Sécuriser une housse de salon de jardin, c'est d'abord répondre à une question qu'on n'aborde pas au moment de la pose : qu'est-ce qui reste mouillé là-dessous ? La toile repousse la pluie sur le dessus, et elle arrête aussi l'évaporation. Le cadre, les pieds et les coussins gardent donc l'eau qu'ils avaient quand vous les avez couverts.
Ce que la toile retient sous elle
Une housse fermée tient l'eau à l'endroit le moins visible du salon. L'ourlet serré plaque la toile contre les pieds, l'ombre reste sous le tissu et l'air ne circule plus. Cette zone est aussi celle qui porte le reste de l'ensemble.
Le bas de la retombée est aussi la partie de la toile qui sèche en dernier. L'enduction empêche l'eau de traverser, mais elle la retient en surface, et le tissu doublé par l'ourlet met plus longtemps à rendre la rosée du matin qu'un pan tendu. Ce qui quitte la toile tombe à quelques centimètres des pieds, sans vent pour l'éloigner à cet endroit, et la dalle reste mouillée là.
Une partie de cette eau ne vient pas du ciel. Une toile fermée se refroidit la nuit, sa face interne se couvre de condensat, et l'eau ruisselle vers le bas. Le phénomène est documenté sur les parois de serre : ces surfaces ont été mesurées sèches puis couvertes de condensat pour voir ce que la paroi laisse encore passer. Sous une housse de salon, cette eau suit les pans et s'arrête au même endroit que la pluie.
Le bois, lui, suit des seuils documentés. Les repères publiés sur le bois de construction donnent trois zones : au-dessus de 30 % d'humidité le bois se dégrade, en dessous de 20 % il ne se dégrade pas. Entre les deux s'ouvre une zone grise que le même document refuse de trancher. Il place le démarrage des moisissures autour de 16 % d'humidité du bois, et celui des champignons de pourriture autour de 25 %. L'optimum de ces derniers se situe bien plus haut, entre 40 et 80 %. La revue consacrée aux relations entre l'eau et le bois va dans le même sens : c'est un bois tenu au sec qui se protège le mieux de la dégradation fongique.
Ce qui reste humide n'est pas seulement la surface. L'eau s'arrête dans les assemblages, autour des vis, aux jonctions d'accoudoirs et dans les creux d'une assise tressée. Un assemblage qui a pris l'eau la rend plus lentement qu'une planche isolée : le bois y est abrité de l'air, et l'eau y séjourne.
Ces seuils ont été mesurés sur du bois de charpente, pas sur un salon de jardin. Le mécanisme ne change pas de meuble en meuble : un pied qui reste au-dessus du seuil pendant des semaines travaille pour rien. Un ensemble couvert sec en octobre, sur une terrasse qui évacue l'eau, garde ses pieds sous le seuil. Un ensemble couvert trempé, dans un creux qui retient la pluie, prend la direction inverse, et rien ne se voit avant l'ouverture du printemps.

Le format vendu décide de ce que la toile protège
Le catalogue propose cette housse dans une seule taille : 70 cm de long, 70 cm de profondeur, 70 cm de haut. L'écart admis à la mesure va de 1 à 3 cm d'un exemplaire à l'autre, la prise de cotes se faisant à la main. Ces dimensions décident de tout le reste, parce qu'une toile trop juste ne protège pas à moitié : elle expose.
Regardez ce qui se passe quand la retombée s'arrête avant les pieds. L'eau glisse sur la face enduite, gagne le bas de la toile et, de là, part sur le cadre au lieu de tomber à côté. Le bas du salon reste mouillé sous une housse qui donne pourtant l'impression d'un ensemble bien fermé.
La troisième cote compte autant que les deux autres, et c'est celle qu'on vérifie le moins. Un ensemble de 75 cm de haut sous une housse de 70 cm voit sa toile s'arrêter à mi-dossier. Le bas de la retombée, le cordon et l'ourlet travaillent alors au milieu du cadre, à l'aplomb des assises plutôt qu'au sol, et l'eau suit la toile jusque-là. C'est donc la hauteur du dossier, de l'accoudoir ou du piètement le plus haut qui se compare, pas celle de l'assise.
