Dès les premières soirées fraîches, la question revient sur les terrasses et les balcons : peut-on prolonger le repas dehors sans grelotter, et à quel prix. Les rayons du marché proposent deux grandes familles d'appareils, radiants et à convection, et les avis se contredisent. Plutôt que de trancher au ressenti, nous avons regardé ce que dit la physique du transfert de chaleur, ce que mesure la recherche sur l'infrarouge, et ce que les sources publiques rappellent sur la consommation et le monoxyde de carbone.
En bref
Deux appareils, deux physiques. Le radiant à infrarouge chauffe les corps et les surfaces qu'il éclaire ; le convecteur chauffe l'air, qui se disperse aussitôt dehors. C'est pour cela que le rayonnement tient mieux en extérieur, ce que l'interdiction professionnelle de 2022 résume à sa façon : chauffer l'air d'un espace ouvert, c'est chauffer en pure perte. La consommation dépend d'abord de la puissance et de la durée d'allumage, et tout appareil à combustion demande une aération réelle, sous peine de produire du monoxyde de carbone.
Deux façons de chauffer, deux physiques différentes
La chaleur se transmet de trois manières : par conduction (le contact direct), par convection (le déplacement d'un fluide, ici l'air) et par rayonnement (des ondes qui traversent l'air sans le réchauffer). Un chauffage de terrasse joue sur les deux dernières, et le choix entre elles change tout en extérieur.
Un appareil à convection, comme un radiateur soufflant, réchauffe l'air autour de lui. Cet air chaud, plus léger, monte et se mélange à l'air ambiant. En intérieur, dans un volume fermé, la pièce finit par se réchauffer. En extérieur, il n'y a pas de volume à remplir : l'air chaud s'élève et s'en va.
Un appareil radiant fonctionne autrement. Sa résistance ou son brûleur porte une surface à haute température, qui émet un rayonnement infrarouge. Ce rayonnement traverse l'air presque sans le chauffer, puis il est absorbé par ce qu'il rencontre : votre peau, vos vêtements, la table, le sol. Vous ressentez cette chaleur de la même façon que celle du soleil sur le visage un jour d'hiver, alors que l'air, lui, reste froid.
Pourquoi la convection se perd dehors
Le point faible de la convection en extérieur tient en un mot : le vent. Le moindre courant d'air remplace l'air que l'appareil vient de réchauffer par de l'air froid, et le travail est à refaire en permanence. Le rayonnement, lui, ne dépend pas de l'air : tant que rien n'arrête les ondes entre l'appareil et vous, elles vous atteignent, brise ou pas.
Ce constat n'est pas une opinion de fabricant. C'est ce raisonnement qui a conduit les pouvoirs publics à interdire, sur le domaine public depuis le 31 mars 2022, le chauffage des terrasses de cafés et de restaurants. Le texte ne vise pas seulement le gaz : il vise le principe même de dépenser de l'énergie pour chauffer un air extérieur qui se renouvelle sans cesse. Chez un particulier, l'usage reste autorisé, mais la physique est la même : plus la terrasse est ouverte, plus la part perdue est grande.
Ce que mesure la recherche sur l'infrarouge
Si le rayonnement est mieux adapté, encore faut-il que l'appareil le produise efficacement. Une équipe du Trinity College de Dublin a construit un banc de mesure du rendement radiant des éléments chauffants à infrarouge, en balayant l'espace autour d'un élément céramique du commerce avec un capteur de flux porté par un bras robotisé. Leurs résultats, publiés dans la revue Applied Energy en 2016, portent deux enseignements simples.
D'abord, la part d'énergie réellement émise sous forme de rayonnement dépend fortement de la puissance envoyée dans l'élément : un même appareil n'a pas un rendement radiant fixe, et ce qui ne part pas en rayonnement s'échappe en chaleur de convection, celle qui se perd dehors. Ensuite, la part captée par une surface placée face à l'élément dépend de la distance, mesurée ici entre 10 et 50 cm : ce qui est cohérent avec l'étalement du rayonnement : plus vous vous éloignez, moins une même surface en reçoit.
Deux conséquences pratiques en découlent. Un radiant se choisit à une puissance cohérente avec la surface à couvrir, et il se place assez près des personnes, orienté vers elles, plutôt qu'accroché haut et loin où une part croissante du rayonnement se perd dans le vide.
La consommation réelle, appareil par appareil
Les ordres de grandeur sont faciles à poser. Un appareil électrique de 2 kW consomme 2 kWh par heure de fonctionnement, ni plus ni moins. Un appareil au gaz suit la même règle : sa puissance nominale, multipliée par la durée d'allumage, donne l'énergie consommée, et la notice indique en général le débit de gaz correspondant.
Ces deux énergies ne pèsent pas le même poids côté climat. L'électricité n'émet rien à l'endroit où vous l'utilisez ; son empreinte dépend de la façon dont elle a été produite. Le propane, lui, émet directement en brûlant : d'après la base de facteurs d'émission de l'ADEME, sa combustion dégage près de 0,27 kg d'équivalent CO2 par kilowattheure. Un appareil à gaz de 12 kW, à titre d'exemple, laissé en marche trois heures brûle 36 kWh et rejette ainsi de l'ordre de 10 kg de CO2 dans la soirée.
La leçon n'est pas de diaboliser un type d'appareil, mais de retenir ce qui commande la dépense : la puissance installée et surtout la durée d'allumage. Un radiant que l'on déclenche le temps d'un repas, puis que l'on éteint, reste raisonnable. Le même appareil laissé allumé toute une soirée, sur une terrasse ouverte au vent, devient un gouffre.
