Une housse de serre tunnel ne meurt presque jamais d'un coup. Elle perd sa transparence, puis ses coutures lâchent, puis un angle de toile part au premier coup de vent, et vous vous retrouvez en novembre avec une couverture qui ne protège plus rien. Le polyéthylène vieillit d'abord sous les ultraviolets, mais la chaleur, les frottements, la tension de la pose et certains produits pulvérisés à l'intérieur font le reste. Ce qui suit détaille ces attaques dans l'ordre, les gestes qui gagnent des saisons, et le point où l'entretien ne suffit plus.
Une housse s'use par sa face extérieure
Le polyéthylène n'est pas attaqué de façon uniforme. Les rayons UV-A et UV-B cassent les chaînes du polymère, et c'est la raison pour laquelle les films destinés aux serres contiennent des stabilisants. La différence entre deux toiles se joue là. Un film de qualité serre, stabilisé et posé en 6 mil, soit environ 0,15 mm, est donné pour une durée de vie d'environ quatre ans. Un film non stabilisé, du type de ceux qu'on trouve en quincaillerie, devient cassant en un an environ sur la même structure.
D'autres travaux donnent une échelle plus courte. Des films de polyéthylène basse densité suivis en extérieur pendant sept mois atteignent dix mois de durée de vie estimée sous un climat chaud. La comparaison n'a de sens qu'à film et climat comparables : un film peu chargé en additifs, sur un été sec et lumineux, part bien plus vite qu'une toile épaisse stabilisée dans un potager du Nord.
Dans ce même suivi, l'altération se développe sur la face extérieure, la face intérieure restant protégée par le pigment du film. Autrement dit, la housse vieillit de l'extérieur vers l'intérieur, et la dégradation est plus avancée au sud et au faîte qu'à l'ombre. C'est donc le côté que vous longez en marchant le potager qui donne l'état réel de la toile, pas celui qu'on touche de l'intérieur.
Ce qu'une toile perd sans qu'on le voie
Une housse neuve laisse passer l'essentiel de la lumière visible, généralement 85 à 95 %, et cette valeur ne tient pas la saison. La face extérieure se charge d'une pellicule de poussière, de pollen et de calcaire d'arrosage, la lumière qui entre baisse, et vous vous en apercevez quand les plants du fond s'étirent vers le faîte. La salissure n'est pourtant pas le seul effet.
La condensation joue aussi contre l'éclairement. Sur vingt matériaux de couverture mesurés pendant cinq ans, les gouttes formées sur la face interne font chuter la part de rayonnement photosynthétique qui traverse. Une toile qui ruisselle à l'intérieur perd donc de la lumière deux fois : par ce qui se dépose dehors, par la buée qui s'y accroche dedans. Rincer la couverture à l'eau claire une fois par saison, sans la frotter à sec, suffit à retarder la première de ces deux pertes.

Frotter moins, tendre mieux
Le soleil n'est pas le seul coupable. Les ruptures précoces d'un film se lisent dans la pose : tension excessive sur les fixations, frottement contre les arêtes vives et les aspérités, chaleur qui s'accumule au contact des arceaux et des traverses. Un arceau piqué qui rouille, une vis qui dépasse, un éclat de métal sur la charpente : chacun de ces points use la toile par abrasion, à l'endroit précis où la tension est la plus forte.
Avant de dérouler une couverture neuve, passez un chiffon sur toute l'armature et repérez les points rugueux. Sur une housse en place, le travail de saison consiste à reprendre la tension après les grands vents et à vérifier que les rebords de 15 cm enterrés au pied le sont toujours. Une toile qui bat claque contre l'armature à chaque rafale, et c'est cette friction répétée qui ouvre les premiers accrocs. Le battement au vent se traite donc par la tension et l'ancrage, pas par le rafistolage.
Tendez à plat, sans forcer jusqu'à faire blanchir la toile sur le faîte. Une zone blanchie est une zone étirée, donc un futur point de rupture. Attendez une semaine avant le réglage définitif : le film travaille à ses premières chaleurs, puis la tension se reprend d'un bout à l'autre, uniformément.
Sur une housse à fenêtres, les points d'accroche méritent le même regard. Chaque fenêtre relevée tire sur ses attaches et sur la toile qui les porte, et une attache arrachée laisse un trou dans la couture avant que vous ne l'ayez vue. Un tour de serre en fin de saison, attaches et rebords compris, se fait à l'œil et se règle sans outil.

