe dix centimètres plus bas. Plantez un bâton de bois dans le substrat jusqu'à mi-hauteur, laissez-le une minute, retirez-le : s'il ressort sec, la réserve n'est pas descendue, et une seconde passe est nécessaire. Le poids du pot donne la même information en une seconde, à condition de l'avoir soulevé une fois avant et une fois après.
Le jet faiblit au bout de quelques semaines, que faire ?
Regardez d'abord la pomme du bec. Ses trous se chargent du calcaire de l'eau et des poussières du terreau, et le débit se répartit de travers. Démontez-la, laissez-la tremper une nuit dans de l'eau additionnée de vinaigre blanc, puis rincez. Ne débouchez pas les trous avec une aiguille : la perforation s'agrandit et le jet devient dur à cet endroit pour de bon.
Un plant a reçu plus d'eau que les autres, comment rattraper ?
Ne compensez pas en réduisant la dose des voisins : laissez d'abord ressuyer le pot trop servi, quitte à le sortir du cache-pot ou à vider la soucoupe pour que l'eau ne stagne plus au fond. Vérifiez que les trous de drainage ne sont pas colmatés par du terreau ou une racine, et attendez que la surface tire un peu avant de reprendre. Ne remuez pas la motte pour accélérer le séchage : les racines fines se cassent, et le plant met plus longtemps à s'en remettre qu'à digérer l'excès d'eau.
Sources
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