Quand couvrir son barbecue ? Le soir, à peu près tous les soirs, et pas seulement à partir d'octobre. Ce qui mouille un appareil de cuisson posé sur une table de balcon n'est pas la pluie, qui se voit venir, mais la nuit, qui travaille sans bruit. La toile se pose donc sur un appareil refroidi, et se relève dès que la surface a séché.
La nuit mouille plus que la pluie
Un appareil laissé dehors attrape l'eau de deux façons. La première est visible : une averse le trempe, et vous la voyez passer. La seconde ne se remarque que le lendemain matin, quand la surface de cuisson est piquetée de fines gouttes alors qu'il n'a pas plu de la nuit. C'est la rosée, cette eau que la nuit dépose sur tout ce qui voit le ciel, et un appareil posé sur une table de balcon en fait partie.
Ce dépôt n'a rien d'un accident de saison froide. Une étude menée sur un réseau de stations réparties du désert aux forêts a montré que la fenêtre nocturne couvre plus de 85 % des épisodes de rosée. Elle va de 20 heures à 7 heures le lendemain matin, et la rosée tient en médiane entre deux heures et demie et trois heures. Il faut pour cela un ciel dégagé, de l'air chargé d'humidité et guère de vent, des conditions qu'une nuit ordinaire de balcon réunit sans peine. Un appareil qui passe l'été dehors sans housse encaisse cette lame d'eau fine nuit après nuit, sans qu'aucune alerte météo ne l'ait annoncée.
Une averse, elle, vous fait sortir la toile le jour même. La rosée ne prévient personne : elle a déjà mouillé la plaque quand vous ouvrez les volets. Voilà pourquoi la question du bon moment se règle à l'heure, quand le calendrier des saisons n'y répond que de loin.
C'est aussi ce qui explique l'efficacité d'une housse, et sa limite. La rosée se dépose sur ce qui voit le ciel. Dès que la toile est en place, c'est elle qui se refroidit et qui se couvre de gouttes, et l'appareil passe la nuit à l'abri de ce dépôt. En revanche, la toile ne change rien à l'air qui l'entoure : sous elle, l'humidité reste celle du balcon. L'état de l'appareil au moment de la pose compte donc plus que l'épaisseur du tissu.
Le créneau du soir, entre la fin du repas et le coucher
La fenêtre utile a deux bornes. La première est la température de l'appareil : tant qu'il est chaud, la toile garde dessous un air qui ne demande qu'à se refroidir. La seconde est l'heure : les épisodes de rosée se concentrent entre 20 heures et 7 heures. Une toile posée au moment du coucher protège donc la quasi-totalité des nuits, et la déplier trois heures plus tôt n'ajoute rien.
L'état de l'appareil compte autant que l'heure. S'il a reçu une averse en fin d'après-midi, laissez-le finir de sécher à l'air, quitte à poser la toile une heure plus tard. Une housse posée sur une plaque mouillée emballe l'eau au lieu de l'écarter, et la nuit suivante commence avec ce passif.
En journée, entre deux usages, la question ne se pose presque pas. La rosée se dépose la nuit, pas à midi : couvrir un appareil tiède à 14 heures ne sert que face à une pluie annoncée. Si le ciel est franc et que vous rallumez le soir, laissez la toile pliée et reprenez-la au moment du coucher.
Ce que la nuit coûte, en heures
Les métallurgistes comptent cette eau en heures. Une campagne de mesures sur des aciers exposés en milieu urbain et en bord de mer donne l'ordre de grandeur sur deux sites italiens. À Milan, l'air reste assez humide pour que l'eau s'y dépose pendant 27 % des heures. À Bonassola, sur la côte ligure, la part grimpe à 86 % quand le seuil est abaissé à 60 % : les sels marins absorbent l'eau de l'air et font condenser plus tôt. Avec un seuil de 80 %, le même site retombe à 33 %.
