Un répulsif chat à ultrasons qui ne fonctionne pas n'est pas forcément un appareil au rebut. Sous la fiche du boîtier solaire, les retours parlent d'un chat qui revient malgré tout, de pigeons qui continuent de venir, et d'un appareil muet après quelques jours de soleil. Ces trois cas n'ont pas la même cause, et le tri commence par une question unique : est-ce que le boîtier émet encore ?
Est-ce que le boîtier émet encore ?
L'oreille est un mauvais juge, dans les deux sens : ce que vous entendez, ou pas, ne dit rien de l'état du boîtier. Celui-ci passe l'essentiel de la journée en veille et ne se réveille qu'au passage d'un corps devant son détecteur, si bien qu'un silence au milieu du massif n'a rien d'anormal.
Le contrôle se fait devant la façade, sans outil. Passez lentement la paume à hauteur du boîtier : un témoin lumineux, logé sur la tranche avant, s'allume à chaque déclenchement. C'est le seul repère à la portée de tout le monde, et deux retours publiés sous la fiche le montrent en creux. L'un conclut à la panne parce que rien ne s'allume plus, même après plusieurs heures au soleil. L'autre se méfie d'un appareil dont il entend le son « sans problème, et plutôt fort », ce qu'il juge peu compatible avec des ultrasons. Ces deux récits ne disent pas la même chose : le premier décrit un boîtier éteint, le second un boîtier qui émet, et le témoin lumineux suffit à savoir dans quel cas vous vous trouvez.
Le témoin atteste une détection, pas la fréquence émise : c'est la limite de ce contrôle. Un boîtier qui répond est un boîtier sous tension et alimenté, et c'est ce que vous cherchiez.
S'il reste éteint, deux vérifications suffisent à expliquer le silence. Le coulisseau marche/arrêt, d'abord : il est logé au dos de l'appareil et porte les mentions ON et OFF. Un boîtier que l'on a manipulé, remisé sur l'arrêt ou rentré pour l'hiver se retrouve hors tension, et cette position se lit avant toute autre chose. La charge, ensuite. Le panneau est la seule source d'énergie en usage courant : aucune pile jetable, aucun cordon, et pas de chargeur dans le colis. L'accumulateur interne, lui, se remplace, mais il faut ouvrir le boîtier pour y accéder, ce qui n'est pas un geste de jardinier. Un appareil qui sort du carton ou qui vient de traverser une semaine de grisaille mérite donc une journée entière de soleil avant qu'on juge quoi que ce soit.
Restent les causes lentes, celles que l'entretien courant écarte : une coupelle voilée par le pollen, une touffe montée devant la façade, une ombre allongée depuis la pose. Le chiffon doux et le sécateur s'en occupent deux fois dans l'année, sans qu'il y ait de pièce à changer.

Le chat qui n'entend pas l'appareil
Admettons le boîtier en état. Ses ultrasons ne servent à rien si aucune oreille ne les reçoit. Celle du chat compte parmi les meilleures du monde mammalien : l'espèce couvre une bande de fréquences très large et reste sensible aux sons les plus aigus. L'oreille est une structure délicate, équilibrée entre ses récepteurs, ses canaux et la mécanique de ses osselets, et c'est cette finesse qui la rend vulnérable.
Tous les chats ne partent pas avec la même oreille. La surdité neurosensorielle congénitale, celle avec laquelle un chaton naît, a été mesurée chez des chats blancs de race. En Pologne, sur 72 animaux de clientèle examinés entre 2007 et 2021, 16,7 % étaient atteints : 11,1 % d'un seul côté et 5,6 % des deux.
Une seconde étude, britannique, a testé 132 chatons blancs et 61 chatons de couleur issus des mêmes portées. La proportion atteignait 30,3 % chez les blancs, dont 15,9 % des deux oreilles, alors qu'aucun des chatons de couleur n'était sourd. La couleur des yeux pèse aussi. Parmi les chatons blancs, 44,4 % de ceux qui portaient un iris bleu et 50 % de ceux qui en avaient deux étaient concernés, contre 22,2 % de ceux qui n'en avaient aucun. Un chaton portant au moins un iris bleu avait ainsi 3,2 fois plus de risques d'être atteint qu'un chaton qui n'en avait pas. Le risque varie aussi selon la race : dans cette même étude, il va de 4,8 % chez les chats russes à 46,7 % chez les Turkish Vankedisi. Un chat blanc de race, surtout s'il a les yeux bleus, est donc le premier profil à suspecter, et c'est à lui que ces proportions s'appliquent.