Le relevé se prend sur l'ensemble monté, coussins retirés, accoudoirs compris. C'est le débord des accoudoirs qui fait échouer la plupart des commandes, et une assise mesurée seule ne le montre pas. Pour la toile à cordon de serrage du catalogue, la comparaison avec les trois dimensions annoncées tranche. Une cote en trop, et le serrage ne rattrapera rien : le cordon fronce l'ourlet, il ne rend pas de tissu. Reprenez le relevé et reportez-vous à une autre housse de mobilier de jardin.
Le vent ajoute sa part, et elle dépend de la même mesure. Une toile qui flotte au-dessus d'un ensemble trop petit offre une prise qu'une toile ajustée n'a pas. Le bas de la retombée travaille alors en premier, à l'endroit où le cordon a été serré. Un ourlet qui s'arrête au-dessus des pieds ne descend pas plus bas, quelle que soit la force mise sur les verrous.
Rentrer les coussins plutôt que couvrir par-dessus
Un coussin de terrasse prend l'eau par les coutures, par la rosée et par une averse attrapée avant que vous ne rentriez. Sa mousse la rend lentement, et sous une toile enduite cette lenteur devient un problème : la housse empêche l'eau de s'évaporer.
Les conditions qui font démarrer les moisissures sur un bois se retrouvent dans une mousse humide et confinée : de l'eau, une température douce, et pas d'air. Un coussin rentré sec et stocké debout ou à plat, avec de l'air entre les faces, ne les réunit pas. Un coussin laissé sur l'assise sous la toile les réunit sans peine.
La règle est donc plus simple que la pose elle-même. Les coussins rentrent secs, dans un endroit ventilé plutôt qu'un coffre fermé. La toile couvre alors le cadre nu, ce qui est aussi la façon la plus rapide de la descendre d'un seul geste. Si un coussin revient du printemps avec des taches sombres et une odeur, cela se traite, comme un coussin oublié sous la pluie.

Le cordon se reprend avant une nuit de vent
Le cordon est glissé dans l'ourlet du bas, sur tout le pourtour, et chacune de ses deux extrémités se termine par un verrou à câble. Serré, il resserre la toile contre la base de l'ensemble et la garde plaquée sur le piètement.
Ce qui reste après le serrage, c'est le surplus. Sa longueur suit le périmètre de l'ensemble et, une fois le noeud fait, elle tombe sur le passage qui longe le salon, à hauteur de cheville. Ramenez le mou contre l'ourlet, enroulez-le sur lui-même, puis glissez le bout sous la toile.
Le noeud, lui, ne se défait pas tout seul. Ce qui se perd, c'est la tension : la toile bouge sous les rafales, l'ourlet frotte contre le piètement, et le cordon reprend peu à peu le mou qu'il avait le premier soir. Cette perte est lente, invisible d'une semaine sur l'autre, ce qui explique qu'on l'oublie.
Le verrou a son rôle dans cet équilibre. Glissé contre l'ourlet après le serrage, il empêche le cordon de rendre du mou au fil des semaines. Laissé ouvert au bout du cordon, il ne retient rien : le cordon reprend du jeu tout seul, sans que personne n'ait touché à la toile.
La vérification se répète à chaque fois que la toile a travaillé. Après une nuit de rafales, l'ourlet remonte d'un côté et le cordon s'est détendu. Ce mou laisse une prise au vent suivant, et c'est cette reprise-là qui compte avant la nuit qui suit.
Avant de s'asseoir, au printemps
Le jour de l'ouverture, choisissez une matinée sèche et dépliez la toile au lieu de la tirer par-dessus les accoudoirs. Sur un balcon, ne vous penchez pas au-dessus de la rambarde pour attraper le coin du fond : faites le tour.
