Une bordure à enterrer se pose sans piquet, sans vis et sans béton : c'est le sol refermé sur la bande qui tient la ligne. Trois choses décident du résultat, la propreté du tracé, la profondeur de la tranchée et la façon dont vous ramenez la terre de part et d'autre. Le geste lui-même prend peu de temps, la préparation du tracé beaucoup plus.
Ce que la bordure change dans le sol
Avant d'ouvrir la moindre pelletée, il faut comprendre ce que vous avez en face. Une pelouse ne s'arrête pas à la limite du massif : elle avance par ses tiges. Certaines courent sous la surface, ce sont les rhizomes, d'autres rampent au ras du sol, ce sont les stolons qui s'étirent à la surface et s'enracinent de place en place. Un fragment de rhizome ou de stolon laissé dans la terre après un travail du sol suffit à reformer une plante entière, ce qui explique pourquoi un massif sarclé se retrouve envahi en une saison.
La bordure enterrée agit sur la géométrie de ce déplacement, pas sur la plante elle-même. Sa base crée une marche dans le sol : pour passer du gazon au massif, une tige doit d'abord monter le long de la bande avant de retomber de l'autre côté. C'est ce détour qui vous donne le temps de voir arriver la reprise, et c'est aussi pourquoi la bordure ne dispense pas d'un sarclage d'entretien. Les paillages posés au sol gênent surtout la germination des graines et restent moins efficaces sur les vivaces déjà installées, celles qui s'étendent justement par rhizomes et stolons.
Le tracé, avant de dérouler
Le tracé se décide au sol, pas à l'oeil. Tendez un cordeau entre deux piquets pour les lignes droites. Pour un tracé sinueux, posez un tuyau d'arrosage souple sur l'herbe. Déplacez-le jusqu'à ce que la courbe vous convienne : il garde sa forme le temps que vous marquiez la ligne à la bêche. Regardez ensuite le tracé depuis la maison et depuis l'autre bout du jardin : c'est là qu'on repère les courbes trop serrées, difficiles à suivre avec un rouleau.
Marquez toute la longueur avant d'ouvrir la tranchée. Un tracé ouvert au fur et à mesure dérive, et une bordure qui ondule de dix centimètres dans une ligne droite se voit tout de suite. Sur un massif existant, la limite est souvent mangée par la pelouse depuis des années : redonnez au massif la largeur que vous voulez réellement, quitte à reprendre un peu de gazon au passage.
Le jour de la pose, travaillez sur un sol qui s'émiette sans coller. Une terre détrempée se referme en mottes et laisse des vides sous la base, une terre trop sèche se rouvre autour de la bande dès la première pluie.
Le geste, étape par étape
- Retirer la végétation de la ligne. Découpez le gazon à la bêche sur la largeur d'une saignée et enlevez les mottes. Sur un massif neuf, profitez-en pour sortir les racines et les rhizomes que vous rencontrez : ce sont eux qui soulèveront la bordure si vous les laissez dessous.
- Ouvrir la saignée. Une saignée d'une largeur de bêche suffit à loger la base. Sur une pelouse ordinaire, un bord taillé d'une dizaine de centimètres de profondeur et de largeur contient déjà le pâturin. Gardez le fond régulier : c'est la base qui travaille, pas le reste de la bande.
- Engager la base et dérouler. Présentez la base ondulée dans la saignée, puis avancez en déroulant le rouleau. La bande reste verticale, sans être couchée ni pliée. Un rouleau de neuf mètres se déroule d'un seul tenant, ce qui évite les raccords au milieu d'une ligne droite.
- Refermer et tasser. Ramenez la terre contre la base, des deux côtés, en tassant avec le pied ou le dos de la bêche. Vérifiez que la terre reste à la même hauteur de part et d'autre. Un côté plus haut que l'autre offre une rampe aux tiges qui courent en surface, et vous perdez l'avantage de la marche.
- Ajuster la hauteur visible. Faites passer la tondeuse le long de la ligne avant de refermer définitivement. Si le carter racle la bande ou si la roue monte dessus, ressortez légèrement la bordure et enfoncez-la d'un cran de plus. C'est plus simple à ce moment-là qu'après une saison de tonte.

Tourner un angle sans plier la bande
Le rouleau se recoupe aux ciseaux, et c'est presque toujours la bonne réponse à un angle. Plier la bande sur un angle droit laisse un pli ouvert dans lequel la terre ne rentre pas ; la bordure tient mal et le pli blanchit à la longue. Repérez l'angle sur le tracé, coupez la bande à l'endroit voulu, puis repartez dans la nouvelle direction.
Sur un angle, faites se chevaucher les deux morceaux sur quelques centimètres dans la même saignée, avant de tasser. Ce chevauchement évite le jour entre les deux morceaux, par lequel la terre s'échappe et l'herbe s'infiltre. Laissez un léger débord aux extrémités au moment de la pose : vous pourrez toujours raccourcir, alors qu'un morceau coupé trop court ne se rattrape pas.
Le même geste sert pour ajuster la longueur. Si la ligne se termine contre un mur, un pavé ou une souche, recoupez la bande à la bonne dimension plutôt que de la coincer. Le rouleau souple se courbe sans difficulté sur une courbe large, mais il faut le recouper dès que le rayon se resserre. Sur un tracé à angles francs, ou sur une bordure rigide à piquets, la saignée ne suffit plus. Les fixations prennent le relais, et le geste change du tout au tout.
Ce qui fait ressortir une bordure au printemps
La bande qui remonte après l'hiver est le premier défaut rapporté sur ce type de bordure. Le gel soulève la terre, et une bande plate enterrée remonte avec elle. Les profilés qui ont une lèvre ou une gorge accrochent davantage le sol, et l'usage de piquets d'ancrage limite la plupart des soulèvements. La qualité de la pose pèse plus lourd que le matériau : une base bien enfoncée dans une terre tassée des deux côtés tient mieux qu'une bande cherchée en surface.
Le deuxième défaut est l'affaissement. Un profil dont le sommet est arrondi s'enfonce moins qu'une bande plate, qui disparaît peu à peu sous la terre et le gazon. Ici, la base ondulée du rouleau multiplie les points d'accroche dans le sol, et le sommet reste visible sur la hauteur que vous avez laissée dépasser. Contrôlez la ligne au début du printemps, quand la terre est encore meuble et que l'herbe n'a pas repris : quelques coups de bêche suffisent à renfoncer ce qui a bougé.

