Un bac enterré ne s'arrête pas en novembre. Le couvercle affleure, la terre autour durcit à la première gelée, et sous cette surface tranquille le travail continue à un autre rythme. Savoir ce qui reste actif dans un composteur enterré en hiver sert à deux choses : faire les quelques gestes qui comptent, et s'abstenir des autres. Le thermomètre de la fenêtre, lui, ne dit rien de ce qui se passe vingt centimètres plus bas.
En bref
- Dans les vingt premiers centimètres, l'écart entre le jour et la nuit tombe sous le cinquième de ce qu'il vaut en surface : c'est la tranche de terre où travaille le bac.
- L'onde saisonnière, elle, descend beaucoup plus bas, et elle arrive en retard.
- Le froid ne stérilise pas le sol : la respiration microbienne reste mesurable près de 0 °C.
- Ce qui change en fin d'hiver, c'est la répartition du travail entre champignons et bactéries.
- Côté gestes : apports espacés, couvercle en place, et un repère visible à côté du bac.
Ce que la terre fait pendant que l'air descend sous zéro
Le bac mesure 21,2 cm de haut, couvercle compris, et il se pose de façon que sa collerette affleure au niveau du sol. Tout ce qui se composte tient donc dans les vingt premiers centimètres. C'est peu, et cela vaut la peine de regarder ce qui s'y passe : cette tranche de terre n'a pas le comportement de l'air au-dessus d'elle. Ce lombricomposteur extérieur travaille sur un autre rythme que la météo du jour.
La physique du sol est bien documentée. Dans un sol homogène, l'amplitude des oscillations de température diminue de façon exponentielle avec la profondeur, et il ne reste que 37 % du signal de surface à la profondeur dite d'amortissement. Celle-ci dépend de deux paramètres, la diffusivité thermique du sol et la période de l'oscillation. Dans l'exemple du cours, avec un sol de diffusivité 0,50 x 10⁻⁶ m² s⁻¹, elle vaut 11,7 cm pour l'onde du jour. Une amplitude de 7 °C en surface tombe alors à 3 °C à dix centimètres. Les maxima arrivent aussi de plus en plus tard : à 30 et 40 cm, le moment le plus chaud de la journée se produit la nuit, quand la surface est au plus froid.
L'onde saisonnière suit la même loi, avec une période beaucoup plus longue : sa profondeur d'amortissement atteint 2,24 m, dix-neuf fois celle de l'onde du jour. La conséquence pour votre bac est contre-intuitive. Dans les vingt centimètres où il travaille, ce que la terre a effacé, c'est l'écart entre le jour et la nuit, ramené sous le cinquième de sa valeur de surface. La saison, elle, passe presque entière, avec quelques jours de retard : janvier finit par arriver sous le couvercle, et c'est très bien ainsi, puisque c'est la saison que le contenu doit suivre.

À ce modèle, il faut ajouter sa limite : il suppose un sol homogène, ignore les transferts par convection et ne traite pas du tout le gel et le dégel. Il décrit une tendance, pas votre jardin, où la couche supérieure peut très bien se prendre en masse pendant quelques jours. Cela ne demande d'ailleurs aucune intervention : un contenu gelé en surface repart au dégel.
Le froid ne vide pas le sol, il change d'équipe
Une idée reçue veut que la vie du sol s'arrête au premier gel. Les mesures disent autre chose. Sur deux sols portés à différentes températures, entre 0 et 45 °C, la respiration du sol et les vitesses de croissance des bactéries et des champignons ont été suivies. Les deux vitesses de croissance passent par un optimum vers 25 à 30 °C. La respiration, elle, grimpe sur presque toute la plage et culmine vers 45 °C. Aux basses températures, la tendance s'inverse entre les deux groupes, les champignons y étant moins désavantagés que les bactéries. À quelques degrés au-dessus de zéro, un sol respire donc encore, simplement moins vite.
La répartition de cette activité change aussi avec la saison. Dans un sol forestier d'épicéas, la contribution des champignons à l'activité microbienne du sol passe d'environ 33 % en été à 16 % en fin d'hiver, après plusieurs mois sans apport de photosynthèse. Dans la litière, elle reste au-dessus de la moitié aux deux saisons mesurées. Transposez à votre bac : ce que vous versez tient lieu de litière, et c'est la couche du dessus, sous le couvercle, qui reste la plus travaillée. Voilà pourquoi il vaut mieux ne pas la retrouver détrempée au premier redoux.