Regardez ensuite les pieds, avant tout le reste. Un bois qui a passé la saison au-dessus du seuil fonce et s'amollit sur les arêtes. Le reste du cadre se juge à l'oeil : une vis qui a bougé, un assemblage qui a pris du jeu, une tache sombre sur une assise. Tant que ce tour n'est pas fait, personne ne s'assoit.
Un pied qui cède sous la pression du pouce était déjà atteint avant l'hiver. L'humidité qui l'a abîmé se cherche alors autour de lui : une coupelle qui garde l'eau, une dalle qui draine mal, un arrosage qui tombe dessus chaque été. Tant que ce pied n'est pas remplacé, c'est la place qu'on évite en s'asseyant.
Le reste est une affaire de séchage. Le cadre sèche dès que la toile ne le couvre plus, la housse dépliée sèche au grand air, et les coussins passent par un lavage avant de revenir sur les assises. Une fois secs, la toile se plie et se range, ce qui est le sujet de l'entretien de la housse.
Reste la part que la toile ne couvre pas. Elle tient le tour de l'ensemble à l'abri de ce qui tombe du ciel, et s'arrête là. Elle ne sèche pas le bois qu'elle enferme et ne remplace pas un rangement pour les coussins. Ce qu'elle protège, elle le protège de l'eau qui tombe, pas de celle qui est déjà prise.

Questions frequentes
Faut-il surélever les pieds du salon avant de poser la housse ?
Non, et une cale glissée sous un pied ne règle pas le fond du problème. Elle déplace le pied de quelques centimètres, tandis que l'eau continue de stagner autour. Ce qui décide, c'est le sol sous le salon : une dalle qui évacue laisse le bas du cadre sécher, une dalle qui retient la pluie garde les pieds au contact de l'eau. Si la terrasse forme une cuvette à cet endroit, la solution est de décaler l'ensemble vers une zone qui draine, ou de reprendre l'écoulement avant l'hiver.
Peut-on couvrir un salon encore mouillé par une averse ?
Vous le pouvez, mais vous enfermez cette eau pour la saison. Le bois mouillé ne sèche plus sous la toile, les assemblages restent humides, et rien ne se voit avant l'ouverture du printemps. Si l'averse tombe le jour prévu pour la pose, attendez le lendemain : une journée de plus au grand air vaut mieux qu'un hiver fermé. Un cadre essuyé en surface ne suffit pas à changer la donne, parce que l'eau est déjà entrée dans les assemblages.
Les coussins peuvent-ils rester sous la housse si le salon est sous un auvent ?
Un auvent coupe la pluie directe, pas la rosée ni l'humidité de l'air. Le coussin prend l'eau des deux, et la toile l'empêche ensuite de repartir. Ce qui décide n'est donc pas ce qu'il y a au-dessus du salon, mais ce que la mousse contient au moment où vous fermez la toile. Un coussin humide sous un auvent prend la même direction qu'ailleurs, seulement un peu plus lentement.
Que regarder sur un salon à piètement métallique au printemps ?
Un métal ne pourrit pas comme un bois, il rouille là où l'eau séjourne. Les pieds posés dans une flaque, les soudures, les rayures et les vis sont donc les points à regarder en premier, avant les parties visibles. Une trace orangée sur la dalle indique où l'eau s'est arrêtée, et c'est souvent le même endroit que sur un piètement en bois. Le reste du contrôle ne change pas : vis, assemblages, et ce qui a pris du jeu pendant la saison.
Sources
- Morris P. I., Winandy J. E., 2002, Limiting Conditions for Decay in Wood Systems. IRG/WP 02-10421, USDA Forest Products Laboratory.
- Brischke C., Alfredsen G., 2020, Wood-water relationships and their role for wood susceptibility to fungal decay. Applied Microbiology and Biotechnology, vol. 104, p. 3781-3795.
- Pollet I. V., Pieters J. G., 2002, PAR transmittances of dry and condensate covered glass and plastic greenhouse cladding. Agricultural and Forest Meteorology, vol. 110, n° 4, p. 285-298.

