Une raquette électrique travaille trois mois par an et passe le reste du temps sur une étagère. Sa batterie, elle, vieillit pendant les douze mois. Ce vieillissement dépend très peu du nombre d'insectes attrapés : il dépend du niveau de charge auquel vous la laissez et de la température de la pièce qui l'accueille. Voici la recharge en cours de saison, la charge à laisser avant l'hiver, l'appoint de mi-parcours et le contrôle de printemps, avec les chiffres publiés sur les cellules lithium-ion et les limites réelles du modèle.
Une batterie qui s'use même quand la raquette ne sert pas
Entre deux étés, une cellule lithium-ion ne reste pas inactive. Un film protecteur continue de croître à la surface de l'anode et consomme lentement du lithium disponible. C'est le vieillissement calendaire, et deux paramètres le pilotent : la température de stockage et le niveau de charge laissé dans la cellule.
Une étude de stockage publiée dans le Journal of The Electrochemical Society a suivi des cellules 18650 commerciales pendant neuf mois au moins. Seize niveaux de charge, de 0 à 100 %, et trois températures y étaient comparés : 25, 40 et 50 degrés. Le résultat le plus utile pour un rangement de saison tient en une phrase : la perte ne progresse pas régulièrement avec le niveau de charge. Elle avance par paliers. Sur les cellules NMC et NCA, un décrochement net apparaît au voisinage de 60 % de charge, et les auteurs recommandent de garder l'électrode négative sous la moitié de sa capacité. La même campagne ne mesure aucun effet de l'historique de charge et de décharge sur cette perte : une raquette beaucoup utilisée en juillet ne s'use pas plus vite qu'une raquette oubliée au fond d'un placard.
La cause tient à la tension de l'anode. Quand la cellule reste très chargée, cette tension descend, l'électrolyte se réduit plus vite à sa surface et du lithium disponible part dans le film protecteur. C'est aussi ce qui explique le palier : tant que la charge reste modérée, la réaction avance lentement, puis elle s'emballe passé le seuil.
La température pèse autant. Sur les cellules LFP suivies dans la même campagne, la perte atteint environ 0,2 point de capacité par mois à 25 degrés, contre environ 0,5 point par mois à 50 degrés. Un abri qui monte à 50 degrés en août n'est donc pas un bon logement. Un abri qui descend sous zéro en janvier ne l'est pas davantage, pour une raison différente, liée au moment où vous rebranchez l'appareil.
Pour un rangement de saison, la conclusion est simple : la charge laissée dans la cellule et la pièce choisie comptent plus que la fréquence d'usage.
Rebrancher une raquette froide, le geste à éviter
Le port de charge se trouve sur le côté de la poignée, au format USB-C, et le câble fourni se range avec l'appareil. Une précaution compte davantage que le modèle de chargeur : la température de la raquette au moment où vous la branchez.
Recharger une cellule lithium-ion quand elle est très froide dépose du lithium métallique à la surface de l'anode au lieu de l'insérer dans le graphite. Des essais par impulsions de charge, publiés dans le Journal of The Electrochemical Society, descendent jusqu'à moins 40 degrés. Ils séparent le lithium récupéré au repos de celui définitivement perdu. La perte irréversible, elle, augmente avec le temps passé au contact de l'électrolyte et avec la température. La conséquence pratique est simple. Une raquette oubliée dans un abri non chauffé revient d'abord à température ambiante dans la maison, puis se branche.
Un mot sur les chargeurs, puisque les retours d'usage en parlent. Certains blocs du quotidien ne délivrent pas assez pour lancer la charge, et le câble fourni règle le problème. Si le témoin ne réagit pas, testez un second câble et une autre prise : c'est la première vérification à faire, et la moins coûteuse.

Ni pleine, ni vide : la charge à laisser avant l'hiver
Deux erreurs symétriques guettent au moment du rangement. La première est de remiser la raquette batterie pleine, par précaution. La seconde est de la ranger à plat, persuadé qu'une cellule vide ne s'abîme pas. Les deux se paient au printemps.
