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Tronc d'un jeune pommier au débourrement, bande collante jaune enroulée sous le point de greffe, premières feuilles ouvertes au-dessus
Le repère n'est pas la date mais l'état de l'arbre : la ceinture se pose quand les bourgeons s'ouvrent, avant que les premières colonies ne s'installent.

Quand poser une bande de glu sur un fruitier : lire l'arbre plutôt que le calendrier

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Une bande de glu ne travaille que pendant les semaines où quelque chose marche sur le tronc. Le reste de l'année, elle pend autour de l'écorce sans rien intercepter. Poser une bande de glu sur un fruitier revient donc à choisir un moment. Ce moment n'est pas une date du calendrier : il se lit sur l'arbre, sur ses bourgeons et sur la première pousse venue. Voici les trois fenêtres qui comptent dans une année, ce qui circule à chacune, et ce qu'une pose en retard laisse passer.

La date change d'une année sur l'autre

Les insectes du verger ne se règlent pas sur le calendrier, ils se règlent sur la température accumulée. Les pièges de suivi du carpocapse se mettent ainsi en place avant que 175 degrés-jours Fahrenheit ne se soient accumulés depuis le 1er janvier, d'après le suivi du carpocapse de la Washington State University. Le repère de terrain, plus facile à lire, est le stade du bouton rose. Autrement dit, la date se déduit de la chaleur de l'année, pas d'une habitude prise un printemps où tout était en avance.

Le débourrement joue le même rôle pour la faune du tronc. Les œufs de géométrides, ces papillons dont la cheimatobie est l'espèce la plus connue du verger, hivernent sur les rameaux. Ils éclosent au moment précis où les bourgeons s'ouvrent, comme le rappelle la fiche cheimatobie et hibernie d'Ephytia, la base de protection des plantes d'INRAE. La chenille sort donc quand la feuille est là pour la nourrir, et votre bande doit être en place avant, pas après.

Bourgeons d'un pommier qui s'ouvrent sur un rameau court, jeunes feuilles vert tendre, ciel gris de début de printemps en arrière-plan
Le débourrement est le premier repère : c'est lui qui déclenche l'éclosion des œufs hivernants et la montée des premières fourmis.

Avant le débourrement, il n'y a rien à arrêter

De janvier à la mi-mars, selon les régions, le tronc d'un fruitier est une route vide. Les fourmis ne montent pas encore, faute de miellat à récolter. Les chenilles hivernantes sont dans la litière, sous forme de nymphes. Les œufs attendent la chaleur. Une ceinture collante installée dans cette période ne prend que les premiers insectes qui se réveillent, souvent des auxiliaires sortis avant les ravageurs.

Il y a une exception, et elle est de taille : chez les géométrides, les femelles aptères grimpent après les premiers froids, et la ponte s'étale jusqu'en janvier. Si votre fruitier a subi des dégâts de chenilles arpenteuses au printemps, la bande utile est celle de l'automne précédent, pas celle de mars. Nous y revenons plus bas.

Dans tous les autres cas, la pose précoce coûte plus qu'elle ne rapporte. Le rouleau ne se conserve pas indéfiniment : la surface collante prend la poussière et les débris, et une bande posée en février arrive au débourrement avec une couche déjà chargée.

Le premier rendez-vous : la montée des fourmis

Dès que les bourgeons s'ouvrent, les pucerons fondent leurs colonies sur les jeunes pousses, et les fourmis montent les élever. Ce n'est pas une image : le puceron cendré, un ravageur majeur du pommier en Europe, est visité par la fourmi noire des jardins, qui l'élève et le défend. Une expérimentation menée dans deux vergers britanniques éloignés l'un de l'autre a mesuré ce que change une exclusion des fourmis. En les écartant du début de saison sur une partie des arbres infestés, les populations de pucerons cendrés se sont développées moins vite. Elles sont aussi restées plus petites que sur les arbres laissés aux fourmis, comme le rapporte cette étude sur l'élevage des pucerons par les fourmis publiée dans Agricultural and Forest Entomology.

