Une housse de barbecue protège la matière de l'appareil, pas les personnes qui vivent autour. Sécuriser une housse de barbecue consiste donc à regarder ce qui brûle encore dessous, et ce qui passe au bas de l'appareil quand le cordon se serre. Reste le vent, qui fait d'une toile une voile.
Ce qu'une housse ne rend pas sûr
Ce que le produit annonce tient en une ligne : un tissu noir mat, doublé à l'intérieur d'un enduit gris argent, déperlant à la pluie, à la neige et au soleil. Rien de plus. Aucune tenue au feu, aucune résistance à la chaleur ne figure dans ce que la housse promet, et il vaut mieux le savoir avant de lui confier un appareil qui a chauffé toute la soirée.
Un objet de tissu posé sur un appareil de cuisson reste un objet de tissu. Il masque l'appareil, il le protège des intempéries, et il ne fait rien d'autre : il n'éteint pas un feu qui couve, il ne ferme pas un couvercle, il ne verrouille rien. Plusieurs acheteurs le relèvent dans leurs avis, le tissu est fin. Il fait le travail qu'on attend de lui, à condition de ne pas exiger celui d'un coffre rigide.
L'enduit gris argent qui double le tissu ne figure nulle part comme un écran thermique : la fiche décrit une doublure, et rien n'indique ce qu'elle apporte en pratique. Ce qui est certain, c'est qu'une toile fermée, propre et silencieuse ne rend pas inerte l'appareil qu'elle recouvre. Elle invite même à l'oublier, et c'est là son seul vrai défaut.
La bouteille se ferme avant que la toile descende
Le conseil est déjà écrit sur la fiche du produit : débranchez la bouteille de gaz avant de déplier la toile. C'est la précaution la plus utile de la liste et celle qu'on saute le plus vite, parce qu'elle tombe à l'heure où l'on range le matériel du repas.
La raison tient à la combustion. Un gril, une plancha ou une cuisinière de plein air qui brûle sans évacuation produit du monoxyde de carbone, un gaz qui ne se voit pas et ne se sent pas. Un relevé des décès par monoxyde de carbone survenus en Angleterre et au pays de Galles entre 1998 et 2019 a retrouvé un barbecue au charbon derrière 3 % d'entre eux. Quinze décès, dont quatre sous une tente mal ventilée. Les auteurs en tirent une règle qui vaut pour votre coin abrité : une source de combustion sans évacuation ne fonctionne pas dans un espace clos. Le gaz de bouteille n'est pas mieux traité, puisque parmi les décès attribués au gaz de ville, un sur cinq impliquait une cuisinière, un gril ou une plaque de cuisson au gaz.
Il reste l'endroit où l'appareil passe la mauvaise saison. Un barbecue qui dort dans un garage, sous un auvent fermé ou contre une fenêtre de chambre reste une source de combustion à quelques mètres d'un lieu où l'on vit. La housse posée dessus n'y change rien. Un flexible resté branché sous la housse, c'est du gaz qui attend à la base de l'appareil, à l'endroit exact où le cordon de l'ourlet vient se serrer. Débrancher règle les deux questions d'un coup, et cela prend dix secondes.

Les braises qu'on croit éteintes
Le charbon de bois est le cas où la housse trompe le plus. Un gril qui a fini de cuire garde des braises qui rougeoient sous la cendre grise. La toile posée dessus ne les éteint pas, elle les recouvre : la combustion continue, plus lentement, et le monoxyde de carbone continue de sortir sous l'ourlet. Une revue systématique consacrée au charbon de bois retrouve le monoxyde de carbone parmi les effets documentés d'une combustion incomplète en milieu confiné, avec les intoxications qui l'accompagnent.
