Hiverner ses coussins de jardin : lavage, séchage, rangement
Un hivernage réussi tient en trois gestes dans le bon ordre : rentrer les coussins, laver la housse, sécher avant de ranger. La plupart des galettes perdues en une saison ne meurent pas du froid, elles meurent d'avoir passé six mois humides dans un local clos ou sous une bâche. Voici le calendrier et les gestes, jusqu'à la remise en forme du printemps.
Ce qu'un hiver dehors fait vraiment à une galette
Le froid sec abîme peu un coussin. La mousse perd un peu de souplesse sous zéro degré et la retrouve au réchauffement, rien de durable. Ce qui abîme, c'est l'eau qui reste. La pluie d'octobre entre par les coutures et les mailles du tissu, descend au cœur de la mousse, puis ne s'évapore plus : les journées courtes et l'air chargé d'humidité ne sèchent plus rien avant mars.
C'est là que les moisissures prennent le relais. Sur des textiles poussiéreux exposés à des niveaux d'humidité contrôlés, une étude publiée dans Microbiome relève une croissance fongique dès que l'humidité relative dépasse 75 pour cent ; sur d'autres supports, le seuil exact change, mais l'ordre de grandeur reste celui-là. Un coussin de jardin remplit toutes les conditions : de la poussière, du pollen, des restes organiques, et une humidité qui stagne des semaines. L'auréole grise qui apparaît au printemps sur une galette qui a moisi après la pluie n'est pas une tache de pluie, c'est une colonie installée.
La mousse elle-même vieillit mal dans l'humidité prolongée. Les travaux du Centre de recherche sur la conservation des collections de Paris sur les mousses de polyuréthane vieillissantes décrivent une dégradation accélérée par l'humidité, la chaleur et la lumière ensemble : le polymère se coupe, la mousse se fragilise. Une galette qui a pris l'eau plusieurs fois d'affilée ne revient jamais tout à fait à son moelleux d'origine. Et le tissu continue de travailler même en automne : les fibres de polyester se fragmentent sous le rayonnement ultraviolet sur des durées de plusieurs mois d'exposition.

Le bon moment pour rentrer : avant que la pluie ne sèche plus
Tout se joue sur une fenêtre de deux à trois semaines, entre la fin septembre et la mi-octobre selon les régions. Le vrai signal se lit au rythme du séchage : le jour où les galettes restent mouillées d'un matin à l'autre, la saison des nuits humides a commencé. Les coussins de la belle saison, eux, peuvent rester dehors une fois essuyés, il suffit de rentrer les galettes les soirs d'annonce pluvieuse.
Ceux qui n'ont ni lien ni sangle sont les plus faciles à rentrer, précisément parce qu'ils se posent. Une galette de siège rond se ramasse d'une main en passant, rien à dénouer ni à décrocher. Le soir où les premières grandes pluies arrivent, la différence entre une galette rentrée en cinq secondes et une bâche tendue à la lampe torche se voit en avril.
Laver : la housse part en machine, la mousse jamais
L'hivernage commence par un lavage, parce qu'un coussin rangé sale se dégrade au chaud. Une tache de pollen, de sauce ou de boisson contient de quoi nourrir les moisissures pendant tout le stockage : vous leur mettez le couvert pour l'hiver. Le lavage se fait une à deux semaines avant le rangement, le temps de sécher sans précipitation.
Le geste clé est sur le chant du coussin : une glissière, souvent invisible, ouvre la housse et donne sur le noyau de mousse. Ouvrez-la, sortez le noyau, lavez la housse seule en machine, programme doux, essorage réduit. Le noyau, lui, ne se lave jamais : la mousse à mémoire de forme est alvéolaire, l'eau y entre et n'en sort plus, un noyau immergé met des jours à sécher et ressort déformé. Une tache localisée sur la mousse se traite à l'éponge humide bien essorée, puis séchage complet.
Avant la machine, passez par un brossage à sec. Secouez la housse dehors et brossez-la dans le sens du tissu au-dessus d'une poubelle. La moitié des saletés de la saison, terre fine, pollen, restes de feuilles, part ainsi. Ce qui part à sec ne part pas dans la machine à salir le tambour ni à s'incruster dans les fibres mouillées. Les taches localisées, une auréole de boisson ou une trace de terre, se traitent avant le cycle complet, à l'eau savonneuse et en tamponnant : frotter étale la tache et fatigue le tissu.
Deux précautions de lavage comptent. D'abord, un lavage à température haute rétracte la housse : gardez 30 degrés et remontez la housse encore légèrement humide en tirant doucement sur les bords, elle reprend sa forme sur le noyau. Ensuite, si vous hésitez entre mémoire de forme et mousse classique pour un usage dehors, le comparatif entre coussin mémoire de forme et classique explique ce que chaque garnissage supporte, et ne supporte pas.

