Un lampadaire solaire s'installe sans tranchée, sans câble et sans électricien. Il s'allume seul au crépuscule sur la réserve qu'il a constituée dans la journée, et la seule énergie à lui apporter est celle du ciel. Tout se joue donc sur deux points choisis avant de percer : l'endroit qui reçoit le soleil, et celui que vous voulez voir le soir. Le second se corrige à la main, une fois la nuit tombée. Le premier ne se rattrape plus quand la visserie est serrée, puisque sur ce luminaire le panneau voyage avec le corps.
Le panneau se juge sur le mois où le soleil est le plus bas
On juge souvent un emplacement au soleil qu'il reçoit en été. C'est l'inverse qu'il faut faire. Pour un module incliné à 35 degrés, face au sud, PVGIS, l'outil de calcul du Centre commun de recherche de la Commission européenne, chiffre à Paris 1 144 kilowattheures par kilowatt-crête sur l'année. Le mois de décembre n'en porte que 45,6, contre 135,5 en juillet. La production se constitue donc près de trois fois moins vite au moment précis où les soirées sont les plus longues.
Le soleil lui-même descend très bas. Dans les mêmes données, il reste plus de dix degrés au-dessus de l'horizon pendant quatorze heures par jour en juin. En décembre, cette fenêtre se réduit à cinq heures et demie, et ces quelques heures portent 87 % de l'énergie du mois. Sa hauteur de midi plafonne alors autour de dix-huit degrés, et le jour le plus court de l'année ne l'amène pas plus haut que dix-sept et demi. La bande de ciel qui compte est donc basse et étroite, et tout ce qui se dresse au sud vient la mordre : un muret, la gouttière, une haie, ou la branche qui s'est allongée en deux saisons.
Ce que cela donne dans une cour se calcule sans instrument. Avec un soleil à dix-huit degrés, l'ombre d'un obstacle mesure à peu près trois fois sa hauteur : un muret de cinquante centimètres allonge la sienne sur un mètre et demi, et une branche à trois mètres du sol la porte à plus de neuf mètres du tronc. Le repérage suit cette arithmétique : hauteur de l'obstacle notée, puis multipliée par trois, en se plaçant à l'aplomb de la fixation. Le guide d'achat du lampadaire solaire de cour explique pourquoi ce repérage se fait à la hauteur du panneau et non à celle des yeux ; ici, c'est décembre qui commande. Depuis la maison, la ligne du soleil ne se voit pas.
Ces obstacles ne coûtent pas seulement la surface qu'ils cachent. Une étude publiée dans Solar Energy sur les pertes par désaccord entre cellules a modélisé des passages nuageux et attribue environ 70 % de ces pertes aux bords d'ombre partielle, ceux qui coupent une cellule sans l'éteindre. Sur un champ simulé à chaînes de vingt-huit modules, l'effet reste faible à l'échelle de l'année. Ce qu'il faut en retenir pour une cour tient en une phrase : une ombre franche tombée au mauvais moment coûte plus que la bande qu'elle recouvre.
La poussière travaille dans le même sens, en plus silencieux. Une revue des pertes liées à l'encrassement parue dans Renewable and Sustainable Energy Reviews distingue l'ombre molle, celle de la pollution de l'air, de l'ombre dure que forme un dépôt solide sur la vitre, et rappelle que les deux réduisent la production, ce qui a justifié une partie entière de cette revue sur les méthodes de nettoyage. Un panneau posé sous un arbre reçoit les deux : l'ombre d'un côté, les dépôts de l'autre.
Reste l'orientation, et c'est là qu'une pose coûte cher. Ici, la cellule est portée par un bras solidaire du luminaire : elle prend l'orientation du corps, et le point choisi décide de tout. Plein sud, 1 144 kilowattheures par kilowatt-crête sur l'année ; tourné vers l'est, 919 ; vers l'ouest, 891. L'écart annuel paraît supportable, un cinquième environ. En décembre, il change de nature : 21 contre 45,6 pour la même puissance installée. La réserve du soir est divisée par deux au pire moment de l'année.