La charge élevée entretient précisément le régime que les essais de vieillissement calendaire désignent comme le plus agressif : au-delà de 60 % de charge sur les chimies courantes, la perte de capacité quitte son palier et s'accélère. Une batterie laissée pleine pendant cinq mois d'hiver perd donc plus qu'une batterie laissée à mi-charge dans la même pièce.
La décharge profonde, elle, attaque autre chose que le lithium. Une batterie qui reste inutilisée se vide lentement par auto-décharge. Si la tension passe sous le seuil de coupure, le collecteur de cuivre de l'anode commence à se dissoudre. Une analyse par spectroscopie des électrodes a mesuré cette dissolution sur des cellules maintenues sous 0,5 volt, dont une cyclée quarante fois à 0,25 volt. Les relevés montrent une perte d'adhérence entre le graphite et son support métallique, et jusqu'à 10 % de capacité perdus en quarante cycles, là où les cellules témoins ne perdaient rien.
Concrètement, la batterie repart à la moitié de sa capacité environ, jamais à zéro. Le reste est affaire d'organisation. La rallonge télescopique se retire, la raquette, la base ronde et le câble se regroupent au même endroit, dans une pièce sèche et tempérée. Un chiffon sec sur la poignée et sur le port de charge suffit avant de fermer la boîte, sans produit. Les retours d'usage le confirment dans l'autre sens : avec la rallonge en place, l'appareil se range mal debout et se suspend mal.
Un appoint de charge à mi-hiver
Laisser une batterie au repos ne veut pas dire l'oublier complètement. L'auto-décharge continue, et c'est elle qui fait descendre une cellule rangée à mi-charge vers la zone où le cuivre commence à souffrir. Un appoint à mi-parcours de l'hiver, jusqu'à la moitié environ, suffit à la maintenir au-dessus du seuil critique. Inutile de viser 100 % : vous reproduiriez le régime de charge élevée que vous venez d'éviter.
Ce passage est aussi l'occasion d'un contrôle visuel en deux minutes : grille brossée à sec, sans doigt entre les mailles, poignée et base essuyées, câble enroulé sans pli serré. Profitez-en pour noter combien de soirées complètes tient une charge. C'est le seul repère fiable pour repérer, saison après saison, une cellule qui faiblit sur un appareil qui n'affiche aucun pourcentage.

Reprendre au printemps : le bon moment
Le calendrier des moustiques ne commence pas avec la première piqûre, et il ne commence pas non plus en juillet. Un suivi de terrain conduit sur la Côte d'Azur et publié dans PLOS ONE montre que la diapause des œufs culmine à 95 % à la fin septembre. Les premières larves, elles, apparaissent dans la première quinzaine de mars, dès que la température franchit 10,5 degrés et que le jour dépasse 11,25 heures. La saison se relance donc souvent avant que vous n'ayez ressorti quoi que ce soit.
Le printemps décide aussi de la population de l'été. L'Anses recense 81 départements où le moustique tigre était implanté en 2025 et rappelle que la femelle pond plusieurs centaines d'œufs dans les récipients d'eau artificiels : coupelles sous les pots, seaux, bidons, gouttières. Vider ces réserves au printemps fait plus pour la saison qu'une heure de raquette en plein été. C'est le même tour de jardin qui remet l'appareil en service.
La remise en route, elle, demande une soirée. Rechargez la raquette complètement, puis testez la grille sur un mur clair : elle doit crépiter contre une surface plane, ce qui vérifie du même coup que la tête pivote correctement dans son arceau. Essayez ensuite le mode posé, raquette debout sur sa base ronde et rallonge retirée. Si la grille reste muette malgré une batterie chargée, cherchez du côté de l'appareil et non de la charge.
