Choisir une cachette pour crevettes, c'est regarder ce que ses ouvertures laissent passer, la surface qui la porte, et le nombre de pièces que vous installez. La cabane Jarditips prise ici pour exemple est une demi-sphère noire criblée de trous ronds, accompagnée d'un disque plat au dessin identique. Voici ce que les travaux publiés disent des refuges chez les crevettes d'eau douce, et ce qu'il reste à regarder avant de commander.
En bref
- Ce sont les ouvertures qui font la cachette : elles laissent circuler l'eau, empêchent l'intérieur de stagner et se couvrent d'un biofilm que les crevettes broutent.
- Une crevette qui vient de vivre une menace cherche une paroi : huit jours d'expériences désagréables ont suffi à modifier son comportement en milieu ouvert.
- Un bac, plusieurs abris. Les différences de tempérament entre individus sont mesurées, et un refuge unique finit par être occupé par le même.
- Deux pièces pour un seul achat : le disque plat posé seul devient un support à mousse, la demi-sphère reste libre pour un autre coin du bac.
- La stabilité passe avant la forme : sur un substrat meuble, c'est le disque plat posé dessous qui empêche la pièce de s'incliner.
Ce qu'une cachette change dans un bac de crevettes
Dans un bac sans refuge, tous les habitants sont visibles en même temps, une situation qui n'existe à peu près nulle part dans la nature. Sur des récifs tempérés du Chili, un suivi mené sur six sites a montré que la présence et l'abondance d'une crevette de roche augmentaient avec la complexité du relief et la disponibilité en refuges. L'étude note aussi que cette crevette occupait le plus souvent les abris à large ouverture, peu protecteurs mais qui rassemblent les individus. Ce travail porte sur une espèce marine, mais le ressort est le même en eau douce : un refuge est une ressource rare que les occupants se disputent.
Les crevettes d'eau douce réagissent de la même manière à ce qui les menace. Des Neocaridina exposées huit jours de suite à des poursuites au filet sont restées plus près des parois que les témoins lors d'un test en milieu ouvert, un comportement que les auteurs rattachent à une recherche d'abri. L'expérience est artificielle, la conclusion l'est moins : dans un bac où il n'y a rien contre quoi se tenir, l'animal n'a pas de repli. Une souche, un angle de pierre ou une pièce posée au fond remplissent ce rôle.
Une cachette se juge enfin sur ce qu'elle cache vraiment. Un volume sombre où l'occupant disparaît de la vue ne rend pas le même service qu'une planque dont on distingue la silhouette depuis la vitre. C'est ce qui fait la différence entre un objet posé là pour meubler et un coin où un animal mené par une menace trouve effectivement à se retirer.

Ouvertures ou paroi pleine : le critère qui décide
C'est le premier point à regarder sur une photo de produit, et le plus souvent le seul qui compte. Une paroi ajourée fait ce qu'une coque fermée ne fait pas.
Elle laisse passer l'eau. Un volume clos avec une seule entrée devient une poche où le renouvellement se fait mal, et ce qui s'y dépose reste sur place. Une paroi percée de trous réguliers travaille comme un filtre grossier : le courant traverse, les débris fins aussi, et l'intérieur ne se transforme pas en dépôt.
Elle offre une surface colonisable. Des grilles plastiques immergées dans des bacs sans renouvellement d'eau se couvrent d'un biofilm de microalgues, de diatomées, de cyanobactéries et de ciliés. Dans cette expérience menée sur la crevette Neocaridina davidi, ce biofilm constituait la seule nourriture. La survie et la croissance des jeunes y étaient significativement meilleures en présence des substrats colonisés qu'en leur absence. Les trous d'une cabane servent donc deux fois : passage et garde-manger. Une paroi ajourée se couvre du même voile que les pierres et les racines, et les crevettes le broutent au passage.
Elle laisse entrer et sortir sans négocier. Plusieurs ouvertures réparties sur la paroi donnent plusieurs issues à un animal qui fuit, là où une entrée unique peut être occupée par un individu plus gros ou plus hardi. C'est cette multiplicité qui distingue une cabane d'un simple pot retourné. Dans le rayon décor aquarium, toutes les pièces ne se valent pas sur ce point : une racine creuse n'offre qu'un boyau, une pierre trouée plusieurs passages.
