Une dérivation se décide au moment où le réseau se met en place, pas au cœur de l'été. Poser le T pendant que la ligne est vide, que les rangs sont encore accessibles et que le programme d'arrosage n'est pas figé évite de reprendre trois choses à la fois. À l'inverse, une seconde ligne greffée en juillet se paie au moment précis où la culture réclame le plus d'eau.
Le pic de consommation tombe en pleine saison
Le calendrier d'une culture ne se répartit pas régulièrement sur l'année. À la plantation et pendant les premières semaines, le besoin en eau d'un légume correspond à peu près à la moitié de ce qu'il réclamera plus tard, selon le manuel de formation de la FAO sur les besoins en eau des cultures. Le maximum est atteint au début de la mi-saison, quand la plante est pleinement développée et que la surface du sol est couverte.
Concrètement, cela déplace le point critique de votre réseau dans le calendrier. Une ligne qui semble confortable en avril peut se révéler juste en juillet : ce n'est pas le mois de la plantation qui met le réseau à l'épreuve, c'est la mi-saison, quand la demande de la culture est à son sommet.
Une dérivation posée au printemps se mesure tout de suite, sur une ligne qui ne demande encore presque rien : vous voyez ce que chaque branche reçoit, vous corrigez au robinet, et l'écart est réglé avant que la consommation ne monte. La même pièce ajoutée à la mi-juillet vous fait découvrir un partage insuffisant au moment où vous ne pouvez plus retirer d'eau à personne.
Le raisonnement se tient aussi pour l'année suivante. Si vous savez déjà qu'un carré sera repris, qu'une haie sera doublée ou qu'un rang supplémentaire viendra près du mur, notez-le maintenant. Le T laiton à barbelures se pose sans démonter le robinet ni dévisser le réseau, mais il se pose mieux sur une ligne que l'on est en train de dérouler que sur une ligne en eau depuis six semaines.
Le même décalage existe pour une zone créée en faveur d'une culture installée plus tard. Un carré de courges ou une ligne de haricots semés en juin n'entrent en pleine consommation qu'à leur propre mi-saison : la dérivation qui les alimente se pose avant leurs premiers arrosages, même si le reste du potager tourne depuis des semaines. Ce qui compte n'est pas la date du calendrier, mais le stade de la culture que la nouvelle branche doit servir.
Ce qui se referme dès les premières semaines
Une ligne posée en début de saison n'est pas seulement plus facile à couper, elle est aussi plus facile à atteindre. Une fois les plants en place, les rampes déroulées et le sol couvert, il reste peu de place pour poser une planche sous le tuyau et travailler à plat. Le montage se fait alors à genoux, entre deux rangs, sur une ligne qu'on ne peut plus déplacer.
Le paillage est le repère le plus net de cette fenêtre. Sur une culture de tomate conduite en goutte-à-goutte, la récolte commercialisable est nettement plus élevée sous paillage plastique noir que sur sol nu, mesure faite dans la vallée de l'Èbre par une étude d'irrigation localisée publiée dans Acta Horticulturae : 115,3 tonnes par hectare contre 92,6. En sol paillé, l'arrosage conduit par sonde placée à vingt centimètres dans la zone racinaire a de plus consommé une quinzaine de pour cent d'eau de saison en moins qu'un arrosage calé sur l'évapotranspiration. Ce gain se joue sur une ligne en place et un sol couvert, donc avant le paillage si vous devez encore y greffer quelque chose.
Le tuyau d'origine est encore accessible, la nouvelle rampe se déroule à blanc sans contourner des plants, et le point où la ligne se sépare se choisit sur le plan plutôt que dans l'urgence.
Couper l'eau : quel créneau dans la journée
Un montage sur ligne ouverte impose une interruption, et cette interruption se place là où elle coûte le moins. La plante tire l'eau du sol pendant les heures de jour, et de très loin, comme le rappelle le même manuel de la FAO : la réserve se vide donc surtout entre la fin de matinée et le soir. Un quart d'heure de travail à 7 heures ou à 20 heures passe presque inaperçu, alors que la même intervention en début d'après-midi laisse un manque qu'il faudra rattraper.
Prévoyez le seau et le chiffon dans le même créneau, et travaillez à sec : l'eau qui reste dans le tuyau coule au moment où la ligne s'ouvre.
La remise en eau se fait doucement, et se surveille. Une fois la pression revenue, rien ne sert d'aller arroser ailleurs tout de suite : c'est le moment où l'on contrôle les emboîtures, et où l'on voit si la rampe neuve coule aussi franchement que la ligne d'origine.

Le programme d'arrosage se reprend après la dérivation
Une dérivation ajoute une zone, et une zone se pilote. La FAO décrit une progression simple : au début de la saison, on apporte peu d'eau et souvent, sur des racines encore courtes ; en mi-saison, la dose augmente et s'espèce, parce que la consommation et la profondeur racinaire ont grandi. Avec le goutte-à-goutte, cette progression se règle au robinet, en ouvrant plus longtemps ou plus souvent, comme l'explique le manuel de la FAO consacré au pilotage de l'irrigation.
Votre programme d'avant la dérivation ne décrit donc plus le réseau d'après. Reprenez les durées branche par branche, et donnez à la zone neuve son propre créneau plutôt que de l'aligner sur celui qui existe : un programme écrit pour une seule branche n'a pas de place pour une seconde.
C'est aussi l'argument pour dériver avant de régler un programmateur, ou avant de fixer durablement une minuterie. Un réglage posé sur un réseau incomplet se refait entièrement dès qu'une branche apparaît, alors qu'une observation d'une semaine sur le réseau complet donne des durées qui tiennent la saison.

