Vous avez couvert la pile avant l'averse, la toile est annoncée imperméable, et vous retrouvez pourtant des chaises de jardin mouillées sous la housse. L'eau que vous essuyez entre les assises n'est pas forcément entrée cette semaine : dans une pile serrée, elle n'a plus d'issue et elle y reste jusqu'à ce que vous ouvriez. Voici où elle se loge, comment la distinguer de celle qui vient du ciel, et dans quel ordre remettre une pile qui a pris l'eau.
Pourquoi l'eau reste au milieu de la pile
Faire partir de l'eau demande deux choses : de l'énergie, apportée par le rayonnement solaire et la température de l'air, puis le renouvellement de l'air chargé, qui dépend surtout du vent. Une pile couverte ne remplit que la première, et seulement sur la toile : la surface sèche en une matinée au soleil, tandis que l'air enfermé sous l'ourlet ne se renouvelle plus. L'eau qui se trouve à l'intérieur n'a alors rien pour l'appeler dehors.
Ce volume fermé explique la chronologie que vous observez. Le dessus de la housse est sec, le haut des dossiers aussi, et l'humidité se découvre au milieu de la pile, au moment où vous séparez les chaises. Il n'y a pas besoin d'une toile poreuse pour en arriver là : un cordon bien serré suffit, et une housse parfaitement étanche fait même durer l'eau plus longtemps.
Rien ne s'arrange avec le temps. Une pile couverte humide en octobre passe l'hiver dans cet air confiné, et le séchage du printemps ne rattrape pas les mois passés au contact de l'eau. Le seul moment où l'on peut encore décider quelque chose est la pose : couvrir une pile sèche. Le reste de l'hivernage d'une pile de chaises suit ce principe du début à la fin.
Où l'eau se loge dans une pile de chaises
Le creux d'une assise est une cuvette. Dès qu'une chaise est posée sur une autre, les deux sièges forment une chambre où l'eau qui a ruisselé reste prisonnière, à l'abri du soleil et du vent qui la feraient partir ailleurs. C'est la réserve la plus mal placée de la pile, puisqu'elle touche directement l'assise du dessous, et celle qu'on découvre en dernier.

Les piètements ajoutent leurs propres volumes. Sur beaucoup de chaises de jardin, les pieds sont des tubes, et les raccords comme les embouts forment des creux plus profonds qu'ils n'en ont l'air. Une chaise debout ne vide pas ces réserves : l'eau y séjourne tant que personne ne la retourne pour la secouer. Un pied posé sur une dalle humide reste par ailleurs au contact d'un film d'eau pendant des jours, ce que l'emplacement retenu pour la pile peut aggraver.

Il faut y ajouter les creux du dossier, le logement des accoudoirs et la jonction entre l'assise et l'armature, où l'eau s'arrête sans trouver de sortie. Ces poches ont un avantage pour le diagnostic : elles laissent une ligne. Sur un textilène clair, l'eau qui a stagné marque un liseré plus sombre à la hauteur où elle s'est arrêtée. La hauteur de cette ligne vous dit si l'eau est entrée par le haut de la pile ou si elle n'en est jamais sortie.
La dalle elle-même renseigne. Si elle reste sombre sur toute la surface que la pile recouvre alors qu'elle est sèche tout autour, l'eau a traversé la pile et stagne dessous. Si elle est sèche partout, y compris sous les pieds, cherchez ailleurs : dans ce cas, l'eau trouvée entre les assises était là avant que la toile ne descende.
Distinguer l'eau du ciel de l'eau déjà prise
L'inspection se fait en deux temps, et l'ordre compte. Séparez d'abord la chaise du haut et regardez les deux assises qu'elle libère. Si elles sont humides alors que la toile et le haut des dossiers sont secs, l'eau n'est jamais sortie de la pile et vous savez quoi faire. Regardez ensuite le bas de la toile et la dalle autour des pieds. Un bas mouillé et une dalle sombre désignent un ruissellement arrêté trop haut, qui se règle à la pose en glissant l'ourlet sous les pieds avant de serrer le cordon.
Faites ce relevé après une journée sans pluie. Sur une pile qui vient de recevoir une averse, tout est humide au même niveau et les deux causes se confondent. Un jour de répit suffit à faire sécher la toile et le haut de la pile : ce qui reste mouillé après cela est ce qui n'a pas pu partir.
Deux autres causes traînent dans la famille des housses, et elles ne viennent pas de l'intérieur. Une toile tendue au-dessus d'une surface sèche qui laisse une tache humide s'élargir à l'envers a un enduit fatigué, et c'est alors la durée de vie de la toile de protection qui est en cause. Une housse qui laisse passer le jour à la lumière rasante, ou dont le format est trop juste d'une cote, laisse aussi entrer l'eau par où vous ne regardez pas. Dans les deux cas, aucun séchage ne tiendra tant que la toile n'est pas changée ou retendue.
Sécher une pile, dans quel ordre
Une fois le trajet identifié, le séchage suit toujours le même ordre : on commence par l'intérieur et on finit par la toile.
Tant que les chaises restent empilées, l'eau des creux n'a aucune raison de partir. Écartez-les sur la terrasse, ou couchez-les sur le côté le long du mur si la place manque, puis laissez passer une journée sans pluie. Un balcon étroit ne permet pas toujours d'aligner dix sièges : sortez au moins celle du haut et décalez les autres en quinconce, ce qui suffit à ouvrir un passage à l'air entre les assises.