L'entretien est le point faible de ces ouvertures. Des ouvertures rondes se bouchent avec des débris végétaux ou un amas de biofilm détaché. Une cachette obstruée perd son usage sans que rien ne se voie depuis la vitre : c'est le moment où les habitants cherchent ailleurs dans le bac.
Deux pièces plutôt qu'une : ce que le disque plat ajoute
Une cabane livrée avec son disque plat travaille en deux endroits. Posé seul sur le gravier, le disque fait un support ajouré. Nouez-y une mousse ou une petite plante au fil de pêche : elle s'installe en quelques semaines, puis masque la pièce. La demi-sphère, elle, reste disponible pour un autre angle du bac.
Le disque a un second rôle, plus prosaïque : il élargit la base. Sur un substrat meuble, une demi-sphère posée directement sur le gravier s'enfonce au point de contact et s'incline au moindre courant. Intercalée dessous, la plaque étale la pression et la pièce tient sans s'enterrer. C'est la disposition illustrée par la planche d'assemblage, et la plus stable.
Rien n'oblige à garder les deux pièces ensemble. Dans un bac déjà meublé, le disque seul se glisse sous une racine ou contre une pierre et fait une seconde cachette discrète. Deux pièces discrètes valent mieux qu'une grosse pièce visible, et cette répartition compte plus que la taille de l'objet.
Combien d'abris pour un bac
Aucun travail publié ne donne de ratio par litre pour un bac de crevettes. Ce que les travaux montrent, en revanche, c'est que les crevettes d'une même colonie ne se comportent pas de la même façon. Chez la crevette cerise, les comportements de type timide et audacieux ont une répétabilité modérée à forte : les individus reproduisent les mêmes choix d'un test à l'autre, dans des contextes différents. Ces différences apparaissent aussi dans les tests de préférence passés en revue sur les crevettes et les gambas, où les animaux expriment des préférences dans plusieurs contextes, avec des différences individuelles qui ressemblent à des traits de personnalité.
La conséquence pratique est simple. Un refuge unique dans un bac se fait occuper par le même individu la plupart du temps, pendant que les autres restent dehors. Deux ou trois pièces réparties, dont une au moins placée loin du courant de la pompe, suffisent à ce que chaque tempérament trouve sa place. La contrainte réelle est la surface libre au sol : dans un bac étroit, mieux vaut deux petites pièces séparées qu'une seule grande.
Le nombre doit aussi suivre la croissance de la population. Une colonie qui se reproduit se peuple vite, et un bac réglé pour quelques crevettes se retrouve serré en quelques mois. Ajouter une pièce de décor coûte moins cher et dérange moins le bac qu'une refonte complète du décor.

La couleur, la matière et ce qui se nettoie
Un décor d'aquarium travaille dans un milieu fermé, où tout ce qui reste sur une surface finit par repartir dans l'eau. Deux critères d'achat en découlent.
La teinte d'abord. Une paroi sombre crée un intérieur réellement obscur, ce qui est l'usage recherché : depuis la vitre, l'intérieur se lit comme un trou. Une paroi claire laisse passer la lumière même sans être transparente, et la cachette perd une part de son intérêt. Une paroi lisse et brillante, comme celle de cette cabane, se voile elle aussi au bout de quelques semaines.
La matière compte moins que ce qu'elle exige. Une pièce de décor immergée n'a besoin d'aucun produit, et le seul entretien qui compte est mécanique : une brosse douce passée sur la paroi, dans l'eau prélevée au moment d'un changement partiel. Le brossage du décor à l'eau du bac détaille ce geste, et les mêmes règles valent pour n'importe quelle pièce que vous ajoutez à la collection. Ce qui compte à l'achat, c'est que la forme se laisse atteindre. Cherchez des ouvertures où une brosse à dents passe et des angles sans recoin profond.
Ce qui se vérifie à la réception
Deux ou trois vérifications prennent une minute, à l'ouverture du colis.