Quand la ligne doit être recouverte
Tout ce qui se recouvre déplace la question du temps vers l'amont. Une ligne enterrée, glissée sous une bordure ou passée dans une gaine se dérive pendant les travaux, jamais après : rouvrir une tranchée ou démonter une bordure pour ajouter une pièce coûte plus de temps que la pose elle-même.
Sous paillage, la question se décale de la même façon. Une rampe de goutte-à-goutte se déroule et se raccorde avant que le paillis ne la recouvre. Un tuyau encore visible se juge d'un coup d'œil ; un tuyau déjà recouvert se juge à l'humidité du sol, et rien d'autre.
Ce que les premiers arrosages disent
La pièce est immobile et sans mécanisme : une emboîture qui tient à la première mise en eau tient pour la saison. La vérification utile se fait donc très tôt, sur deux ou trois arrosages réels. L'eau se partage-t-elle bien comme prévu, la zone neuve arrive-t-elle à son extrémité, aucune perle n'apparaît-elle sous les gradins ?
Écartez les jours de pluie et les semaines fraîches pour juger le partage. Un réseau jugé sur une semaine tempérée paraîtra toujours confortable ; la question se pose en période chaude, quand le sol se vide vite et que le manque se voit au feuillage. La FAO présente d'ailleurs le contrôle des installations comme un geste régulier à faire au fil de la saison, avec réparation immédiate de ce qui fuit plutôt qu'un ratissage en fin de saison, dans le manuel des méthodes d'irrigation.
Vous avez le temps de commander, en revanche. La pièce arrive vendue à l'unité, sans collier et sans joint, et chaque départ à créer réclame son propre T. Un relevé rapide du diamètre intérieur de votre tuyau, à l'extrémité et non sur l'enveloppe du tube, évite de déranger tout le réseau pour une pièce de la mauvaise cote.

Quand la dérivation n'a plus lieu d'être
Une dérivation posée en fin de saison ne travaille presque pas. Passé les grands arrosages, la ligne va être vidée et le raccord démonté : mieux vaut attendre le printemps suivant, quand le trajet définitif du réseau se voit de nouveau au sol. Le démontage de la pièce à l'entrée de l'hiver fait partie des gestes de la fin de saison d'un raccord laiton.
La même logique vaut si le réseau doit être repris. Un trajet changé en fin d'été, une zone déplacée, un point d'eau déplacé : la dérivation se repose alors d'un coup, dans le plan de l'année suivante, plutôt que sur une installation sur le point de quitter sa forme définitive.
Reste la date à viser. Le repère le plus simple demeure le chantier de printemps, celui où le sol se prépare et où les rangs sont encore libres : la ligne y est vide, la pièce se pose à plat, et le premier arrosage sert de test. Passé ce moment, chaque semaine referme un peu la fenêtre, jusqu'aux grands arrosages de juillet où la dérivation se fait sous contrainte.
Questions frequentes
Peut-on dériver une ligne en pleine saison, en juillet ?
Oui, le geste reste simple, mais le moment est le plus mauvais de l'année. C'est en pleine saison que la culture consomme le plus d'eau et que la coupure pèse le plus lourd. Si la dérivation ne peut pas attendre, coupez l'eau tôt le matin ou en soirée, faites le montage d'un seul trait et remettez en eau dans la foulée, en surveillant les deux branches pendant les arrosages suivants.
Faut-il dériver avant ou après avoir paillé ?
Avant. Le paillage se déroule au-dessus du tuyau et se referme sur la ligne : une dérivation posée après oblige à rouvrir le paillis sur toute la longueur, puis à le remettre en place autour de la pièce. Posez le T, contrôlez les emboîtures à la remise en eau, puis recouvrez.
Combien de temps faut-il couper l'eau pour poser le T ?
Un quart d'heure suffit sur une ligne déjà posée. Placez ce créneau le matin ou en fin de journée, quand la plante transpire le moins, plutôt qu'entre midi et dix-sept heures, et gardez le seau à portée pour l'eau qui reste dans le tuyau.
Faut-il dériver avant de régler un programmateur ?
Oui, posez la pièce d'abord. Un programmateur se règle sur ce que le sol reçoit, et le sol d'après n'est pas celui d'avant. Laissez tourner une semaine complète avec la nouvelle branche, regardez ce qui arrive en bout de ligne, puis figez les durées une seule fois.
Sources
- Brouwer, C., et Heibloem, M. (1986). Irrigation Water Management: Irrigation Water Needs, section 2.3, besoin en eau selon le stade de la culture. FAO, manuel de formation n° 3.
- Brouwer, C., Prins, K., et Heibloem, M. (1989). Irrigation Water Management: Irrigation Scheduling, chapitre 3, dose et fréquence selon le développement de la culture. FAO, manuel de formation n° 4.
- Brouwer, C., Prins, K., Kay, M., et Heibloem, M. (1989). Irrigation Water Management: Irrigation Methods, section 1.3, irrigation localisée et entretien du réseau. FAO, manuel de formation n° 5.
- Vázquez, N., Huete, J., Pardo, A., Suso, M. L., et Tobar, V. (2011). Use of soil moisture sensors for automatic high frequency drip irrigation in processing tomato, pages 229 à 235. Acta Horticulturae, n° 922 (DOI 10.17660/actahortic.2011.922.30).