La conséquence est dans la même étude : l'acier au carbone y perd environ 8 micromètres d'épaisseur par an à Milan, contre 76 à 79 micromètres par an au bord de la mer. Même acier, même pays, dix fois plus de métal rongé, et pour seule différence l'eau et le sel déposés à sa surface.
Le sel ne se dépose pas partout de la même façon. Un modèle entraîné sur des mesures de dépôt de chlorures en environnement côtier retient trois variables dominantes : l'occupation du sol, la vitesse du vent et l'orientation. Deux balcons de la même ville, l'un exposé aux vents venus du large, l'autre abrité par un immeuble, ne reçoivent donc pas la même dose.
Que fait la toile dans ce décor ? Elle ne rend pas l'air sec et elle ne filtre pas le sel. Elle empêche l'eau de se déposer directement sur la surface de cuisson et sur les résidus de graisse et de cendre qui y restent. Sur un appareil de table de 60 x 50 x 25 cm, cela suffit à changer la donne. Le volume est petit, la plaque est nue, et rien ne l'abrite du ciel tant qu'elle est posée sur une table. La housse à cordon prévue pour ce format se pose par le haut et serre l'ourlet à la base, ce qui couvre le dessus et les flancs, pas le dessous.
Le matin, la toile se lève

Couvrir le soir, découvrir le matin : le rythme utile tient dans ce va-et-vient. La rosée déposée pendant la nuit part avec le soleil, encore faut-il la laisser partir. Une toile qui reste en place toute la journée garde sous elle l'humidité de l'aube, à couvert du vent et du soleil. L'appareil passe alors sa journée dans un air plus humide que celui du balcon. Le cas est connu pour le mobilier, où l'eau enfermée sous une housse n'a plus qu'une sortie, la prochaine ouverture.
Découvrir ne veut pas dire ranger. Posez la toile dépliée sur un dossier de chaise ou sur un fil, jamais en tas sur elle-même : c'est le seul moment où elle peut sécher des deux côtés avant la nuit suivante. Si vous retrouvez la plaque humide sous la toile au réveil, laissez-la à l'air libre jusqu'à ce qu'elle soit franchement sèche, et repoussez la pose du soir si besoin.
Les soirs où la toile reste pliée
Il existe des soirs où couvrir ferait plus de dégâts que de bien. Le premier est celui d'une housse encore mouillée à l'intérieur : la remettre sur un appareil sec revient à le couvrir d'eau par contact. Suspendez-la pour la nuit, reprenez la pose quand elle est sèche.
Reste le vent. Un cordon serré tient l'ourlet autour de la base, il ne plaque pas la toile au sol, et rien dans les caractéristiques du produit ne chiffre de tenue au vent. Par nuit calme, l'ourlet bien serré suffit largement. Par vent fort, une toile qui claque frotte la surface de cuisson et les angles, et laisse des marques là où une nuit de rosée n'aurait rien fait. Si les rafales sont annoncées, mieux vaut laisser l'appareil à découvert ou le rentrer.

La toile, enfin, ne dure pas indéfiniment. Le rayonnement solaire dégrade les matériaux synthétiques et raccourcit leur durée de service. Une housse qui blanchit, dont le tissu devient raide ou dont l'enduit intérieur se craquelle a fini son office : elle couvre encore, mais l'eau qu'elle laisse passer reste dessous. La façon de la manipuler au quotidien aide à retarder ce moment.
Les nuits où vous n'êtes pas là
Un balcon de semaine ne suit pas ce rythme. On part avant le jour et l'on rentre à la nuit : la toile reste alors posée d'un soir à l'autre, sans aération matinale. La situation n'a rien d'alarmant si l'appareil était sec au moment de la pose, et elle vaut mieux qu'une plaque offerte nue à la rosée. Le point à surveiller est la toile elle-même : le jour où vous la retrouvez trempée d'un bord à l'autre au retour, c'est que l'air ne l'a plus séchée depuis longtemps.