Sortez les deux pièces et posez le disque sur une table : il doit reposer à plat, sans jeu ni bascule. Regardez ensuite la demi-sphère à contre-jour, en la faisant tourner : une déformation sur un bord se repère à la lumière, là où les ouvertures ne forment plus un cercle régulier. Comptez enfin les pièces présentes dans le carton, la demi-sphère et son disque plat. Vérifiez qu'aucune des deux n'est fendue sur un angle : cela se sent en passant le doigt sur le bord.
Le rinçage vient après, dans l'eau du bac et non sous le robinet, comme pour la mousse du filtre rincée à l'eau du bac. Comptez une journée avant de juger l'emplacement : un objet léger posé dans le courant se déplace, et c'est souvent la première nuit qu'il change de coin.
Ce qui décide, au final
Le choix se joue sur deux questions. La pièce tient-elle droite sur sa base, et vos ouvertures laissent-elles passer l'eau et une brosse ? Combien de coins du bac pouvez-vous équiper avec ce que vous achetez ?
Un bac de crevettes se construit par petites touches, et le décor y prend la même place que la filtration ou le substrat : c'est ce qui décide où les animaux passent leur journée. La forme compte moins que la façon dont la pièce se comporte dans l'eau, et une cabane ajourée bien posée rend plus de services qu'un objet plus spectaculaire mal placé.
Questions frequentes
Combien de cachettes faut-il dans un bac de crevettes ?
Aucun travail ne donne de ratio par litre, et le nombre se déduit plutôt du comportement des habitants. Chez la crevette cerise, les caractères timide et hardi se retrouvent d'une épreuve à la suivante : dans une colonie, tous les individus ne cherchent pas le couvert au même moment. Prévoir deux ou trois pièces plutôt qu'une seule évite qu'un individu monopolise l'unique refuge du bac, et laisse de la place quand la population grandit. La contrainte réelle est l'espace au sol, pas un chiffre à respecter.
Faut-il une ventouse pour maintenir la cabane ?
Non. La cabane se pose simplement au fond, sans fixation : la demi-sphère repose sur son disque plat, ce qui étale la pression au lieu de la concentrer sur un seul bord. C'est la disposition la plus stable sur un substrat meuble, et elle tient tant que la pièce n'est pas posée dans le rejet de la pompe. Une ventouse n'aurait rien à maintenir ici.
Une crevette peut-elle rester coincée dans les ouvertures ?
Les ouvertures sont rondes et régulières, réparties sur toute la paroi, et une crevette les traverse sans forcer : c'est par là qu'elle entre, qu'elle sort et que l'eau circule. Le risque vient du transport : une pièce comprimée dans un colis peut se déformer sur un bord. À la réception, regardez la paroi à contre-jour et faites rouler la demi-sphère entre vos mains : une ouverture qui n'est plus ronde se repère tout de suite.
La cabane peut-elle rester dans le bac toute l'année ?
Oui. La fiche décrit un abri qui reste en place toute l'année dans le bac, sans pièce à remplacer. Le seul entretien tient au brossage régulier, dans l'eau retirée au changement partiel, pour décoller le film vert qui se dépose comme sur le reste du décor. Une pièce qui reste des mois sans être touchée se charge, et une cachette obstruée cesse de servir.
Sources
- Campbell, D. L. M., Lee, C. (2025). A review of behavioral testing in decapod shrimp (Caridea) and prawns (Dendrobranchiata) with applications for welfare assessment in aquaculture. PeerJ.
- Ory, N. C., Dudgeon, D., Dumont, C. P., Miranda, L., Thiel, M. (2012). Effects of predation and habitat structure on the abundance and population structure of the rock shrimp Rhynchocinetes typus (Caridea) on temperate rocky reefs. Marine Biology.
- Rickward, R. A., Santostefano, F., Wilson, A. J. (2024). Among-individual behavioural variation in the ornamental red cherry shrimp, Neocaridina heteropoda. Ecology and Evolution.
- Takahashi, K. (2022). Changes in the anxiety-like and fearful behavior of shrimp following daily threatening experiences. Animal Cognition.
- Viau, V. E., Pérez, J. G., Tomas, A. L., Fracas, P. A., Veira, F. B., Vatnick, I. (2020). Breeding and life cycle of the ornamental freshwater shrimp Neocaridina davidi in a biofilm-based culture system. Aquaculture Research.