Sécher, vraiment sécher
Un coussin mal séché annule tout le lavage. L'objectif est simple : housse et noyau complètement secs avant le remontage et le rangement, sinon l'humidité restante travaille tout l'hiver dans le local fermé.
La housse sèche à plat sur un étendoir, en évitant les pinces qui marquent le tissu, et jamais au sèche-linge. Le noyau sèche à plat ou sur chant, dans un courant d'air, sans aucune source de chaleur directe : un radiateur ou un sèche-cheveux collé à la mousse la cuir en surface avant que l'intérieur ne soit sec. Le test final se fait au toucher, dans la couture du chant et entre le noyau et la housse : tout doit être sec, pas seulement la surface. Par beau temps, comptez une demi-journée. Par temps couvert, doublez, et attendez le jour suivant plutôt que de ranger une galette encore tiède d'humidité.
C'est le même calcul pour les grandes galettes de banc entre deux saisons : mieux vaut rentrer et sécher que couvrir et espérer. La bâche retient la pluie directe, elle ne retire rien à l'eau déjà dans la mousse.
Ranger : sec, sombre, pas comprimé
Le local idéal est sec, à l'abri de la lumière et hors des variations fortes de température : un placard, une cave saine, un grenier non humide, un coin de garage à l'écart de la porte. Une cave qui sent le renfermé après la pluie est le pire endroit, c'est là que les galettes reviennent tachées. En cas de doute sur un local, posez les coussins sur une étagère ou dans une caisse, jamais à même le sol : l'humidité remonte du béton.
Trois règles de rangement font la différence. À plat plutôt que sur chant ou roulée, pour que la mousse ne marque pas de pli durable. Dans une caisse percée de quelques trous ou un couvercle entrouvert plutôt qu'un sac plastique fermé, l'air doit circuler. Sans charge posée dessus : une pile de cartons sur une galette fine de coussin la comprime toute la saison, et la mémoire de forme garde alors la marque de la compression.
Un mot pour les galettes qui ne vivent pas dehors. Une galette posée sur un tabouret d'entrée ou une chaise de véranda fermée ne connaît ni la pluie ni la rosée : elle n'a pas d'hivernage à proprement parler, un lavage de housse au changement de saison suffit. L'hivernage complet, lui, concerne les galettes qui prennent l'air : l'eau extérieure crée le problème, le froid y est pour peu de chose. Inutile de monopoliser un placard pour un coussin qui n'a jamais dépassé le seuil de la porte, sa housse profitera simplement d'un lavage quand le tissu marque le pas.

Au printemps : rendre son volume à la galette
Sortez les coussins une à deux semaines avant les premières assises, pas la veille. Posez chaque galette à plat sur son siège, housse fermée, à température ambiante : la mousse reprend son volume en une journée, deux si la galette a passé l'hiver compressée. Les plis de stockage s'effacent dans le même temps. Une marque encore nette après deux jours à plat ne partira plus, elle devient une cicatrice discrète qui ne change rien au confort.
Profitez de cette remise en forme pour un contrôle de deux minutes : le tissu aux coutures, le chant à la glissière, l'odeur du noyau quand la housse est ouverte. Une odeur de renfermé qui persiste après une journée d'air dit que la galette a pris l'humidité pendant le stockage, il faut la ressortir et la sécher avant la première utilisation. Un point de moisissure débutant, un duvet gris au coin d'une couture, se brosse à sec puis se tamponne d'eau vinaigrée, et la galette retourne sécher deux jours à plat avant de servir. C'est le seul moment de l'année où ce contrôle coûte si peu.
Une saison de plus commence, les sièges retrouvent leurs galettes, et le geste d'octobre se répète en mars à l'envers.
Sources
- Haines S. R., Hall E. C., Marciniak K., Misztal P. K., Goldstein A. H., Adams R. I., Dannemiller K. C., 2021, Microbial growth and volatile organic compound (VOC) emissions from carpet and drywall under elevated relative humidity conditions, Microbiome, 9(1), 209.
- Lattuati-Derieux A., Thao-Heu S., Lavédrine B., 2011, Assessment of the degradation of polyurethane foams after artificial and natural ageing by using pyrolysis-GC/MS and headspace-SPME-GC/MS, Journal of Chromatography A, 1218(28), 4498-4508.
- Sait S. T. L., Sørensen L., Kubowicz S., Vike-Jonas K., Gonzalez S. V., Asimakopoulos A. G., Booth A. M., 2021, Microplastic fibres from synthetic textiles: environmental degradation and additive chemical content, Environmental Pollution, 268, 115745.