Deux réserves accompagnent ces chiffres. Ils portent sur des chats de race blanche, chez qui le gène en cause est connu. De la surdité des chats de quartier, le plus souvent mélangés et de couleur, ils ne disent rien. Et la distinction qui décide de tout est celle entre une oreille et deux : un chat atteint d'un seul côté continue d'entendre de l'autre, et l'appareil garde une prise sur lui. Seule une surdité bilatérale le rend totalement inaudible, ce qui ramène les proportions à retenir à 5,6 % dans l'étude polonaise et 15,9 % dans la britannique.
La surdité ne date pas toujours de la naissance. Un traumatisme sonore, une infection virale ou un choc peuvent l'installer plus tard, et rien ne permet aujourd'hui de la corriger chez le chat. Si l'hypothèse vous paraît tenir, elle se vérifie en clinique par une mesure des réponses évoquées du tronc cérébral, celle qu'emploie l'étude britannique, et non depuis le jardin. La réponse utile se trouve alors ailleurs, dans une barrière posée à plat, du type tapis à picots, qui agit sur les pattes et non sur l'audition.
Le chat entend très bien, et il vient quand même
Le boîtier qu'on accuse est souvent un boîtier qui travaille. Ce qu'il interrompt, c'est une ligne, celle qui passe devant son détecteur, alors qu'un chat ne se déplace pas pour traverser une ligne : il vient chercher quelque chose. Une terre meuble et sèche à gratter, un reste de nourriture laissé dehors pour un autre animal, un tas de compost ou une pile de bois où nichent des rongeurs.
Tant que l'objet de la visite se trouve de l'autre côté, l'appareil gagne du temps et rien de plus. Il y a aussi les raisons qui ne sont pas chez vous : une gamelle servie par un voisin, une rue où l'on dépose des restes, un abri ouvert plus loin dans le quartier. Aucun réglage de votre jardin ne fera disparaître un motif qui vient d'ailleurs, et c'est une limite utile à connaître avant d'investir dans un appareil plus puissant.
Ce qui reste entre vos mains est plus modeste : réduire ce qui attire, et regarder où le chat passe avant de regarder l'appareil. Quand la terre grattée réapparaît deux mètres plus loin, le piquet change de place au lieu qu'un second boîtier rejoigne le premier.

Ce n'est peut-être pas un chat
Un émetteur à ultrasons ne parle qu'à une partie du vivant, et le chat occupe le haut du spectre. Descendez d'un cran, et l'appareil devient parfaitement silencieux. Le pigeon en donne la mesure : son audiogramme s'étend de 2 à 8 000 Hz, une bande qui s'arrête bien avant le premier ultrason. L'oiseau n'est pourtant pas sourd, loin de là : la même étude rappelle qu'il perçoit les infrasons, ces fréquences plus basses que tout ce que nous entendons. Sa bande est simplement située ailleurs, et l'appareil émet juste au-dessus de son plafond.
Les retours d'acheteurs vont dans ce sens. L'un note que l'appareil n'a pas dissuadé les pigeons ; un autre s'inquiète de voir moins d'oiseaux à sa station d'alimentation depuis l'installation, sans pouvoir dire si c'est l'appareil ou les chats. Le premier constat colle exactement à ce que l'audiogramme annonce. Le second ne dit rien de l'appareil : un oiseau qui s'éloigne peut le faire pour mille raisons, et ce témoignage ne les départage pas.
Le même raisonnement vaut pour les autres visiteurs du jardin. Chiens, oiseaux et rongeurs ne réagissent pas à la même plage sonore, ce qui explique le sélecteur de fréquences que porte un boîtier multifréquences. Un appareil qui vise une espèce n'a rien à dire aux autres, et le réglage se choisit sur l'animal qui cause les dégâts.