Ce qui abîme la toile sans qu'on y pense
Les traitements pulvérisés sous la serre comptent parmi les causes les moins connues. Des essais menés sur quatre films de tunnels bas pulvérisés avec des produits contenant du fer, du chlore ou du soufre montrent des propriétés mécaniques dégradées par rapport aux mêmes films non traités, avec des écarts nets selon le système de stabilisation. Le fabricant de la toile ne peut rien contre un produit qui reste dessus.
Le contact prolongé avec des pesticides et avec le bois traité sous pression figure dans la même catégorie de risques, relevée du côté des causes de vieillissement prématuré des films de serre. En pratique : traitez par temps calme, aérez après séchage, et rincez à l'eau claire la toile éclaboussée. Ne laissez pas une planche de coffrage traitée appuyée contre la housse tout l'été, ni un bidon posé sur la tranchée de pied.
Réparer tôt, sur une toile propre et sèche
Dans un film transparent, une déchirure s'étend vite et plus elle grandit, moins le pansement tient. C'est l'argument pour agir le jour même. Le protocole conseillé par le service de vulgarisation de l'université du Wyoming tient en trois règles : nettoyer à l'eau savonneuse, sécher complètement, puis poser un ruban adhésif translucide résistant aux UV et à l'eau en débordant d'au moins deux centimètres et demi au-delà des bords de l'accroc. Un ruban armé de fibres, pris en sandwich entre deux couches de ruban transparent, résiste mieux au vieillissement.
Si vous atteignez la face interne, posez un second morceau en vis-à-vis, à l'intérieur. Les deux épaisseurs se collent l'une à l'autre à travers la fente, et la réparation tient bien plus longtemps qu'un pansement extérieur seul. Une toile mouillée ou poussiéreuse ne garde rien : c'est le premier motif d'échec.

Ce que la mauvaise saison demande vraiment à la toile
Si vous cultivez sous la serre en hiver, laissez la couverture en place. Elle est tendue pour ça, et chaque dépose et repose use la toile davantage que le froid. Le vrai risque de la saison froide est mécanique : la neige s'accumule dans les creux d'une toile détendue, et il se gère sur la structure et les appuis. Ce que l'hiver demande à la housse tient donc à peu de chose : vérifier après chaque épisode venteux que rien n'a bougé, et regarder la face extérieure, où l'altération progresse le plus vite.
Si vous démontez la toile quand la serre ne sert pas, le stockage décide d'une partie de sa durée de vie. Rangez-la sèche, dans un endroit sombre, sur une palette ou une bâche plutôt qu'à même le sol, et à l'écart des angles métalliques. Une housse pliée encore humide ressort avec des marques et des points de moisissure qui ne partiront plus. Notre pratique, sur une couverture qui redescend pour plusieurs mois : rincer, laisser sécher à plat, puis protéger le rouleau du soleil avec une bâche opaque.
Quand la toile change de nature
Un film transparent ne s'use pas seulement en surface. Après quelques saisons dehors, il devient cassant, se perce au contact d'un arceau, et continue de se déchirer dès qu'une fente est ouverte. À ce stade, chaque réparation tient moins longtemps que la précédente, et vous colmatez une toile qui laisse déjà passer trop peu de lumière. La suite n'est plus une question d'entretien : remplacer la bâche se décide sur l'état de la couverture.
Pour une serre tunnel de 6 x 3 x 2 m dont l'armature tient bon, la housse de rechange Jarditips reprend le travail pour une saison. Le polyéthylène vert est renforcé d'un maillage quadrillé qui limite la propagation d'un accroc, avec douze fenêtres enroulables, une porte en façade et des bords prolongés de 15 cm à enterrer. La couverture se pose seule sur la structure en place, et c'est ce qui explique l'écart de prix avec une serre complète : l'armature n'est pas incluse.
Aucune housse en polyéthylène ne s'use au même rythme d'un jardin à l'autre. Entre un tunnel du Nord abrité et une serre exposée plein sud en Provence, la même toile ne verra pas le même nombre de saisons. Les gestes décrits ici ralentissent le vieillissement, ils ne l'annulent pas. La pose de la housse pèse d'ailleurs autant que l'entretien : une toile déroulée sans pli et tendue sans excès part avec une avance que rien ne rattrape.
La face extérieure d'une housse prend tout : le soleil, la pluie, la poussière et les frottements contre l'armature. C'est elle qu'il faut regarder en fin de saison. Le jour où vous la trouverez cassante au point de ne plus retenir une réparation, il sera temps de commander une couverture neuve et de garder l'armature, qui peut encore servir des années.
Sources
- Demchak, K., 2016, Advances in High Tunnel Covers, Penn State University, exposé publié dans les actes du Cornell Greenhouse Horticulture Expo.
- Bartok, J.W., 2013, Plastic Film Update, University of Connecticut, Integrated Pest Management.
- Youssef, B., Benzohra, M., Saiter, J.M., Dehbi, A. et Hamou, A., 2008, Ageing characterization to determine the life duration of different LDPE based devices used for greenhouse roof, Acta Horticulturae, 801, 123-130.
- Vox, G., Schettini, E., Stefani, L., Modesti, M. et Ugel, E., 2008, Effects of agrochemicals on the mechanical properties of plastic films for greenhouse covering, Acta Horticulturae, 801, 155-162.
- Tantau, H.-J., Hinken, J., von Elsner, B., Max, J.F.J., Ulbrich, A., Schurr, U., Hofmann, T. et Reisinger, G., 2012, Solar transmittance of greenhouse covering materials, Acta Horticulturae, 956, 441-448.
- University of Wyoming Extension, 2016, Fixing a tear in a high tunnel, Barnyards & Backyards.