La brûlure guette aussi. Dans une série de cas suivis en centre de grands brûlés, 65 % des brûlures d'enfants liées à un feu de plein air venaient d'un contact direct avec des braises ou des cendres chaudes. Les auteurs notent que ce sont justement les braises qu'on suppose froides. Le même article rapporte une démonstration montée par l'un des chirurgiens de l'équipe : un feu allumé à 20 h avec une brouette de bois. Le lendemain à 8 h, des braises encore mesurées à 148 °C, assez chaudes pour enflammer des aiguilles de pin posées dessus. Les auteurs rappellent au passage que des braises gardent de la chaleur jusqu'à douze heures après extinction. Une cendre de barbecue ne part pas au sac poubelle le soir même. Elle finit de se consumer dans un seau métallique posé à l'écart, ou elle reste dans l'appareil jusqu'au lendemain.
Le contrôle qui tranche est celui de la fiche produit : la main passée au-dessus de la plaque, comme au moment de la pose. Tant que la chaleur se sent, la toile reste pliée.
Le seau qui reçoit la cendre ne se pose pas n'importe où. Métallique, avec un couvercle, et à l'écart de tout ce qui peut prendre : pas contre une palissade en bois, pas sous la table de la terrasse, pas sur des feuilles sèches. Une cendre qui paraît froide au moment du coucher peut encore travailler le lendemain matin, et c'est là qu'elle trouve de quoi s'étendre si on l'a laissée au contact.

Sous la toile, un appareil qui a l'air rangé
Une toile opaque transforme un appareil de cuisson en volume noir et tranquille. On la pose pour la pluie, et l'effet secondaire est ailleurs : ce volume ne dit plus rien de ce qu'il contient.
Un casier, un sac de charbon, une bouteille de rechange : rien de tout cela ne va sur une housse. Ce qui est posé dessus est posé sur un appareil, et le poids travaille la couture autant que le cordon. La bouteille, elle, se range ailleurs, hors de portée des enfants, et surtout pas sous la toile où elle se retrouve à hauteur de main.
Le cordon n'est pas un verrou. Le bloqueur plastique glissé contre l'ourlet fige le serrage, et il se libère d'un geste, sans effort. Une housse se retire en quelques secondes, et cette simplicité lui retire tout rôle de barrière.
Le vent tire sur la toile, et sur le tuyau
Sur une table, une housse qui s'envole emporte un morceau de tissu. Sur un barbecue, elle emporte un morceau de tissu attaché à un flexible, lui-même attaché à une bouteille. Toute la différence tient à ce qui reste accroché au bout.
Quand Météo-France place un département en vigilance orange pour vent, la consigne demande de prendre garde aux chutes d'objets. Une toile de 60 cm sur 50 cm en est un, et le cordon est la seule chose qui la retienne. Ce qui se vérifie avant l'épisode : le bloqueur plaqué contre l'ourlet, le flexible à l'extérieur de la toile, la bouteille fermée. Si la vigilance monte au rouge, la housse se plie et se rentre. Une toile rangée ne tire sur rien.
La question du format se pose au même moment. Un acheteur met en garde sur le coin de sa plancha, qui dépasse : quand un angle sort du format, la toile ne descend plus jusqu'au tour et le serrage ne trouve plus de prise. Il ne se rattrape pas en tirant plus fort, c'est le relevé des trois cotes qui se reprend, avant la commande.

Avant de rallumer l'appareil
Le jour où la toile se retire, l'appareil se remet en route avec deux minutes de contrôle. Regardez le flexible avant de le rebrancher : un caoutchouc resté dehors se craquelle, et un flexible craquelé ou dur se remplace, il ne se répare pas. Une fois la bouteille rebranchée, l'odeur fait le diagnostic à elle seule. Si elle est là, refermez la bouteille et cherchez le point de fuite au savon sur le raccord, jamais avec une flamme. Si l'appareil a passé l'hiver dans un garage fermé, ouvrez la porte en grand avant de tourner le moindre bouton. Ce qui s'y est accumulé pendant cinq mois ne se respire pas.
Le premier allumage de la saison se fait dehors, appareil découvert, jamais sous la toile. Une flamme qui ne se répartit pas sur toute la longueur du brûleur, une odeur qui ne ressemble pas à celle d'une cuisson, et l'appareil s'arrête là pour la soirée.