Changer d'outil plutôt que de modèle
Une fois le tri fait, les sorties sont peu nombreuses. Si le témoin s'allume et que le chat l'entend, le boîtier solaire sur piquet fait son travail. Ce sont les traces au sol qui le confirment sur trois semaines, pas les chats aperçus par la fenêtre. Si rien ne s'allume, la garantie de deux ans couvre ce type de défaillance, et le retour sous trente jours s'applique aussi. Il n'y a rien à racheter, seulement à faire jouer ce qui est prévu.
Quand le témoin répond et que les visites continuent, un second exemplaire du même boîtier n'y changera rien dans les deux cas déjà cités. Un chat qui n'entend pas ne se mettra pas à entendre, et un pigeon restera sourd aux ultrasons, quelle que soit la position du piquet. Reste le cas du contournement, qui ne se règle pas avec un modèle identique : c'est le format de répulsif qu'il faut alors revoir.
Un boîtier solaire a un seul vrai défaut, celui de ne rien dire de son état. Une fois cette question posée, l'examen se déplace : ce que le chat vient chercher, et ce que son oreille peut recevoir.
Sources
- A. Kortas, L. Rytel, M. Kołecka, et A. Pomianowski (2022). Evaluation of the prevalence of congenital sensorineural deafness in a population of 72 client-owned purebred white cats examined from 2007 to 2021. BMC Veterinary Research, 18(1), 287.
- L. Mari, J. Freeman, J. Van Dijk, et L. De Risio (2019). Prevalence of congenital sensorineural deafness in a population of client-owned purebred kittens in the United Kingdom. Journal of Veterinary Internal Medicine, 33(4), 1707-1713.
- D. K. Ryugo, et M. Menotti-Raymond (2012). Feline deafness. Veterinary Clinics of North America: Small Animal Practice, 42(6), 1179-1207.
- H. E. Heffner, G. Koay, E. M. Hill, et R. S. Heffner (2013). Conditioned suppression/avoidance as a procedure for testing hearing in birds: the domestic pigeon (Columba livia). Behavior Research Methods, 45(2), 383-392.
Questions frequentes
Comment savoir si mon répulsif à ultrasons émet encore ?
Le témoin de façade tranche la question, à une condition : avoir laissé le panneau au soleil une journée entière, sinon un boîtier peu chargé se comporte comme un boîtier éteint. S'il s'allume au passage d'une main, l'appareil est vivant, et le doute se déplace vers l'oreille du chat ou vers ce qui l'attire. S'il reste noir malgré une journée de soleil et un coulisseau sur ON, la garantie de deux ans et le retour sous trente jours prennent le relais.
Un chat peut-il être sourd au point de ne pas entendre le répulsif ?
Oui, et cette cause passe avant la panne chez un chat blanc de race, où la surdité de naissance est courante. Le repère se lit sur trois semaines : un chat qui revient alors que le témoin s'allume n'entend pas l'appareil, ou n'a aucune raison de le fuir. Le doute se lève en clinique, par une mesure des réponses évoquées du tronc cérébral, et non en changeant de boîtier.
Pourquoi mon répulsif à ultrasons n'a-t-il aucun effet sur les pigeons ?
Parce que l'oreille de l'oiseau ne monte pas jusqu'aux ultrasons : sa bande auditive plafonne à quelques milliers de hertz. Un pigeon peut donc se poser à un mètre d'un boîtier en parfait état de marche sans rien percevoir. Pour des dégâts d'oiseaux, c'est vers un appareil dont le sélecteur couvre les oiseaux qu'il faut se tourner, pas vers un second exemplaire du même modèle.
Faut-il acheter un deuxième appareil quand le chat revient ?
Pas en premier réflexe. Repérez par où l'animal entre : si le trajet s'est déplacé de quelques mètres, remettre le piquet sur le nouveau passage suffit et ne coûte rien. Le second boîtier ne se justifie que lorsque le jardin offre plusieurs entrées réelles et que le contournement persiste malgré un appareil bien orienté.

