Installer un pluviomètre au jardin se joue le jour de la pose. Deux mesures décident ensuite de la justesse des relevés : la hauteur à laquelle l'ouverture reçoit la pluie, et la distance laissée aux murs, aux haies et aux arbres. Le support, lui, ne vient pas du colis, qui s'arrête au tube et à sa bague, ce qui tombe bien : sa longueur se règle alors sur votre terrain et non sur un standard de carton. Ces choix pèsent sur tous les chiffres que vous lirez ensuite, et ils se rattrapent mal en cours de saison.
Le piquet n'est pas fourni : ce qui se décide avant de planter
Le contenu du colis se limite au tube gradué et à sa bague de fixation. Le support vient donc de votre jardin ou du rayon le plus proche, et trois critères le départagent.
Rien de ce qui suit ne dépend du modèle : ces règles valent pour un tube gradué comme pour un appareil à augets, et le choix de l'appareil se joue sur d'autres critères. Reste la pose, qui commence par le support.
Le diamètre d'abord. Le fût de la bague se glisse sur le piquet sans forcer et sans flotter. Un support trop fin travaille dans le sol à chaque coup de vent, et le tube s'incline ; trop épais, la bague refuse de descendre. Si vous achetez le piquet séparément, emportez la bague avec vous : un essai rapide vaut mieux qu'un diamètre deviné.
La longueur ensuite. Il faut de la matière enterrée pour que le piquet tienne debout, et de la matière visible pour amener la bague à la hauteur voulue. Mesurez cette hauteur avant de couper, en ajoutant ce qui restera sous terre et quelques centimètres de marge au-dessus de la bague.
La matière enfin, qui se choisit surtout à la durée. Un piquet de bois convient très bien, à condition d'accepter de le remplacer : dans une terre lourde et humide, il se dégrade en quelques saisons. L'acier galvanisé et la fibre de verre tiennent plus longtemps. Un point compte davantage que la matière : la pointe doit entrer dans un sol préparé, sans être forcée au marteau, sinon le piquet s'installe de travers et rien ne le redressera proprement ensuite.
À quelle hauteur poser l'ouverture
Deux contraintes encadrent la hauteur du récepteur, et elles tirent en sens inverse.
Vers le bas, l'ouverture doit rester au-dessus des éclaboussures. Une pluie qui frappe un sol nu ou une surface dure rebondit, et les gouttes projetées retombent dans la coupelle : elles comptent alors une eau qui n'est jamais tombée du ciel. Le guide de l'Organisation météorologique mondiale demande de placer l'orifice au-dessus de la hauteur des éclaboussures significatives, et au-dessus de l'épaisseur de neige attendue là où elle tient au sol.
Vers le haut, c'est le vent qui gêne. Il dévie une part des gouttes au-dessus du récepteur, et ce défaut augmente avec la hauteur du point de mesure. À exposition égale, les appareils posés au niveau du sol recueillent davantage que n'importe quel appareil surélevé, précisément parce que l'erreur de vent y est presque absente.
Entre les deux, l'usage a tranché. La hauteur d'ouverture la plus répandue dans plus de cent pays se situe entre 0,5 et 1,5 m au-dessus du sol. Le pluviomètre Association du réseau français, lui, se monte sur un support construit pour que la bague réceptrice soit à un mètre et demi au-dessus du sol. Reste à choisir dans la fourchette. Vers le bas, la lecture se fait presque assis, mais l'ouverture se rapproche des projections du sol. Vers le haut, vous vous alignez sur les postes officiels et vous lisez debout, dans un air plus remuant. La moitié basse de la fourchette rend souvent service au potager : assez haute pour échapper aux éclaboussures, assez basse pour se lire depuis le passage.

L'écart aux obstacles se compte en hauteurs d'obstacle
La règle du « aussi loin qu'il est haut », que nous avions posée en comparant pluviomètre et pluviographe, décrit le minimum toléré, en dessous de la cible visée. Le guide de l'OMM demande qu'aucun objet ne soit plus proche de l'appareil qu'une distance égale à deux fois sa hauteur au-dessus de l'orifice. Une haie de deux mètres se tient donc au minimum à quatre mètres, un mur de trois mètres à six mètres.
