Une greffe qui ne reprend pas se manifeste de deux façons, et la seconde trompe son monde. Tantôt le bourgeon reste clos, l'écorce du greffon se ride et le bois claque sous l'ongle ; tantôt une pousse verte démarre, s'allonge de quelques centimètres, puis s'affaisse en pleine chaleur. Dans les deux cas, la soudure n'a pas eu lieu. Ce qui change, c'est le moment où l'échec se lit, et le geste qui reste à faire sur le porte-greffe.
Un greffon qui sèche, ou une pousse qui s'effondre
Le premier tableau ne laisse aucune place au doute. Le greffon brunit, son écorce se creuse de rides fines, et le bois casse net au lieu de plier. La liste des échecs de la propagation végétative publiée par la FAO cite l'incompatibilité entre les deux partenaires, le manque de contact entre les cambiums, puis le dessèchement de l'union. Ce dernier laisse un bois ridé et cassant, et il tient à une seule chose : l'eau.
Le second tableau est plus déroutant, parce qu'il ressemble à une réussite. Les bourgeons gonflent, une pousse verte sort, et l'on range les outils. Quelques semaines plus tard, souvent après une après-midi chaude, la pousse s'affaisse et sèche sur place. Ce démarrage s'est fait sur les réserves du greffon, pas sur la sève du porte-greffe. Tant que les vaisseaux ne sont pas reconnectés, l'eau ne monte pas jusqu'aux jeunes feuilles. Les travaux consacrés à l'incompatibilité de greffe chez les arbres fruitiers décrivent précisément cet état : une greffe en apparence soudée, mais dont la reconnexion vasculaire reste incomplète.
Reste le cas le plus fréquent et le plus mal jugé : rien ne se passe, ni bien ni mal. Un greffon peut rester silencieux longtemps sans être perdu, et c'est ce silence qui fait condamner des greffes encore vivantes.
Une soudure se construit en six semaines
Le calendrier réel de l'union explique beaucoup d'erreurs de diagnostic. Une étude publiée dans Acta Horticulturae, menée sur des écussons de pommier, a suivi cette chronologie jour après jour. Les premières cellules de cal, ce tissu de cicatrisation qui soude les deux pièces, n'apparaissent qu'entre le vingtième et le vingt-sixième jour après la pose. La différenciation des nouvelles couches de cambium, celles qui rétabliront la circulation, ne se fait qu'entre le trente-troisième et le quarante-cinquième jour.
Autrement dit, la première semaine ne décide de rien. Un jardinier qui gratte l'écorce au bout de dix jours pour savoir si ça a pris ne peut rien apprendre : le travail cellulaire n'a même pas commencé. Rien de concluant ne se lit avant la septième semaine. Une greffe d'été sur un sujet en place se juge plus tard encore, au printemps suivant, quand les yeux posés en août se réveillent.
Ces durées valent pour un essai donné : elles indiquent un ordre de grandeur, pas un compte à rebours. Un printemps froid et sec retarde l'union de plusieurs semaines.

Le test qui tranche sans outil
Quand le doute persiste, deux gestes suffisent, sans outil et sans démonter la greffe. Le premier est le test de l'écorce : entamez légèrement le greffon au-dessus du point de greffe, à l'ongle ou à la pointe d'une lame. Sous la couche brune, un tissu vert annonce un bois vivant. Si vous ne trouvez que du brun sec, à plusieurs endroits et sur toute la hauteur du greffon, la pièce est morte.
Le second test s'applique au bois d'un an, et il se pratique sur le greffon comme sur une pousse du porte-greffe : pliez doucement la tige entre le pouce et l'index, jusqu'à l'angle droit. Un bois vivant se courbe sans rompre, un bois mort casse avant d'atteindre cette position. Les deux tests se lisent à plusieurs niveaux : un greffon vert en haut et brun au ras de la ligature mérite encore quelques semaines d'observation.
Ce qu'il ne faut pas faire, c'est tirer sur le greffon pour tester sa résistance : une traction arrache une soudure jeune et transforme une greffe lente en échec définitif. Le porte-greffe se gratte de la même façon, sous le point de greffe : lui reste presque toujours vert, ce qui est la bonne nouvelle de toute cette affaire.