Un départ en vacances pose la même question en plus grand. L'appareil se couvre sec, la veille du départ ou le matin même, jamais dans la précipitation d'une plaque encore tiède. Au retour, découvrez avant de juger : l'état de la toile et celui de la plaque disent si la quinzaine s'est bien passée.
Et si la plaque reste humide entre deux journées, ce n'est plus la nuit qui commande. L'hivernage sous housse prend alors le relais, avec ses repères de saison.
Alors, quand couvrir son barbecue ? Le soir, sur un appareil refroidi et sec, puis chaque soir tant que la surface sèche dans la journée. Le créneau se résume à deux vérifications : la plaque a refroidi, et elle est sèche. Tant que la surface est sèche le matin, la nuit précédente a été bien jouée, quelle que soit la saison.
Le reste dépend du balcon. Un étage exposé aux vents du large ne passe pas les mêmes nuits qu'un rez-de-chaussée abrité derrière un immeuble, et le sel y a sa part. Le compteur, lui, ne change pas : c'est le nombre de matins où vous trouvez la plaque mouillée qui décidera, avant vous, du moment où la toile mérite de rester en place.
Questions frequentes
Faut-il couvrir le barbecue tous les soirs, même en été ?
Oui, et c'est même la période où on l'oublie le plus. La rosée ne se dépose pas par temps froid, elle se dépose sur une surface qui s'est refroidie sous un ciel dégagé, ce qui arrive très bien en juillet. Une plaque laissée nue une nuit d'été se réveille mouillée, sans qu'aucune pluie ne soit passée. Le geste du soir coûte une minute, et il évite de remettre en route un appareil humide le lendemain.
Une nuit claire et sans vent est-elle plus sèche qu'une nuit couverte ?
C'est l'inverse. Le refroidissement qui dépose la rosée se fait par rayonnement vers le ciel : plus le ciel est dégagé, plus la surface descend vite sous la température de l'air, et plus l'eau s'y dépose. Un vent soutenu, lui, brasse l'air et limite ce refroidissement. Ce sont donc les nuits calmes et étoilées qui mouillent le plus, celles où l'on pense le moins à couvrir un appareil de table.
Un appareil posé sous un auvent reste-t-il sec la nuit ?
Souvent, oui, et ce n'est pas une question de pluie. La rosée se dépose sur les surfaces qui voient le ciel : sous un toit, cette vue est coupée, la surface se refroidit moins et l'eau se dépose beaucoup moins. La housse y garde son intérêt contre la pluie chassée par le vent, qu'un auvent n'arrête pas. Un simple mur, lui, ne protège de rien, et il peut même ralentir le séchage en coupant la circulation d'air.
Une nuit de gel compte-t-elle comme une nuit humide ?
Oui. La mécanique est la même que celle de la rosée, à quelques degrés près : quand la surface descend sous le point de givrage, la vapeur se dépose directement en givre, qui repasse à l'état liquide au dégel. Une nuit de gel sur une plaque nue laisse donc une surface mouillée au petit matin, au moment où l'appareil se réchauffe.
Sources
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- Paterlini L., Brenna A., Ceriani F., Gamba M., Ormellese M., Bolzoni F., 2024, Atmospheric Corrosion of Different Steel Types in Urban and Marine Exposure, Materials, 17(24), 6211.
- Terrados-Cristos M., Diaz-Piloneta M., Ortega-Fernández F., Martinez-Huerta G. M., Alvarez-Cabal J. V., 2025, Corrosion Risk Assessment in Coastal Environments Using Machine Learning-Based Predictive Models, Sensors, 25(13), 4231.
- Andrady A. L., Heikkilä A. M., Pandey K. K., Bruckman L. S., White C. C., Zhu M., Zhu L., 2023, Effects of UV radiation on natural and synthetic materials, Photochemical & Photobiological Sciences, 22, 1177-1202.