Ce que le bac absorbe encore entre décembre et février
Votre cuisine ne connaît pas la saison : les épluchures arrivent au même rythme qu'en été, alors que le contenu, lui, ralentit. C'est le décalage entre les deux qui pose problème. La règle d'hiver tient en une phrase : versez ce que vous avez, en petites quantités, sans rattraper les jours où vous n'êtes pas passé. Un seau complet vidé d'un coup sur un contenu ralenti forme une masse compacte qui fermentera mal, et vous le sentirez au redoux, pas avant.
Le reste tient à l'emplacement. La collerette affleure, donc le bac vit sous vos pieds : la terre du pourtour se tasse avant tout le reste. Un sol nu et piétiné se croûte, l'eau ruisselle au lieu de descendre, et une terre tassée conduit la température plus profond qu'une terre meuble. Une toile de paillage tissée posée sur le pourtour règle les deux : son tissage laisse passer l'eau et l'air, et elle encaisse les pas à votre place. Un paillage organique fait aussi l'affaire, à condition de ne pas le coller contre la collerette.
En hiver, le niveau baisse lentement, et c'est normal : la même poignée d'épluchures met plus longtemps à disparaître. Fiez-vous à ce que la surface absorbe. Si la matière reste en tas au bout d'une semaine, il n'y a ni eau à ajouter ni mélange à faire : le froid tient le rythme, et il le rendra au printemps.

Le couvercle, la pluie et le gel
Au-dessus de la collerette, il n'y a qu'une pièce et elle fait tout le travail : le couvercle à baïonnette, deux ergots à cran, un quart de tour pour l'ouvrir, et la pluie reste dehors. En hiver, un couvercle mal remis se paie plus cher qu'en été. Le fonctionnement du bac enterré repose sur un fond fermé : l'eau qui entre n'a aucune raison de ressortir, à une saison où le contenu sèche très peu.
C'est la différence avec les autres composteurs de jardin : sur un contenant hors sol, la matière mûre se prélève par l'accès bas, qu'il faut ouvrir même les jours de pluie. Ici, rien à vidanger et rien à ouvrir sous les gouttes. Le gel, lui, ne demande qu'une chose : ne pas forcer. Un couvercle pris par la nuit se libère d'un quart de tour, la collerette dépassant du corps pour donner une prise même quand la terre affleure. Reste le cas de la neige, qui recouvre tout d'un coup : un bâton planté à quelques centimètres suffit à retrouver le bac sans gratter.

À quoi se voit la reprise du travail
La remontée des températures n'a pas de date fixe, et votre sol a la sienne. Le modèle rappelé plus haut en donne la raison : plus la diffusivité d'un sol est élevée, plus l'onde de température descend profond, et deux parcelles voisines ne se réchauffent donc pas au même moment. Une planche couverte et une planche nue non plus.
Ce que vous avez sous les yeux, en revanche, ne trompe pas. La surface du contenu s'affaisse, la matière brunit, l'odeur disparaît, et le niveau baisse à nouveau entre deux passages. Vous n'avez rien à réensemencer ni à remuer : des vers dans le bac au printemps sont la preuve que la reprise a eu lieu, pas une raison d'ajouter quoi que ce soit. Le seul geste utile est de revenir au rythme d'apports habituel.
Un redoux de février ne vaut pas un redémarrage. La semaine douce réchauffe l'air et la surface du sol, puis la nuit suivante reprend une partie de ce qu'elle a donné. La terre, elle, suit sa propre courbe, décalée par rapport à celle de l'air. Le travail ne reprend vraiment que lorsque le sol se réchauffe pour de bon, ce qui se lit sur plusieurs passages, jamais sur un après-midi. Un contenu qui frémit deux jours puis se rendort n'a rien d'inquiétant.

Un hiver doux ne dispense de rien
Une saison sans gel ne change pas la logique du bac, elle en déplace les risques. Le contenu continue de travailler, le niveau descend, et le principal danger devient l'eau : une pluie qui s'installe sur un couvercle mal remis, ou une terre de pourtour saturée qui n'absorbe plus rien. Le second piège est plus discret : un hiver doux masque le ralentissement. Rien ne se fige, rien ne se voit, et le bac peut se remplir plus vite qu'il ne travaille. Ce qui s'accumule ainsi sans être attaqué se retrouve intact au printemps.