Le dessèchement, la cause qui revient partout
La liste de la FAO se lit comme un inventaire de la même mésaventure. Un greffon déjà sec au moment de la pose. Une blessure qui s'ouvre entre la coupe et la ligature. De l'eau ou une infection qui s'infiltrent dans l'assemblage. Une cire de greffage trop chaude qui abîme les tissus. Des bourgeons abîmés ou perdus. La FAO y ajoute le dessèchement du sujet lui-même, par manque d'arrosage ou atmosphère trop sèche. Dans tous ces cas, l'union n'a pas tenu assez longtemps l'humidité nécessaire au travail des cellules, et presque tous ramènent à une question d'eau.
Les parades tiennent donc à l'eau plus qu'à la technique. Le guide de l'Université Cornell sur la greffe en fente terminale prévient que les greffons prélevés en pleine végétation se dessèchent vite, et il conseille de les coiffer d'un sac de polyéthylène, à l'ombre. L'atmosphère saturée freine l'évaporation et laisse aux cellules le temps de produire leur cal.
Prélevez le rameau le matin, gardez-le dans un linge humide jusqu'à la pose, et greffez à l'ombre ou par temps couvert plutôt qu'en plein soleil. Scellez ensuite la coupe supérieure du greffon et le tour de l'assemblage avec un mastic tiède, jamais brûlant.
Deux cambiums qui ne se touchent pas
Sous l'écorce d'une branche fraîche, il existe une couche mince et glissante, le cambium. C'est elle qui fabrique le bois et l'écorce, et c'est elle seule qui se soude. Deux pièces par ailleurs impeccables ne reprennent pas si leurs deux anneaux de cambium ne se recouvrent pas sur une bande suffisante. La FAO range ce défaut sous le nom de manque de contact entre les cambiums. Il déplace le diagnostic : le bois pouvait être frais et la saison bonne, l'échec vient d'un assemblage où les deux assises cellulaires ne se sont jamais touchées. La FAO rattache ce défaut à des coupes mal faites ou à un assemblage mal ajusté, deux points qui se décident au moment de la pose, pas après.
La FAO retient deux autres causes, qui ne tiennent ni au contact ni à l'eau : un greffon prélevé à un stade de développement inadapté, et un porte-greffe en mauvais état. Ce sont les seules qui se lisent avant la pose, sur l'arbre, plutôt qu'après l'échec.
C'est là que se joue le choix entre les différents outils de greffage, un couteau à lame plate pour ouvrir une entaille nette, une pince qui taille les deux pièces au même profil. La fraîcheur du bois compte autant : un rameau tranché quelques minutes plus tôt offre une section franche. Une cisaille de greffage tenue dans la paume, avec sa lame de 40 mm et son ressort qui rouvre l'outil d'une seule main, évite de faire bouger la branche à chaque prélèvement.
Quand ça rate tous les ans sur le même couple
Il existe un cas où le geste n'est plus en cause. Une variété qui ne prend jamais sur un porte-greffe donné déplace la question vers les deux partenaires eux-mêmes. La même main, le même bois et la même météo réussissent pourtant le même jour sur d'autres combinaisons. La revue consacrée à l'incompatibilité de greffe chez les arbres fruitiers décrit ce phénomène : l'arbre casse, faiblit ou meurt au point de greffe, soit en peu de temps, soit après dix à quinze ans. Les conditions de milieu comptent, mais elles ne suffisent pas à l'expliquer, car le défaut d'intégration entre les deux partenaires se répète à l'identique, année après année.
Dans un jardin, le diagnostic se pose par élimination. Si un greffon d'une autre variété, posé le même jour avec la même méthode sur le même porte-greffe, reprend sans difficulté, le problème vient du couple. Changer de variété ou de porte-greffe vaut alors mieux que de recommencer à l'identique.
À l'inverse, ne cherchez pas dans l'outil la cause d'un échec isolé. Un greffon mort après un printemps froid et venteux, sur un sujet qui reprenait bien les années précédentes, ne dit rien du matériel.
Quoi refaire, et quand
Le test a montré un greffon mort et un porte-greffe vivant : c'est le scénario le plus courant, et il laisse deux fenêtres ouvertes sur le même sujet.