L'entretien d'une ligne
Une bordure enterrée se contrôle deux fois par an, au printemps et à la fin de l'été. Reprenez à la bêche la terre qui a glissé dans la saignée, redressez la bande d'un coup de talon et vérifiez que les niveaux sont toujours bons de part et d'autre. Sur une ligne longue, faites le tour à pied avec un seau de terre : les creux se voient mal depuis un seul point, et ce sont eux qui laissent passer les tiges.
Ce contrôle tombe avec le premier passage de printemps sur la pelouse, celui du calendrier d'entretien mois par mois.
La tonte fait le reste. Passez la tondeuse le long de la bordure plutôt que de la contourner au fil nylon, qui entaille le PVC souple à la longue. Si vous tondez haut, relevez la bande d'une saison sur l'autre plutôt que de laisser le gazon monter dessus.
À l'intérieur du massif, la bordure ne travaille pas seule. Un paillage étalé en couche épaisse autour des plantations empêche les graines d'adventices de germer, et une couverture du sol maintenue en permanence finit d'étouffer ce qui lève. Une toile tissée posée sous les vivaces tient ce rôle plusieurs saisons, et un désherbeur à lame suffit pour les touffes qui s'installent malgré tout, le long de la bande puis entre les pieds.
Ce que la bordure ne fait pas
Une bordure n'arrête pas une graminée agressive déjà installée dans le massif. Le chiendent, qui avance par rhizomes profonds, traverse un massif bordé aussi vite qu'un massif sans bordure : sa progression se règle au sarclage, pas à la bande enterrée. Comptez sur la bordure pour tenir la ligne du massif et pour rendre la reprise visible, pas pour supprimer l'entretien.
Elle ne remplace pas non plus le travail du sol au moment de la pose. Une bande posée sur une pelouse en place, sans saignée ni nettoyage des racines, se soulève en une saison et vous ramène au point de départ. La bordure de massif en rouleau se recoupe aux ciseaux et se déroule sans fixation, mais il faut lui ouvrir la tranchée qui la recevra.
Enfin, elle ne tient pas la terre d'une pente. Sur un talus, l'eau qui descend emporte la terre fine autour de la base et découvre la bande.
Un massif bordé se juge surtout de loin, à la ligne que la bande tient sur toute sa longueur. C'est aux angles que la bordure se joue : deux coupes franches chevauchées dans la saignée, et le tour du massif se lit d'un seul regard.

Questions frequentes
Faut-il retirer le gazon avant de poser la bordure ?
Oui, sur toute la largeur de la saignée. Une bordure posée sur un gazon en place se soulève au bout d'une saison, parce que les touffes écrasées sous la base continuent de pousser et font levier. Ouvrez la tranchée, enlevez la motte et les racines, et installez la bordure dans de la terre nue. Les adventices déjà installées doivent partir à ce moment-là, avant la fermeture, sinon elles repartent de plus belle entre la bordure et le massif.
Combien de rouleaux pour un massif rectangulaire ?
Additionnez les quatre côtés du massif, puis ajoutez la longueur des angles que vous allez recouper. Un rouleau couvre neuf mètres d'un seul tenant, sans raccord sur sa longueur. Pour un massif de deux mètres sur un mètre cinquante, le tour fait sept mètres : un rouleau suffit, avec de quoi habiller proprement les quatre angles.
Pourquoi ma bordure ressort-elle après l'hiver ?
Commencez par regarder de quoi il s'agit. Une bande qui a gagné quelques centimètres est un soulèvement par le gel : la terre a gonflé, puis s'est reposée en laissant la base plus haut qu'à la pose. Une bande qui a presque disparu est l'inverse, elle s'est enfoncée sous le gazon et la terre fine. Les deux se reprennent à la bêche, au début du printemps, quand le sol se travaille encore : renfoncez ce qui est remonté, ressortez ce qui a été absorbé, et rétablissez le même niveau des deux côtés.
Peut-on poser la bordure sur un massif déjà planté ?
Oui. Déroulez la bande entre les pieds en place, en écartant la terre au fur et à mesure, et recoupez plutôt que de plier autour d'une souche ou d'une touffe. Écartez la bordure d'une largeur de main des plantes installées : la terre soulevée pendant la pose abîme les racines de surface, et un pied de vivace collé contre la bande finit par la repousser.
Sources
- Iowa State University Extension and Outreach, How to Manage Perennial Grassy Weeds in the Garden and Lawn, Yard and Garden.
- University of Wisconsin-Madison Division of Extension, Perennial Grass Weeds in Lawns, Horticulture.
- University of Illinois Extension, 2015, Bed Edges, blog ILRiverHort.