Retournez ensuite chaque chaise et secouez-la. Les pieds tubulaires rendent leur eau par leur ouverture, souvent une goutte longtemps après l'averse, et les creux d'assise gardent un film qu'un chiffon enlève en un passage. Sur une assise en résine tressée, l'eau s'accroche entre les fils : passez le chiffon dans les deux sens, sans appuyer, et insistez sur la jonction avec l'armature, où l'eau s'arrête le plus longtemps.
Ne reformez la pile que lorsque les creux ne laissent plus de trace humide. Une chaise remise encore mouillée sous les autres rend son eau à l'assise du dessous, et le séchage est à recommencer. C'est le geste que l'on saute le plus souvent, parce qu'il demande d'attendre une journée de plus. Le contrôle est simple : passez le chiffon au fond du creux d'assise et regardez-le. Un chiffon sec signifie que la pile peut être refermée.
Quand la pile est sèche, la toile se pose par le haut, l'ourlet descend jusqu'aux pieds et le cordon se serre au ras du sol. Posée sur une pile humide, la même housse referme l'humidité pour la saison. Les journées grises qui n'en finissent pas ne changent pas la règle : mieux vaut laisser la pile ouverte un jour de plus que de la refermer sur une assise froide.
Ce que l'eau retenue laisse derrière elle
Aucune matière ne sort indemne d'une humidité qui dure, mais chacune paie à sa façon.
Sur un piètement en bois, l'humidité est le préalable au développement des champignons qui dégradent le matériau, et garder un bois sec reste le moyen le plus sûr de le conserver. Un pied posé sur une dalle mouillée aspire de l'eau par capillarité, et cette capacité du bois à exclure l'eau est ce qui départage les essences exposées dehors.
Un piètement métallique ne moisit pas, mais il n'apprécie pas davantage l'eau qui dure : la rouille s'installe d'abord aux assemblages et aux soudures, là où l'eau reste coincée. Une chaise en résine tressée ne rouille ni ne pourrit, mais elle marque. L'eau retenue au contact laisse une auréole claire ou un liseré sombre à l'endroit où l'assise touchait la toile ou le sol. Ces marques partent au nettoyage, à l'eau et à la brosse douce, le même geste que le nettoyage de fin de saison, et c'est leur répétition, saison après saison, qui les rend difficiles à effacer.
Le plus souvent, la housse n'y est pour rien
Quand les chaises ressortent humides, la housse est rarement la première responsable. Une toile neuve ne changerait le résultat que dans un seul cas, celui d'un enduit qui a lâché. Partout ailleurs, l'eau ne venait pas du ciel : la remplacer reviendrait à refermer le même volume sur la même humidité.
L'usure d'une toile se juge à ce qu'elle a reçu, pas à son âge. Un enduit fatigué laisse passer l'eau sans se déchirer, et c'est le test de la tache humide qui tranche. Vérifiez aussi le format : la housse à cordon pour pile de chaises est annoncée pour une base de 64 x 64 cm et 120 cm au dossier le plus haut. Comparez ces cotes au relevé de votre propre pile, car une housse juste sur une cote ne descend jamais jusqu'aux pieds.
Reste ce qu'aucune housse ne fera. Elle empêche l'eau d'entrer, elle n'évacue pas celle qui est déjà prise dans les creux, et elle ne sèche pas une pile couverte mouillée. L'heure passée à écarter les chaises et à vider leurs creux pèse plus lourd, saison après saison, que le choix du tissu.
Questions frequentes
Pourquoi les assises sont-elles humides le matin alors qu'il n'a pas plu ?
C'est le signe le plus courant de l'eau retenue dans la pile. Quand la toile et le haut des dossiers sont secs et que seuls les creux sont humides, la pluie n'y est pour rien : cette eau est là depuis la dernière averse ou depuis une nuit froide, et rien ne l'a fait partir.
Faut-il laisser l'ourlet ouvert après une longue pluie ?
Oui. Une journée de temps doux suffit à renouveler l'air qui stagne sous la toile. Refermez en fin de journée, avant que la pluie revienne, sinon vous remettez la pile dans la même situation.
Une housse peut-elle sécher une pile déjà mouillée ?
Non. Elle arrête l'eau qui tombe, elle ne fait pas partir celle qui se trouve dessous. Si vous devez couvrir une pile humide, faites-le après une journée sans pluie, une fois les creux essuyés, plutôt que le soir même de l'averse.
Mon bois a noirci sous la housse, faut-il le traiter ?
Le noircissement de surface part au nettoyage, à l'eau et à la brosse douce, une fois la pièce sèche. Ce qui compte pour la suite est le temps que ce bois passe mouillé : un pied qui trempe à chaque saison se dégrade plus vite qu'un pied qui sèche entre deux averses. Traiter ne remplace pas le séchage.
Sources
- Brischke, C. et Alfredsen, G. (2020). Wood-water relationships and their role for wood susceptibility to fungal decay. Applied Microbiology and Biotechnology, vol. 104, n° 9, p. 3781-3795.
- Humar, M., Vek, V., Oven, P., Lesar, B., Kržišnik, D., Keržič, E. et al. (2022). Durability and Moisture Dynamics of Douglas-Fir Wood From Slovenia. Frontiers in Plant Science, vol. 13, article 860734.
- FAO (1998). Crop evapotranspiration: guidelines for computing crop water requirements, chapitre 1 « Introduction to evapotranspiration ». FAO Irrigation and Drainage Paper 56.