Le poteau reste à votre charge, la cellule voyage avec le luminaire
Le carton s'arrête au luminaire, à sa cellule, au bras qui les assemble, à la télécommande, à la visserie et à la notice. Le poteau, lui, n'y est pas : c'est à vous de le trouver et de choisir la cheville adaptée à sa matière, bois, béton ou métal. Le montage reste celui de tout luminaire solaire, avec un repérage, un foret au bon diamètre et un contrôle de la tenue à la main. Les gestes de pose d'un luminaire solaire sont les mêmes, et ce qui change ici tient au support : il porte un ensemble plus haut, avec un bras qui dresse la cellule plus haut que le corps du luminaire.
Ce bras impose deux choses. La première est qu'aucune silhouette ne dépasse le panneau du côté du soleil. Sur un mât, la tête du poteau reste sous le luminaire, ce qui est un avantage, mais un faîtage, une gouttière ou une branche voisine peuvent se trouver exactement dans la bande basse de décembre. La seconde est que l'angle du panneau se reprend à la main, sur ce même bras : réglez-le avant de serrer si le montage le met hors de portée, sans quoi vous ne corrigerez plus rien au fil des saisons.
La visserie serrée, le contrôle tient en deux gestes. Appuyez sur le support, puis sur le bras : ce qui bouge se reprend avant la première charge, quand les vis sont encore accessibles. Reculez ensuite jusqu'à la zone que vous voulez éclairer et regardez la silhouette obtenue. Le panneau dépasse le corps du luminaire, et c'est cette partie haute qui prend le vent comme l'ombre, et qu'il faudra atteindre pour reprendre l'inclinaison.
Le choix entre le mât et le mur ne relève pas du rendement mais de ce que vous voulez éclairer. Le mât élargit la zone couverte et laisse la fixation en hauteur ; le mur, lui, place le luminaire au-dessus de la porte qu'il éclaire et le garde accessible sans échelle. Dans les deux cas, la question qui décide reste ailleurs : le point retenu garde-t-il sa bande de ciel dégagée en décembre, et cette réponse-là ne se lit qu'une fois sur place.

Régler la soirée : le niveau et la minuterie se jugent la nuit
Une fois le luminaire en place, la télécommande ouvre deux réglages. L'intensité d'abord, sur neuf niveaux. La minuterie ensuite, sur 3, 5 ou 8 heures, qui fixe une fin de soirée et empêche la lumière de brûler jusqu'au matin dans une cour déserte. Le mode automatique prend le relais du crépuscule : la lampe s'allume seule, sans que vous ayez rien à faire. Sa portée annoncée, environ huit mètres, permet de régler depuis la porte d'entrée, sans traverser la cour.
Le bon couple niveau-minuterie dépend de ce que vous éclairez, et ce choix se prépare avant la pose : la fiche du lampadaire solaire extérieur compare trois situations courantes, une cour que l'on traverse, une entrée de garage et un coin de terrasse, avec le niveau et la durée qui vont à chacune. Le réglage, lui, se juge la nuit. À la tombée du jour, mettez-vous à la place que vous occuperez en rentrant, près de la porte ou au fond du jardin, et ajustez depuis là : c'est le seul moment où l'on voit ce que la lumière donne.
La saison décide ensuite de ce qu'une minuterie peut couvrir. Les mêmes relevés PVGIS donnent à Paris, au 21 décembre, un jour qui ne dépasse guère huit heures : la nuit dure alors plus de quinze heures, et la minuterie la plus longue n'en éclaire qu'un peu plus de la moitié. En juin, le jour s'étire sur seize heures et cette même minuterie couvre la nuit presque entière.
Un point à ne pas confondre : la télécommande change l'intensité et la durée, elle n'ajoute aucune détection. Ce modèle éclaire en continu, sans radar ni capteur infrarouge. Si c'est votre passage qui doit déclencher la lumière, c'est une autre famille d'appareils qu'il faut regarder, et cette décision-là se prend avant de percer le support.

