Quand démarrer ses semis à l'intérieur ?
La bonne date ne se lit pas dans un calendrier de jardinage. Elle se déduit de trois choses : la température de la pièce où le bac va vivre, le nombre de semaines que l'espèce passe à l'intérieur, et la lumière disponible le jour de la levée. Trois repères, dix minutes de calcul, et la série ratée de février s'évite.
La pièce donne le tempo, pas le mois
Un bac de germination posé sur un rebord de fenêtre prend la température de la pièce. L'eau qu'il contient aussi, et c'est cette eau que la graine trouve en premier. D'où la règle la plus utile : avant de remplir le bac, on regarde le thermomètre du logement, pas la date du jour.
Le relevé publié par l'Oregon State University Extension donne la plage de chaque espèce. Ces valeurs sont relevées dans le sol ; dans un bac, c'est l'eau de la réserve qui tient ce rôle, et elle suit la température de la pièce de près. La laitue ouvre la sienne à 35 °F, soit 2 °C, et la referme à 95 °F, soit 35 °C, avec un optimum autour de 75 °F, soit 24 °C. Le poivron ne démarre qu'à 60 °F, soit 16 °C. La tomate, elle, place son optimum à 85 °F, soit 29 °C, une température qu'aucune pièce de maison n'atteint : dans un salon à 20 °C, elle germe, mais loin de son meilleur régime.
Deux conséquences pratiques. Une pièce à 19 ou 20 °C convient très bien aux salades, aux choux et aux radis, qui se contentent de peu de chaleur. La tomate et le poivron y lèvent, simplement plus lentement et de façon plus étalée, ce qui se traduit par des séries moins homogènes sous le couvercle. Si vous ne lancez qu'une espèce par série, commencez par les plus exigeantes en chaleur et laissez les salades pour une pièce fraîche.
Le même relevé ajoute une note qui surprend : une baisse quotidienne jusqu'à 60 °F, soit 16 °C, la nuit est indispensable à plusieurs espèces. Un bac collé à un radiateur qui chauffe en continu prive la graine de cette alternance jour-nuit. Un rebord de fenêtre, qui se refroidit naturellement après le coucher du soleil, la fournit sans rien faire.

Le lieu compte autant que la pièce. Un bac posé sur un sol carrelé froid ou contre une baie vitrée non isolée descend plus bas la nuit que le même bac sur une étagère en bois, à un mètre du carreau. Or ces quelques degrés décident. Le poivron ne démarre qu'à 16 °C, la tomate à 10 °C : dans une pièce non chauffée qui tombe à 12 °C la nuit, le second lève tant bien que mal et le premier attend. Une pièce de vie à 20 °C efface la question, mais un garage, une véranda ou un cellier ne se valent pas d'un bout à l'autre de la nuit.
L'entretien suit la même logique. L'eau du bac doit arriver au bas des paniers sans recouvrir la graine. Entre deux séries, le rinçage se fait à l'eau claire, avant que les débris de racines ne sèchent sur la maille.
Combien de semaines la plante reste à l'intérieur
Le deuxième repère se prend dans l'autre sens. On part de la date à laquelle les plants iront dehors, et on remonte le nombre de semaines que l'espèce supporte à l'intérieur. Le University of Maryland Extension chiffre ces durées espèce par espèce, dans un guide qui donne aussi les six semaines de la tomate avant sa plantation.
| Espèce | Semaines à l'intérieur |
|---|---|
| Salades et verdure à couper | 2 à 4 |
| Concombre, courge, melon | 3 à 5 |
| Chou, brocoli, chou-fleur | 4 à 6 |
| Tomate | 5 à 6 |
| Poivron, aubergine, oignon | 8 à 10 |
Le même guide prévient contre l'erreur la plus fréquente : semer trop tôt donne des plants hauts aux racines à l'étroit, qui reprennent mal une fois au jardin. Débuter en janvier ce qui se plante en mai ne fait pas gagner un mois de croissance, cela produit un plant fatigué.
Le format du bac impose sa propre contrainte de temps. Ses six paniers en maille descendent dans un volume de 18 cm sur 12, pour 10,5 cm de haut : les racines de six plants s'y croisent vite, et une série qui reste trop longtemps dans le bac se retrouve à l'étroit dans l'eau. Les six plants d'une même série partent donc ensemble, au moment où le premier d'entre eux atteint sa durée. Vous relancez ensuite une série neuve dans le bac rincé. Un premier semis sous dôme couvre exactement ce trajet, de la graine à la plantule prête à changer de contenant.
L'écart se creuse encore avec les espèces les plus lentes. Un poivron, donné pour 8 à 10 semaines à l'intérieur, doit être lancé dès la fin février ou le début mars pour une plantation en mai : c'est la première série de l'année dans beaucoup de régions, et celle qui justifie de sortir le bac avant les autres.
Pour une tomate plantée dehors vers le 15 mai, en région sans gros risque de gelée tardive, la date de remplissage du bac tombe donc fin mars ou tout début avril. Pour une salade de plein champ, trois semaines avant suffisent. L'écart entre les deux explique pourquoi un seul bac ne suffit pas toujours à suivre le potager : les espèces lentes et les rapides ne se lancent pas le même jour.
Après la levée, la fenêtre ne suffit pas toujours
Tant que la graine est sous l'eau et sous le couvercle, la lumière ne joue aucun rôle. Dès la première pousse, tout change : le guide du University of Maryland Extension demande alors 14 à 16 heures de lumière par jour, à 5 à 15 cm au-dessus des jeunes plants, avec un minuteur pour tenir le rythme.
Dans un bac posé contre une vitre, cette durée n'est pas garantie. Quand la seule ouverture de la pièce regarde le nord, ou qu'un immeuble voisin la masque, les heures manquent, et la plantule s'étire vers le carreau au lieu de s'épaissir. C'est le cas typique où une ampoule horticole au-dessus du bac remplace ce que la fenêtre ne donne pas.
Le feuillage le dit avant tout le monde. Des tiges qui s'allongent et des feuilles qui s'affinent signalent que le compte d'heures n'y est pas. La correction se joue sur la durée d'éclairage et la hauteur de l'ampoule, et se règle avant que la tige ne s'affaisse.
Le moment de la levée n'est pas non plus le moment du repas. Une graine qui perce n'a pas encore de racines dans l'eau : elle vit sur ses réserves. La lumière commence à compter à ce stade, la solution nutritive bien plus tard.