Un appareil gras se nettoie avant de resservir. C'est le bac de récupération qui commande l'ordre des choses : il se vide et se lave en premier, sinon la première cuisson de la saison se fait sur les résidus de la précédente. La pluie glisse sur l'enduction, l'air humide circule dessous, et c'est par là que la rouille gagne un appareil resté cinq mois dehors.
Ce qui se vérifie avant l'hiver
Le tour complet, celui qui vaut pour la mise sous housse comme pour le redémarrage, prend cinq minutes et se fait à la main. Fermez la bouteille et débranchez le flexible. Faites passer le tuyau à l'extérieur de la toile, puis bloquez le serrage contre l'ourlet. Vérifiez qu'aucune cendre ne travaille encore dans le bac, et rentrez ce qui traîne sur la terrasse : rien ne doit pouvoir s'appuyer sur la toile. Le reste appartient à l'hivernage, qui commence le lendemain de cette visite. Et si un coin de l'appareil dépasse, arrêtez-vous là : la housse n'est pas au format, et ce point se règle avant la mauvaise saison.
Questions frequentes
Pourquoi débrancher la bouteille plutôt que la laisser branchée sous la housse ?
Parce que la bouteille est la seule pièce de l'appareil qui peut encore alimenter quelque chose une fois la toile posée. Un raccord qui fuit sous une housse fermée, dans un garage ou sous un auvent, installe une source de combustion dans un volume d'air qui ne se renouvelle pas. Bouteille fermée puis flexible débranché, il ne reste plus rien à alimenter, et le geste prend dix secondes.
Peut-on allumer l'appareil pour sécher la housse ?
Non, dans aucun cas. La housse n'annonce aucune tenue au feu ni aucune résistance à la chaleur, et un appareil qui chauffe sous une toile fermée dégrade ce qui la recouvre avant de la sécher. Une housse mouillée se sèche dépliée à l'air libre, à plat sur un sol propre et à l'ombre, jamais sur l'appareil ni devant une source de chaleur.
Le cordon peut-il se desserrer pendant l'hiver ?
Le bloqueur tient le serrage, mais rien ne l'empêche de glisser d'un cran sous des coups de vent répétés : l'ourlet remonte alors de quelques millimètres et la toile prend l'air par le bas. Le contrôle se fait au passage, sans outil, en glissant la main sous l'ourlet pour vérifier qu'il touche encore la base de l'appareil. Un côté qui a repris du jeu se reprend en tirant les deux brins ensemble, puis en replaquant le bloqueur contre le tissu.
Une housse protège-t-elle un enfant qui s'approche du barbecue ?
Non. Rien dans ce que le produit annonce ne fait d'une housse une barrière, et son cordon se libère d'un geste. Une toile opaque donne surtout l'impression d'un appareil rangé et froid, ce qui est trompeur après une cuisson. La règle utile est de fermer la bouteille, de débrancher le flexible et de ranger la bouteille de rechange loin des enfants, jamais sous la toile.
Sources
- Roberts R. M., Iqbal N., Jones S. J., Kibble A., Flanagan R. J., Crabbe H., Leonardi G. S., 2022, Fatal Unintentional Non-Fire Related Carbon Monoxide Poisoning: Data from Narrative Verdicts in England and Wales, 1998-2019. International Journal of Environmental Research and Public Health.
- Idowu O. S., De Azevedo L. B., Zohoori F. V., Kanmodi K., Pak T., 2023, Health risks associated with the production and usage of charcoal: a systematic review. BMJ Open.
- Perinjelil V., Haake R. S., Ahmed A., Al-Daoud F., Maraqa T., Mercer L., Wong K., Morris S., Scholten D., Sachwani-Daswani G., 2021, A Single Center Review of the Dangers of Recreational Fires in the Pediatric Population. Journal of Burn Care & Research.
- Conseils de comportement en vigilance orange. Météo-France.