La première est la saison en cours, en écusson. La pose se fait en été, quand l'écorce se détache du bois sous le pouce. Le guide de l'extension Texas A&M situe cette fenêtre à la fin juillet et au début août pour un écusson en T. Un œil posé à cette période reste dormant jusqu'au printemps. La partie supérieure du porte-greffe se retire pendant le repos de l'arbre, à la fin de l'hiver ou au début du printemps, pour forcer l'œil à démarrer. Tant que l'œil n'est pas parti, laissez au porte-greffe ses feuilles : ce sont elles qui nourrissent la greffe en préparation.

La seconde est le printemps suivant, avec un rameau prélevé pendant le repos de l'arbre et conservé au froid. Le porte-greffe a gagné une saison de racines et de calibre, deux atouts pour la soudure. La suite, une fois le greffon reparti, tient au calendrier des soins d'après greffage : ils courent du débourrement à l'automne, entre rejets frottés chaque semaine, ligature surveillée et arrosage au pied.
Reste à choisir la date de cette seconde tentative, car chaque fruitier a sa fenêtre de greffage. Un pommier et un noyer ne se greffent pas à la même période, et les repères de sève n'y sont pas les mêmes.
Questions frequentes
Combien de temps faut-il attendre avant de déclarer une greffe ratée ?
Le calendrier de l'union donne la réponse. Sur des écussons de pommier suivis jour après jour, les premières cellules de cal apparaissent entre le vingtième et le vingt-sixième jour, et les nouvelles couches de cambium seulement entre le trente-troisième et le quarante-cinquième. Examiner une greffe à dix jours ne peut donc rien apprendre. Tant que le bois du greffon reste souple, le travail cellulaire peut encore se faire, même si une pousse est déjà partie ailleurs sur le sujet.
Peut-on greffer une autre variété sur le même porte-greffe ?
Oui. Le porte-greffe et la variété sont deux individus distincts : la variété est portée par le greffon, le porte-greffe ne fournit que les racines. Rien n'empêche donc de poser une autre variété sur le même sujet. La question se pose autrement quand un même couple échoue chaque année : c'est alors l'association des deux qui est en cause, et il faut changer l'un des deux partenaires.
Faut-il retirer le mastic ou la ligature pour voir ce qui se passe ?
Non. La zone en cours de soudure est la plus fragile du sujet, et l'ouvrir pour regarder abîme précisément ce qui commençait à tenir. L'état du greffon se lit au-dessus de l'assemblage, sur l'écorce et sur le bois, sans rien défaire. La ligature, elle, ne se desserre qu'une fois la pousse partie, et seulement si un bourrelet commence à se former de part et d'autre de l'attache.
Faut-il racheter du matériel pour retenter une greffe ?
Rarement. Ce qui manque le plus souvent, c'est un bois frais et deux diamètres voisins. Si votre lame écrase le rameau au lieu de le trancher, un affûtage suffit. Si vous greffez à la pince et que les branches disponibles n'entrent pas dans la gorge, c'est la méthode qu'il faut changer. Le colis d'une cisaille de greffage ne contient que l'outil : ni mastic, ni ligature, ni étui.
Sources
- FAO, Schmidt L., 1993, Vegetative propagation, what can go wrong ?, in Guidelines on grafting, air-layering and cuttings, projet régional UNDP/FAO RAS/91/004, Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture.
- Suriyapananont V., Suriyapananont S., 1990, Bud-union development of apple variety Anna on MM 106 and Docynia stocks, and nutrient levels variation of Anna on Docynia, Acta Horticulturae 279, p. 599-608, ISHS.
- Hamza M., Soysal D., Ullah I., Sultan Y., Aydin E., Demirsoy H., Mohamed H. I., 2026, Graft incompatibility in fruit trees in early detection, integrating physiological, molecular, and technological approaches, Planta 264.
- Cornell University, s.d., Top Wedge Grafting, Horticulture 494, cours de propagation des plantes.
- Sellars C., Banna A., 2022, Is My Tree Dying, N.C. Cooperative Extension, Caswell County Center.
- Texas A&M AgriLife Extension, s.d., T or Shield Budding, Earth-Kind Landscaping.