Deux planches voisines ne connaissent d'ailleurs pas le même hiver sous le bac. Une terre sableuse, une terre argileuse, un sol couvert ou nu, une exposition plein sud ou à l'ombre de la haie : tout cela déplace la courbe de quelques degrés, et donc de quelques semaines. Regardez la terre autour du bac le jour où vous ouvrez le couvercle : elle en dit plus que le mois inscrit sur le calendrier.
Ce que vous ne ferez pas de tout l'hiver : vider, brasser, réensemencer, couvrir. Le bac n'a rien à recevoir d'autre que ce que la cuisine produit, et c'est la terre autour de lui qui décide de la vitesse. Un hiver passé sans intervention est un hiver réussi.
Questions frequentes
Que peut-on encore mettre dans le bac pendant l'hiver ?
Ce que la cuisine produit, à une condition de taille : le bac fait 7,5 cm de diamètre, et rien de plus gros n'y passe. En hiver, coupez les morceaux les plus épais en deux ou trois. Ce qui entre entier en octobre peut ressortir intact en mars, parce que le froid ralentit l'attaque des matières les plus coriaces, pas parce qu'il les a mises de côté.
Le contenu du bac peut-il geler en janvier ?
La surface, oui, pendant les nuits les plus dures. Le geste à éviter est de vouloir casser cette croûte avec un outil : le gel n'a rien abîmé, et la couche du dessous a continué son travail au ralenti. Laissez faire, le dégel s'en charge.
Faut-il couvrir le bac d'un voile ou d'une bâche pour l'hiver ?
Non, et une bâche posée par-dessus ajoute un défaut : elle cache le couvercle, donc vous ne voyez plus s'il est engagé jusqu'au cran. Or c'est ce cran qui tient la pluie directe et les animaux dehors. Quant au voile d'hivernage, il est fait pour du feuillage : au-dessus de ce bac, il n'y a rien à couvrir.
Le bac peut-il déborder si le contenu ne descend plus ?
Un ralentissement du niveau n'annonce pas un débordement : le bac est calibré pour les épluchures d'une maison, pas pour les tailles ni les feuilles mortes. Si la surface approche du bord, cherchez ce qui est entré de trop volumineux et gardez ce genre d'apport pour un contenant hors sol. Le froid, lui, ne fait que décaler la baisse.
Sources
- Ochsner, T. (2019). Sub-Surface Soil Temperatures, in Rain or Shine, chapitre 13.4. Oklahoma State University, manuel universitaire sous licence libre. La profondeur d'amortissement est celle où l'amplitude de l'oscillation tombe à 37 % de sa valeur en surface ; pour une diffusivité de 0,50 x 10⁻⁶ m² s⁻¹, elle vaut 11,7 cm pour l'onde journalière et 2,24 m pour l'onde annuelle, qui pénètre environ 19,1 fois plus loin. Appliquée à vingt centimètres, cette même loi ramène l'amplitude journalière sous le cinquième de sa valeur de surface, alors que l'amplitude annuelle y perd à peine un dixième, avec un décalage de quelques jours. Le modèle suppose un sol homogène et laisse de côté le gel et le dégel.
- Pietikäinen, J., Pettersson, M. et Bååth, E. (2005). Comparison of temperature effects on soil respiration and bacterial and fungal growth rates. FEMS Microbiology Ecology, vol. 52, p. 49-58. Respiration du sol et vitesses de croissance bactérienne et fongique mesurées instantanément à différentes températures, de 0 à 45 °C, sur deux sols, l'un agricole et pauvre en matière organique, l'autre un humus forestier : les deux vitesses de croissance passent par un optimum vers 25 à 30 °C, la respiration atteint sa valeur la plus haute vers 45 °C, et une tendance inverse entre bactéries et champignons s'observe aux basses températures, les champignons y étant moins désavantagés.
- Žifčáková, L., Větrovský, T., Howe, A. et Baldrian, P. (2016). Microbial activity in forest soil reflects the changes in ecosystem properties between summer and winter. Environmental Microbiology, vol. 18, p. 288-301. Dans un sol forestier d'épicéas, la contribution des champignons à la transcription microbienne du sol passe de 33 % en été à 16 % en fin d'hiver, tandis qu'elle dépasse la moitié dans la litière, aux deux saisons comparées.