La première semaine : ce qui n'est pas encore une panne
Comptez une demi-journée de plein soleil avant la première soirée : la batterie arrive partiellement chargée, et un premier allumage écourté ne dit rien de la réserve réelle. Le lendemain, la lampe doit tenir sa minuterie. Si elle s'éteint avant, l'ordre des vérifications compte, et il commence toujours par le panneau : le détail de ce diagnostic est déroulé dans la lampe solaire qui ne tient plus la nuit. Ce qu'une installation neuve ajoute à ce tableau tient en une phrase : une soirée qui raccourcit à mesure que l'automne avance n'est pas une panne.
Notez ces observations, même sur un carnet : trois semaines plus tard, le soleil aura déserté le panneau plus tôt dans l'après-midi et l'ombre ne tombera plus au même endroit. C'est ce décalage, plus que l'état de la batterie, qui raccourcit les soirées à l'approche de l'hiver, et il s'accentue jusqu'au solstice.

Ce que la pose laisse à corriger
Une fois le support vissé, deux choses restent ouvertes. L'ombre d'abord, qui avance avec les années : une haie qui monte, une branche qui s'étend, un mur voisin qui gagne en hauteur, et le panneau travaille moins sans que rien ne soit cassé. L'inclinaison ensuite, reprise à la main sur le bras au fil des saisons. Le reste du montage est terminé le premier soir. Il n'y a plus de câble à tirer, plus d'interrupteur à chercher, et l'éclairage de la cour ne consomme que ce que le ciel a donné dans la journée.
Questions frequentes
Le panneau peut-il rester à l'ombre une partie de la journée ?
Oui, presque toujours, et ce n'est pas rédhibitoire en soi : ce qui compte est l'heure du rendez-vous entre cette ombre et le panneau. Traquez-la à la mi-décembre, quand la bande de ciel utile est la plus basse de l'année, car ce qui la franchit ce jour-là passera devant la cellule tout l'hiver. Si le masque tombe pendant les heures de midi, changez le point de pose. S'il ne touche la vitre qu'en début de matinée ou en toute fin d'après-midi, la perte reste supportable, et une minuterie plus courte suffit à couvrir la soirée.
Faut-il orienter le panneau exactement au sud ?
Non, mais c'est la face qui pardonne le moins l'écart. Une façade qui n'offre que l'est ou l'ouest reste utilisable, et la perte se remarque surtout en hiver, quand les nuits s'allongent au moment où la recharge faiblit. Le plus souvent, la bonne réponse n'est pas de se résigner à cette façade mais de chercher un autre point de pose : une portion de mur plein sud, même courte, vaut mieux qu'une grande face à l'est. Sur ce luminaire, le panneau voyage avec le corps, donc le point d'exposition et le point d'éclairage se choisissent ensemble.
Quelle minuterie choisir pour une cour, et pour une entrée ?
Partez de la durée de votre soirée, pas de l'usage que vous faites de la cour. Comptez le temps que vous passez réellement dehors : quelques minutes pour rentrer la voiture, une heure assis sur la terrasse, ou la soirée entière si la cour sert de passage. Réglez la minuterie sur cette durée, puis vérifiez le lendemain si la lampe a tenu jusqu'au bout. Une minuterie plus longue que nécessaire se paie en réserve, et cette réserve se reconstitue moins vite une fois l'hiver installé.
Que faire si la lampe s'éteint avant la fin de la minuterie ?
Séparez deux cas. Si la lampe s'allume bien au crépuscule et s'arrête en cours de soirée, c'est la réserve qui manque, et le panneau est le premier suspect : une ombre nouvelle, un dépôt sur la vitre ou un ciel de novembre expliquent une recharge incomplète. Si elle ne s'allume pas du tout, relisez le réglage laissé la veille à la télécommande, niveau d'intensité compris. Dans le premier cas, descendre d'un niveau rend souvent la soirée entière.
Sources
- Maghami, M. R., Hizam, H., Gomes, C., Radzi, M. A., Rezadad, M. I., et Hajighorbani, S. (2016). Power loss due to soiling on solar panel: A review. Renewable and Sustainable Energy Reviews, 59, 1307-1316.
- Lappalainen, K., et Valkealahti, S. (2017). Photovoltaic mismatch losses caused by moving clouds. Solar Energy, 158, 455-461.
- Centre commun de recherche, Commission européenne. PVGIS, données de rayonnement et de production photovoltaïque.