Le détail qui compte pour vous est le mot « début ». Une barrière posée quand les colonies sont déjà installées ne fait plus rien : elle coupe une route que les fourmis ont déjà franchie, et le puceron protégé continue de se multiplier en hauteur. Le signal à guetter est double. Les premières feuilles s'étalent sur les pousses de l'année, et une file sombre apparaît sur l'écorce, du pied vers les branches. Tant que vous ne voyez pas cette file, vous êtes dans les temps, et les fourmis qui montent le long du tronc peuvent encore être coupées avant la colonie.

Le deuxième rendez-vous : la descente des larves

Le carpocapse, la chenille qui creuse une galerie dans la pomme, termine sa croissance dans le fruit. Une fois adulte, elle quitte la pomme et cherche un abri sur l'arbre ou à son pied pour tisser son cocon. La descente suit donc les générations : la première quitte les fruits à la fin du printemps ou au début de l'été, et la plupart de ses larves donnent de nouveaux papillons quelques semaines plus tard. La génération suivante reste dans les fruits jusqu'à la fin de l'été, et ses larves matures descendent à partir de la mi-août, jusqu'en septembre. Ce sont elles qui passent l'hiver.

C'est la fenêtre la plus facile à rater, pour une raison matérielle : la bande posée au débourrement a vécu. Elle s'est chargée d'insectes, elle a bruni, sa surface saturée ne retient plus rien. Une larve qui descend sur une ceinture déjà pleine traverse sans s'arrêter. Deux solutions, aussi valables l'une que l'autre : remplacer la bande à ce moment-là, ou en poser une seconde au-dessus de la première.

Pomme encore sur l'arbre portant un trou de sortie brun entouré de sciure, bande collante jaune sur le tronc en dessous, feuillage d'été
Une larve qui a terminé sa croissance quitte le fruit et gagne l'écorce : c'est cette descente que la ceinture intercepte, pas la galerie déjà creusée.

Le troisième rendez-vous : la montée d'automne

C'est la fenêtre que la plupart des jardins manquent, parce qu'elle ne ressemble pas à une saison de traitement. Après les premiers froids, les géométrides adultes sortent du sol. Les femelles, privées d'ailes utilisables, montent alors le long du tronc jusqu'à la couronne, où les mâles ailés les rejoignent avant la ponte, comme le décrit la fiche géométrides d'Ephytia. La ponte s'étale de la fin de l'automne jusqu'en janvier, sur l'écorce des rameaux les plus fins, et les œufs passent l'hiver là.

Une femelle qui grimpe ne vole pas : elle marche, et elle marche sur le tronc. Une bande en place en octobre l'arrête avant la ponte, ce qu'aucune intervention de printemps ne remplacera, puisque les œufs pondus en décembre ont déjà éclos quand vous posez en mars. Si vous choisissez cette fenêtre, la bande reste dehors tout l'hiver et se contrôle une ou deux fois entre décembre et février.

Trois fenêtres, trois travaux

PériodeCe qui circule sur le troncCe que la bande fait
DébourrementFourmis qui montent élever les puceronsCoupe la montée avant que les colonies ne s'installent
Fin de printemps à l'automneLarves du carpocapse qui quittent le fruit, en deux générationsRetient la descente si sa surface n'est pas déjà saturée
Fin d'automne à janvierFemelles aptères des géométrides qui montent pondreIntercepte la montée avant la ponte, bande laissée en hiver

Le même verger ne débourre pas d'un seul coup

Un fruitier palissé contre un mur exposé au sud ouvre ses bourgeons bien avant le même arbre planté en plein vent, à l'ombre du matin. La pente, l'altitude et la réserve d'eau du sol déplacent aussi le calendrier. Toutes les espèces ne partent pas ensemble non plus : un prunier ou un abricotier débourrent avant un pommier. Sur un jeune fruitier, cette avance rend la date encore plus difficile à tenir.

La conséquence pratique est simple : la pose se décide arbre par arbre, pas un dimanche pour tout le jardin. Vous coupez quelques longueurs d'avance, vous habillez l'arbre le plus précoce, et vous revenez vers les autres quand leurs bourgeons bougent à leur tour. Un arbre en avance dont la bande est posée deux semaines trop tard a laissé passer sa fenêtre.