La classification française va plus loin. Sa grille de qualité des sites range les postes pluviométriques en classes, et la fiche de métadonnées d'un poste en donne le détail. La meilleure classe exige des obstacles à plus de quatre fois leur hauteur, sur une pente inférieure à 19 degrés. La classe suivante demande plus de deux fois leur hauteur, sous la même pente. La troisième se contente de plus d'une fois leur hauteur, avec une pente qui peut atteindre 30 degrés. En dessous viennent les sites dont les obstacles se tiennent à moins de leur hauteur, sur une pente supérieure à 30 degrés, puis ceux qu'un obstacle domine.
Traduit au jardin, cela donne des ordres de grandeur faciles à retenir. Une haie taillée à deux mètres place le bon site à plus de huit mètres, quand le minimum toléré tombe à quatre. Un pommier de cinq mètres demanderait vingt mètres pour la meilleure classe, dont vous ne disposerez pas toujours. L'intérêt de l'échelle est là : elle chiffre ce que vous perdez sans condamner le site. Un jardin resserré donne des relevés plus bas que la réalité, mais comparables entre eux d'une semaine à l'autre, ce qui suffit à la décision d'arrosage.
Une nuance va contre l'intuition, et elle vaut d'être connue. Un jardin ceint de haies de hauteur régulière n'est pas un mauvais site pour autant. La grille française lui reconnaît sa meilleure classe lorsqu'un brise-vent, naturel ou artificiel, entoure le pluviomètre d'obstacles de hauteur angulaire uniforme, entre 14 et 26,5 degrés, sur un terrain de pente inférieure à 19 degrés. Les grilles relèvent d'ailleurs la rugosité par secteur, nord, sud, est et ouest : la dissymétrie entre les côtés pèse plus lourd que l'obstacle lui-même.

Droit dans un sol tassé, sous une herbe rase
Le sol qui entoure l'appareil compte autant que sa hauteur. Le guide retient l'herbe courte, le gravier ou les gravillons comme couverture de sol, et écarte les surfaces dures et plates, dalles et béton, à cause des éclaboussures qu'elles renvoient. Il demande aussi que la végétation soit maintenue coupée à cinq centimètres autour de l'instrument, et que les sites en pente soient évités.
Au jardin, la règle se traduit en gestes simples. Tondez ras la zone de plantation, et repassez-y dans la saison : une touffe haute contre le tube projette de l'eau vers la coupelle et garde l'humidité au pied du support. Écartez les paillages épais et le gravier nu juste autour de l'appareil, et préférez un coin de pelouse. Choisissez l'endroit le plus plat, même s'il est moins commode d'accès que la terrasse.
Reste l'aplomb, qui tient au sol plus qu'au geste. Un support planté dans une terre meuble et laissé tel quel bouge à la première pluie sérieuse, et le tube suit. La terre se tasse donc au pied du piquet, et la verticalité se contrôle à l'œil depuis deux côtés opposés : de face, un piquet penché ne se voit pas. Une fois tassé, le support ne bouge plus de la saison.

La première averse sert de contrôle
Le montage se juge à la première pluie. Approchez-vous une fois l'averse passée : le tube a-t-il bougé ? La coupelle est-elle restée dégagée ? Le niveau se lit-il depuis le chemin où vous passez chaque jour ? Un support qui a travaillé se repère sans niveau à bulle, en reculant de quelques pas. Une coupelle qui garde un fond d'eau ou un dépôt de pollen demande un simple rinçage à l'eau claire, sinon la lecture suivante part faussée.
Le premier chiffre, lui, ne vaut que comme point de départ. Il couvre tout l'intervalle depuis la pose, nuit comprise, averse de passage comprise. Notez-le avec sa date et son heure, puisqu'il servira de référence aux suivants. Le geste de lecture se travaille une fois pour toutes, et un relevé qui suit toujours la même méthode rend les jours comparables entre eux.
Ce que l'installation ne corrigera pas
Une pose soignée ne transforme pas un tube gradué en instrument de référence. Des écarts subsistent, qu'il vaut mieux connaître avant de confronter votre relevé à celui d'un poste officiel.
L'évaporation, d'abord. Un récepteur ouvert, sans entonnoir à trou étroit, perd de l'eau entre deux passages. Le guide de l'OMM rapporte des pertes supérieures à 0,8 mm par jour sur les appareils dépourvus d'entonnoir, surtout en fin de printemps. En été, un relevé laissé une semaine dans le tube est donc un minorant. Le pluviomètre Association limite ce défaut autrement, par un trou d'entonnoir assez petit pour limiter l'évaporation de l'eau recueillie, sous une crépine qui écarte feuilles et insectes.
