Un pot continue de libérer des moucherons du terreau alors que la plaque collante se remplit, et ajouter des plaques n'y change rien. À ce stade, ce n'est plus le piège qu'il faut ajuster, c'est ce qui vit dans le substrat qu'il faut reprendre en main. Voici les relais qui prennent le travail là où la colle s'arrête, dans l'ordre où ils se justifient.
La rondelle de pomme de terre passe avant tout le reste
Le premier réflexe coûte une pomme de terre, pas un achat : savoir si des larves occupent encore le pot. Une rondelle crue posée sur le terreau répond à la question en deux jours, parce que les larves viennent s'y nourrir et qu'il suffit de la soulever pour les voir travailler. La fiche de l'Université du Connecticut donne ce protocole et ce délai, et rappelle que ces morceaux de tubercule servent au suivi, pas au traitement.
Le résultat se lit simplement. Une rondelle propre sur un pot qui libère encore des adultes envoie le diagnostic ailleurs, vers la canalisation ou vers un autre pot de la pièce. Une rondelle chargée confirme que le substrat produit toujours des larves, donc que le problème est sous la surface et qu'aucune plaque supplémentaire ne le réglera. C'est le seul test qui montre les larves sans remuer les racines. Si vous rempotez ce pot pour une autre raison, profitez-en pour examiner le chevelu : des extrémités émoussées, privées de leur pointe fine, comptent parmi les signes de passage des larves.
Reste à savoir lequel des pots travaille. Avec une collection dans la même pièce, la plaque la plus chargée donne une piste sans rien prouver, parce que les adultes volent d'un pot à l'autre. Enfermez un pot à la fois sous un voile ou une mousseline, en commençant par ceux dont la plaque s'est remplie le plus vite, et laissez passer deux jours : celui qui relâche des insectes sous le voile est le bon. La fiche du Maryland propose cette méthode pour départager une plante et une canalisation. Si le nuage tourne plutôt autour de l'évier, le test du sac posé sur la bonde prend une nuit et évite de traiter des pots pour rien.

Une barrière de surface, à condition de choisir le bon matériau
L'idée d'étouffer le substrat sous une couche minérale circule beaucoup, avec une conclusion souvent trop rapide. Le sable et la terre de diatomée posés sur la surface n'ont réduit ni l'émergence des adultes ni la ponte, parce que leurs interstices laissent passer les larves prêtes à se nymphoser et les femelles en quête d'un support. La synthèse publiée dans Insects donne cette conclusion, et désigne le matériau qui a fait reculer l'émergence : un verre recyclé concassé, dont les granulats sont assez serrés pour fermer ces passages. Le même auteur précise qu'une barrière physique ne se tient jamais seule dans un programme de lutte.
Dans un pot d'intérieur, cette couche a un second effet, moins discuté. Elle garde l'humidité sous elle, ce qui va contre le levier le plus sûr sur les larves, celui qui passe par le séchage de la surface. Une couche minérale qui rend le terreau plus long à ressuyer rend donc service aux larves autant qu'à la plante. Voilà pourquoi ce geste se réserve aux pots dont la surface sèche déjà correctement, et pourquoi il ne remplace rien. Si vous l'essayez malgré tout, gardez la couche fine et laissez le collet de la plante à l'air : c'est lui qu'il ne faut pas enfermer.
Les auxiliaires, et ce qu'ils exigent de vous
Quand la rondelle remonte des larves et que le séchage ne suffit pas, la voie biologique prend le relais. La même fiche universitaire décrit trois auxiliaires, et leurs contraintes comptent autant que leurs performances.
Les nématodes Steinernema feltiae s'appliquent en arrosage du substrat. Ils entrent dans la larve, y relâchent une bactérie symbiotique et la tuent en un à deux jours par septicémie, avant de rester actifs dans le milieu une dizaine de jours à deux semaines. L'acarien prédateur Stratiolaelaps scimitus habite la couche la plus superficielle du substrat, s'en prend en priorité aux larves du premier stade, et ne survit pas dans une eau stagnante. Le coléoptère Dalotia coriaria, troisième de la liste, se pose en surface et ne se mélange pas au terreau, où il ne survivrait pas. Ces deux derniers s'installent lentement : environ dix-huit jours d'œuf à adulte pour l'acarien à 20 °C, dix-sept jours à 26 °C pour le coléoptère, dont les femelles vivent ensuite plusieurs semaines et pondent en moyenne quatre-vingt-dix œufs. À ces trois s'ajoute le Bacillus thuringiensis var. israelensis, souche H-14, que la fiche du Maryland présente comme l'ingrédient actif des produits d'arrosage vendus pour les plantes d'intérieur.
Le compromis mérite d'être dit franchement. Ces produits s'emploient sur un substrat humide, alors que le geste le plus fiable reste une couche de surface qui sèche. On traite donc une fois, sur un terreau mouillé, puis on reprend le régime d'arrosage qui assèche le dessus du pot, sans quoi la génération suivante trouve exactement les conditions qu'elle cherche. Gardez aussi en tête la durée de vie de ces auxiliaires dans le milieu, dix à quatorze jours pour les nématodes : une seule application ne couvre pas tout un cycle de ponte, et un second passage se décide en regardant la rondelle remonter ou non.