Ce que la bande propre vous apprend

Une ceinture neuve dit aussi si vous avez visé juste. Restée intacte dix jours après le débourrement, avec sa surface jaune et nue, elle indique qu'aucune file de fourmis n'emprunte ce tronc : soit vous avez posé avant l'heure, soit l'arbre n'est pas visité cette année. Chargée en quelques jours, elle confirme au contraire que la fenêtre était la bonne.

Ce qu'une pose tardive ne rattrape pas

La ceinture travaille sur ce qui rampe, jamais sur ce qui est déjà en place. Un puceron installé dans une pousse enroulée ne redescend pas, et une chenille dans la chair d'une pomme ne repasse pas par le tronc. Le geste utile arrive donc toujours avant l'installation, et une bande posée une fois les dégâts visibles ne fait que constater.

Il reste une raison de la poser quand même : la bande suivante. Un arbre attaqué cette année sera visité l'an prochain aux mêmes périodes, par les descendants de la génération que vous venez de voir. Poser la ceinture à la fin de la saison, c'est relever ce qui circulait et préparer la fenêtre d'après. La bande chargée se retire, le tronc se nettoie, et le rouleau se coupe à la longueur mesurée.

Tronc d'arbre fruitier ceinturé d'un ruban collant jaune parmi des feuilles mortes, premières gelées blanches sur l'herbe, lumière basse d'automne
La fenêtre d'automne se reconnaît aux premiers froids : les femelles aptères montent à pied et la bande les arrête avant la ponte.

Ce que le rouleau demande de prévoir

Les trois fenêtres ne réclament pas le même métrage. Une bande par tronc et par fenêtre donne le calcul le plus simple : un fruitier suivi sérieusement consomme deux bandes par an, trois si vous couvrez aussi la ponte d'automne.

Le format court convient à ce programme : une bande de glu arbre fruitier de dix centimètres de large se découpe au fur et à mesure des besoins, sans chute perdue.

Sur chaque coupe, prévoyez de quoi recouvrir le départ. Traitez aussi la longueur annoncée de deux mètres comme un plafond : sur ce format, un acheteur a mesuré 170 cm sur le rouleau reçu.

Si votre programme couvre plusieurs arbres ou les trois fenêtres, les longueurs de ruban plus généreuses évitent de recoller deux bandes sur un même tronc.

Faites ce calcul avant de couper, pas après. Le rouleau se range ensuite à plat, au sec et à l'abri de la poussière, et ressort au moment de chaque pose plutôt que de rester dehors entre deux fenêtres.

Questions frequentes

Une bande posée en janvier sert-elle à quelque chose ?

Presque à rien sur un fruitier, sauf si vous visez les femelles aptères des géométrides, qui grimpent encore jusqu'en janvier. Passé ce moment, le tronc est vide : les colonies de pucerons ne sont pas fondées, les chenilles sont dans la litière et les œufs attendent le débourrement. Une bande posée trop tôt passe trois mois dehors à se charger de poussière et d'insectes sans cible, et elle arrive fatiguée au vrai rendez-vous.

Peut-on poser la bande quand l'arbre est en fleurs ?

Rien ne l'interdit, mais vous avez déjà manqué le coche. Les fourmis montent avec les premières pousses, plusieurs semaines avant l'ouverture des fleurs : à la floraison, une partie des colonies est installée dans la ramure et la bande ne les atteint plus. Une ceinture sur le tronc ne gêne pas les butineurs, qui volent de fleur en fleur sans passer par l'écorce.

Combien de poses faut-il prévoir dans l'année ?

Deux bandes neuves pour un arbre réellement attaqué : une au débourrement, une seconde quand la première génération de chenilles quitte les fruits. Si vous visez aussi la ponte d'automne des géométrides, la ceinture posée après les premiers froids est une troisième bande, et elle se retire en fin d'hiver. Une bande saturée ne sert jamais deux saisons de suite.

Que faire si le débourrement me surprend avant la pose ?

Posez la bande le jour même. La montée des fourmis s'étale sur plusieurs semaines après l'ouverture des bourgeons, et une ceinture posée avec deux jours de retard intercepte encore l'essentiel du passage. Le cas à part est celui d'un arbre dont les colonies sont déjà installées dans les pousses : la bande n'arrêtera plus rien en hauteur, et le geste utile se reporte à la descente des larves ou à l'automne.

Sources