Ce que la raquette ne fera pas
Trois limites reviennent dans les retours d'usage, et mieux vaut les connaître avant de compter sur l'appareil pour tout régler. La lumière violette du mode posé est peu intense : elle complète la veille nocturne, elle ne vide pas une pièce de ses moustiques. La tête pivote jusqu'à 90 degrés, mais dans un seul sens, ce qui demande parfois de tourner le poignet plutôt que de forcer latéralement. Quant à la perche télescopique, déployée au maximum, elle se creuse légèrement pendant le geste : gardez-la dans l'axe et approchez la grille à plat de la surface visée.
Rien de tout cela ne condamne l'appareil, et cela dessine un usage honnête. Le mode manuel pour l'insecte que vous voyez, notamment quand un moustique se poste au plafond. Le mode posé pour la nuit, en gardant en tête ce qui distingue une lampe anti moustique d'un piège : la première attire, le second intercepte. Une batterie bien menée tient sa part du contrat, et c'est la seule pièce de l'appareil que l'entretien peut réellement prolonger.

Un hivernage réussi ne se remarque pas le jour où on le fait. Il se remarque en mars, quand la raquette se recharge en une soirée et que la grille répond du premier coup.
Questions frequentes
Faut-il laisser la raquette branchée toute la nuit ?
Le circuit de charge de l'appareil arrête la charge quand la cellule est pleine, et le connecteur USB-C n'y change rien : la laisser branchée n'ajoute donc rien. Ce qui pèse sur la durée de vie, c'est de rester longtemps à la fois chargée et au chaud, comme une raquette oubliée tout l'été près d'une baie vitrée.
La batterie doit-elle être pleine ou vide pendant l'hiver ?
Ni l'un ni l'autre. Les essais de vieillissement calendaire placent la zone de repos la plus favorable autour de la moitié de la capacité : la perte s'accélère nettement au-delà de 60 % de charge sur les cellules NMC et NCA. À l'inverse, une batterie rangée vide se décharge encore par elle-même et peut descendre sous son seuil de coupure, ce qui abîme le collecteur de cuivre de l'anode.
Peut-on recharger la raquette dans un cabanon non chauffé ?
Mieux vaut l'éviter par temps froid. Le lithium métallique déposé sur l'anode lors d'une charge à basse température ne se récupère qu'en partie, et ce qui reste perdu ne se rattrape pas. Si l'appareil a passé la nuit dehors, laissez-le revenir à température ambiante dans la maison avant de le mettre en charge.
À quel moment ressortir la raquette au printemps ?
Plus tôt qu'on ne le pense. La population de l'été repart des œufs pondus à l'automne précédent, dont la sortie suit la remontée des températures, et cette éclosion commence bien avant les premières chaleurs marquées. Une recharge et un essai de la grille en fin d'hiver vous évitent d'être pris de court le premier soir où un moustique entre.
Sources
- Keil, P., Schuster, S. F., Wilhelm, J., Travi, J., Hauser, A., Karl, R. C. et Jossen, A. (2016). Calendar Aging of Lithium-Ion Batteries: I. Impact of the Graphite Anode on Capacity Fade. Journal of The Electrochemical Society, vol. 163, no 9.
- Folkson, C. A., Holland, T. J., Leal de Souza, M., Nazeeruddin, M. A., Garcia, C. E., Gulsoy, B., Marco, J., Paarmann, S., Offer, G. J. et Marinescu, M. (2026). Lithium Plating Reversibility in Lithium-Ion Batteries Under Subzero Temperature Charging Pulses. Journal of The Electrochemical Society, vol. 173, no 1.
- Hendricks, C. E., Mansour, A. N., Fuentevilla, D. A., Waller, G. H., Ko, J. K. et Pecht, M. G. (2020). Copper Dissolution in Overdischarged Lithium-ion Cells: X-ray Photoelectron Spectroscopy and X-ray Absorption Fine Structure Analysis. Journal of The Electrochemical Society, vol. 167, no 9.
- Lacour, G., Chanaud, L., L'Ambert, G. et Hance, T. (2015). Seasonal Synchronization of Diapause Phases in Aedes albopictus (Diptera: Culicidae). PLOS ONE, vol. 10, no 12.
- Anses. Le moustique tigre. Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail, page consultée en septembre 2026.