Le monoxyde de carbone, l'autre sujet du chauffage de terrasse
Tout appareil qui brûle un combustible, gaz naturel, butane, propane, bois ou charbon, produit du monoxyde de carbone quand la combustion est incomplète. Or ce gaz est indétectable par nos sens : il ne se voit pas et ne se sent pas, et environ 1 300 épisodes d'intoxication accidentelle sont déclarés chaque année aux autorités sanitaires.
Le lien avec l'aération est direct. En plein air, le peu de monoxyde de carbone émis se disperse dans l'atmosphère et le risque reste faible. Dans un espace fermé ou mal ventilé, sa concentration peut monter rapidement et devenir dangereuse. C'est tout le paradoxe des terrasses closes que la réglementation autorise encore à chauffer : plus une terrasse est fermée pour retenir la chaleur, plus elle a besoin d'une aération franche si un appareil à gaz y fonctionne.
D'où deux règles que rappellent les autorités sanitaires, qui déconseillent aussi de faire fonctionner un chauffage d'appoint à combustion plus de deux heures de suite. On ne chauffe jamais un espace clos, une véranda, un garage ou un abri, avec un brasero, un barbecue ou un appareil prévu pour l'extérieur. Et un appareil à gaz destiné à la terrasse ne s'utilise que dans un espace réellement ouvert ou largement ventilé, jamais confiné pour gagner quelques degrés.
Ce qu'on en retient pour une terrasse de particulier
La science ne dit pas qu'il faut renoncer à chauffer dehors. Elle dit comment le faire sans gaspiller ni prendre de risque. Pour un usage ponctuel et bien ciblé, le rayonnement infrarouge est le mode adapté à l'extérieur, parce qu'il vous atteint sans dépendre de l'air. Un appareil électrique radiant reste le plus simple à maîtriser sur un balcon ou une petite terrasse abritée : on l'allume près des personnes, le temps qu'il faut, on l'éteint ensuite.
Le gaz garde du sens pour de plus grandes surfaces sans électricité à proximité, mais à deux conditions non négociables : un espace ouvert ou franchement aéré, et jamais un appareil détourné de son usage. Enfin, la meilleure économie reste gratuite : un plaid, un coupe-vent bien placé et une soirée un peu plus courte font souvent le même travail qu'un appareil poussé au maximum.
Pour comprendre comment nous vérifions chaque chiffre et chaque étude citée ici, vous pouvez consulter notre page Sources et méthode.
Questions frequentes
Rayonnement ou convection, quelle différence pour une terrasse ?
Un appareil radiant, dit à infrarouge, chauffe directement les corps et les objets qu'il éclaire, comme le fait le soleil. Un appareil à convection réchauffe l'air, qui monte et se disperse aussitôt en extérieur. Sur une terrasse ouverte, la chaleur de convection part avec le moindre courant d'air, tandis que le rayonnement continue de vous atteindre. C'est pour cette raison que la plupart des appareils conçus pour l'extérieur sont des radiants.
Combien consomme un chauffage de terrasse ?
Un appareil électrique de 2 kW consomme 2 kWh par heure de fonctionnement, et un appareil au gaz se lit de la même façon : sa puissance en kilowatts multipliée par la durée d'allumage donne l'énergie brûlée. La consommation dépend surtout de la puissance et de la durée : un radiant que l'on n'allume que le temps d'un repas coûte bien moins qu'un appareil laissé en marche toute une soirée.
Un chauffage au gaz sur une terrasse fermée est-il dangereux ?
Tout appareil qui brûle un combustible produit du monoxyde de carbone quand la combustion est incomplète, un gaz qui ne se voit pas et ne se sent pas. En plein air, ce gaz se disperse. Dans un espace fermé ou mal aéré, sa concentration peut monter vite et devenir dangereuse. Une terrasse close, une véranda ou un abri de jardin ne se chauffent jamais avec un brasero ou un barbecue, et un appareil à gaz de terrasse ne s'y utilise qu'avec une aération large et permanente.
Le chauffage de terrasse est-il interdit ?
L'interdiction en vigueur depuis le 31 mars 2022 vise le domaine public : les terrasses de cafés et de restaurants installées sur le trottoir ou la voirie. Chez un particulier, sur son propre balcon ou sa terrasse, le chauffage reste autorisé. La raison de l'interdiction commerciale reste utile à connaître pour tous : chauffer l'air d'un espace ouvert revient largement à chauffer dehors en pure perte.
Sources
- ADEME, Base Carbone, facteurs d'émission (propane). Combustion du propane, de l'ordre de 0,27 kg CO2e par kWh PCI.
- K.J. Brown, R. Farrelly, S.M. O'Shaughnessy, A.J. Robinson, Energy efficiency of electrical infrared heating elements, Applied Energy, vol. 162, 2016. Rendement radiant fonction de la puissance de l'élément, part captée variable avec la distance (plans de 10 à 50 cm).
- Légifrance, Décret n° 2022-452 du 30 mars 2022 relatif à l'interdiction de l'utilisation sur le domaine public en extérieur de systèmes de chauffage ou de climatisation.
- Service-public.fr, Chauffage : attention aux intoxications au monoxyde de carbone. Gaz indétectable, environ 1 300 épisodes accidentels déclarés par an, aération, chauffage d'appoint limité à 2 heures de suite.