Une à deux semaines d'endurcissement avant la sortie
Le passage au jardin ne se fait pas directement. Le même service de vulgarisation recommande de commencer l'endurcissement une à deux semaines avant la mise en place. Les plants passent la journée dans un endroit abrité et ombragé, rentrent chaque soir, et évitent les journées venteuses comme celles qui descendent sous 45 °F, soit 7 °C.
Ce calendrier bouscule l'usage du bac. Ses paniers ne sont pas faits pour vivre dehors, et le bac rempli d'eau ne se transporte pas d'un rebord à un jardinet : les plants quittent le bac pour un godet de substrat avant l'endurcissement. Le bac, lui, se vide, se rince et attend la série suivante. La lumière baisse alors d'un cran pendant quelques jours, ce qui est l'effet recherché.
Le semis d'automne suit la même mécanique en sens inverse. Pour une récolte d'automne, le semis se fait en fin d'été, un repère que cette synthèse de l'Illinois Extension place à la fin août sous climat continental. À l'intérieur, le bac peut prendre le relais dès que la pièce redescend : l'optimum de la laitue est à 24 °C, et une pièce qui reste plus chaude ralentit la levée.

Automne et hiver : le bac ne suit pas le potager
Le bac de germination n'est pas un équipement de printemps. Une pièce chauffée à 20 °C et une ampoule au-dessus du couvercle suffisent à faire lever une série en décembre, à condition de ne pas compter sur la fenêtre pour la lumière : entre novembre et février, les journées utiles sont trop courtes, même au sud.
C'est aussi la saison où le bac sert à autre chose qu'à préparer le potager. Des graines de salade, de mâche, de persil ou de basilic lancées en série échelonnée, une tous les quinze jours, donnent une production continue de jeunes pousses à couper. Un seul bac ne tient pas ce rythme : le décalage suppose deux contenants, l'un en levée pendant que l'autre pousse sous la lumière. Le rythme se cale sur la place disponible sous l'ampoule, pas sur le calendrier du jardin.
Reste un repère honnête sur ce que le bac fait et ne fait pas. Il mène une graine jusqu'à la plantule, avec six plants à la fois, dans un volume d'eau réduit. Passé ce stade, la plante a besoin de plus d'espace et de nutriments qu'un bac de 18 cm ne peut en donner. Le bon moment pour la déplacer arrive tôt, avant que les racines ne se serrent dans la maille.
Sources
- Harrington, J. F. Oregon State University Extension. Soil temperature conditions for vegetable seed germination.
- University of Maryland Extension. Starting Vegetable Seeds Indoors.
- University of Maryland Extension. Hardening Off Vegetable Seedlings.
- University of Illinois Extension. Spring Greens.
Questions frequentes
Peut-on remplir le bac de germination en plein hiver ?
Oui, à une condition : la lumière. Entre novembre et février, une fenêtre ordinaire donne trop peu d'heures utiles et les pousses s'étirent vers la vitre. Une ampoule horticole au-dessus du bac remet les journées à niveau, et le démarrage redevient possible toute l'année.
Combien de jours faut-il attendre avant la levée ?
Cela dépend de la température du bac, pas de la date : une espèce dont l'optimum est proche de la température de la pièce lève plus vite qu'une espèce exigeante en chaleur. Les retours que nous recevons sur ce bac mentionnent une levée en 8 à 10 jours.
Faut-il choisir une date précise dans le calendrier ?
Aucune date universelle : la bonne question est de combien de semaines la plante a besoin à l'intérieur avant sa mise en terre. Une salade se contente de deux à quatre semaines, une tomate en demande cinq à six. Comptez à rebours depuis la date de plantation, pas depuis le début du printemps.
Que faire si rien ne lève au bout de quinze jours ?
Trois vérifications, dans cet ordre : le niveau d'eau, qui doit toucher le bas des paniers sans recouvrir la graine ; la profondeur de semis, quelques millimètres suffisent ; la fraîcheur des graines, un sachet entamé depuis trois ans étant le premier suspect. Si la pièce descend la nuit sous 16 °C, la cause est probablement là : à cette température, les espèces les plus frileuses restent bloquées.