L'engorgement qui marche en pleine terre, et pas dans un pot
Une expérience menée sur un sciaride des cultures légumières éclaire le raisonnement par contraste. Trois essais en pot et une démonstration au champ ont testé deux leviers : allonger la durée d'engorgement du sol, et ajouter des nématodes entomopathogènes. En pot, un engorgement plus long a fait monter la mortalité des larves, l'ajout de nématodes a produit le même effet avec le temps d'exposition, et la combinaison des deux a tué plus de larves que chaque levier pris seul. La démonstration au champ, elle, n'a pas retrouvé cet écart sur le rendement, ce que les auteurs signalent eux-mêmes.
Cette asymétrie donne la limite du procédé à l'intérieur. Un pot noyé asphyxie ses racines bien avant d'atteindre les larves, et la plante paie le traitement. C'est pourquoi le levier domestique reste l'inverse, une couche superficielle qui sèche entre deux arrosages, avec le suivi d'un piège à planter pour lire semaine après semaine si la population de fond recule.
Sur une jeune plante, l'enjeu dépasse la gêne. Le diagnostic Éphytia consacré à la mouche des terreaux indique que les larves les plus âgées peuvent consommer la tige entière, ce qui explique des semis qui s'effondrent alors que le feuillage semblait sain la veille. Un pot de semis ou de boutures mérite donc plus d'attention qu'un ficus installé depuis dix ans, et la rondelle de pomme de terre y prend tout son sens.
Ce que la plaque continue de faire pendant ce temps
Rien de ce qui précède ne rend le piège inutile, au contraire. Il coupe la génération qui vole, et son relevé reste le seul indicateur visible de ce qui se passe dans le pot. Les fiches universitaires recommandent d'ailleurs des pièges collants jaunes piqués dans les pots pour surveiller les insectes volants des plantes d'intérieur, ce qui confirme la méthode sans changer la conclusion : la meilleure place pour intercepter ces insectes reste au ras du substrat, là où ils sortent. Une plaque de 8 cm sur 12,5 cm plantée au ras du terreau se remplace quand sa surface est saturée, et les douze du lot laissent de quoi suivre plusieurs pots en parallèle pendant un traitement. Tant que la rondelle remonte des larves, la plaque est le témoin du travail en cours, et c'est cette lecture qui décide s'il faut passer à l'étape suivante ou laisser le substrat finir de se vider.

Questions frequentes
Peut-on appliquer des nématodes sur un terreau déjà humide ?
Oui, et c'est même la condition d'efficacité. La fiche de l'Université du Connecticut précise que ces nématodes s'utilisent en arrosage du substrat, et que les applications préventives sur sol mouillé donnent les meilleurs résultats par temps couvert. Inutile donc d'assécher le pot avant de traiter : on arrose, on laisse travailler, et c'est seulement ensuite que le régime d'eau reprend son rôle, en laissant la couche de surface sécher entre deux passages.
L'acarien prédateur survit-il dans un pot arrosé par la soucoupe ?
Tant qu'aucune eau ne stagne, oui. Cet acarien vit dans la couche superficielle du substrat et ne survit pas dans une eau stagnante, ce qui le rend incompatible avec une soucoupe laissée pleine en permanence. Si vous arrosez par le dessous, videz la soucoupe après absorption, et l'auxiliaire garde sa place. C'est la même contrainte qui vaut pour les nématodes et pour la qualité du substrat en général.
Faut-il introduire les trois auxiliaires en même temps ?
Non, et la fiche du Connecticut donne même un ordre de priorité. L'acarien prédateur est présenté comme plus efficace avant que la population de moucherons soit installée, alors que les nématodes s'appliquent sur un substrat déjà colonisé. Si votre pot produit encore des larves, commencez par les nématodes. Le coléoptère prédateur, lui, se pose en surface et ne se mélange pas au substrat, sous peine de ne pas survivre.
Au bout de combien de temps conclure que ça ne marche pas ?
Aucun des documents consultés ne donne de délai garanti, et c'est logique : tout dépend du nombre de larves déjà installées dans le pot. La bonne lecture n'est pas au calendrier mais sur deux indicateurs. La rondelle de pomme de terre qui remonte encore des larves dit que le substrat renouvelle sa population. Le relevé de la plaque qui reste haut avec une surface sèche dit la même chose. Tant que ces deux signaux restent au vert, un traitement vient de commencer, pas d'échouer.
Sources
- University of Maryland Extension. Fungus Gnats. University of Maryland.
- University of Connecticut, Integrated Pest Management. Biological Control of Fungus Gnats. College of Agriculture, Health and Natural Resources.
- Éphytia (INRAE). Mouche des terreaux. ÉcophytoPIC.
- Cloyd, R. A. (2015). Ecology of Fungus Gnats (Bradysia spp.) in Greenhouse Production Systems Associated with Disease-Interactions and Alternative Management Strategies. Insects, vol. 6.
- Chen, C., Ma, H., Ma, M., Li, J., Zheng, S., Song, Q., Gu, X., Shapiro-Ilan, D. et Ruan, W. (2020). An innovative strategy for control of fungus gnats using entomopathogenic nematodes alone or in combination with waterlogging. Journal of Nematology, vol. 52.