Le vent, ensuite. Il emporte une fraction des gouttes, et cette fraction ne se rattrape pas. Votre relevé est presque toujours un peu bas, comme celui des postes professionnels.
L'échelle, enfin. Le tube monte jusqu'à 35 mm, et un millimètre de hauteur correspond à un litre d'eau par mètre carré. Un épisode qui remplit le tube vous laisse donc avec une information utile, au moins 35 litres par mètre carré, et un chiffre exact perdu. Videz alors le tube pour repartir net, et notez le lendemain ce que la suite de l'épisode a ajouté. Un tube qui déborde une fois par saison reste un bon serviteur : ce qu'on lui demande, c'est la mesure de la nuit ordinaire.
Une fois la première averse passée, l'appareil ne demande plus que de la régularité : le même endroit, et un coup d'œil au tube après chaque épisode. C'est à cette condition que vos chiffres se comparent entre eux et qu'une décision d'arrosage tient debout.
Questions frequentes
Quel piquet choisir pour installer un pluviomètre ?
Prenez la bague avec vous et essayez-la sur le support : c'est le seul test qui tranche le diamètre. La longueur s'obtient en additionnant la part qui restera sous terre, la hauteur d'ouverture visée et une marge de quelques centimètres au-dessus de la bague. Un bois sain fait l'affaire dans une terre bien drainée ; un métal galvanisé ou un composite se remplace moins souvent.
À quelle hauteur faut-il poser le pluviomètre ?
Comptez entre un mètre et un mètre vingt pour un usage de jardin : cette zone échappe aux projections du sol sans obliger à lever les yeux. La fourchette de référence des météorologues va de 0,5 à 1,5 m, et le pluviomètre Association du réseau français se monte à un mètre et demi sur son support. Plus l'ouverture monte, plus l'appareil subit le vent.
Peut-on installer un pluviomètre sur une dalle ou une terrasse ?
Le support tiendra sans peine, mais la mesure en souffrira : une dalle renvoie vers le haut les gouttes qu'elle a reçues, et la coupelle en récupère une part. Le guide de référence de l'Organisation météorologique mondiale range justement les revêtements durs et plats parmi ceux qu'il faut éviter au pied de l'instrument. Si la terrasse reste le seul coin praticable, choisissez son bord, au-dessus d'une bande de terre ou d'un massif.
Faut-il abriter le pluviomètre du vent ?
Non : l'abriter complètement fausserait la mesure dans l'autre sens, un mur ou une haie trop proches interceptant la pluie avant la coupelle. Le bon voisinage est celui qui laisse passer le vent sans casser l'averse, c'est-à-dire un obstacle reculé d'au moins deux fois sa hauteur, et de quatre fois dans la meilleure classe de la grille française.
Sources
- OMM. Guide des instruments et des méthodes d'observation météorologiques, volume I, chapitre 6 (Mesure des précipitations). Organisation météorologique mondiale, édition 2018 (distance minimale de deux fois la hauteur des obstacles, ouverture usuelle entre 0,5 et 1,5 m, orifice au-dessus des éclaboussures et de la neige, herbe courte et gravier retenus, surfaces dures écartées, végétation coupée à 5 cm, appareils au sol plus généreux que les appareils surélevés, pertes par évaporation supérieures à 0,8 mm par jour sans entonnoir).
- Météo-France. Fiche de métadonnées du poste 50020001, définitions des classes de qualité de site, paramètre Pluie. Météo-France, données publiques (classe 1 : obstacles à plus de quatre fois leur hauteur et pente inférieure à 19 degrés, ou brise-vent entourant le pluviomètre d'obstacles de hauteur angulaire uniforme entre 14 et 26,5 degrés ; classe 2 : plus de deux fois leur hauteur et pente inférieure à 19 degrés ; classe 3 : plus d'une fois leur hauteur et pente inférieure à 30 degrés ; au-delà, obstacles plus proches que leur hauteur sur une pente supérieure à 30 degrés, puis obstacle dominant le pluviomètre ; rugosité relevée par secteur).
- Météo-France. Pluviomètre Association avec son éprouvette (notice du portail documentaire). Météo-France (support construit pour que la bague réceptrice soit à un mètre et demi au-dessus du sol, trou d'entonnoir assez petit pour limiter l'évaporation, crépine contre les débris, un millimètre de hauteur pour un litre de pluie par mètre carré au sol).

