Aller au contenu principal

Retours sous 30 jours. Détails

Jarditips
Deux flacons blancs à bouchon vissé posés debout sur un plan de travail carrelé, un verre doseur gradué à côté d'eux
Les deux flacons du format A et B, posés debout à côté du verre doseur qui servira aux deux prélèvements.

Précautions engrais hydroponique : deux flacons qui ne doivent jamais se croiser

8 min de lecture


L'équipe Jarditips150 000 jardiniers nous suivent sur Instagram, Facebook et TikTok

Une solution nutritive en deux parties se pratique avec trois précautions, et elles tiennent en une phrase : les deux flacons ne se réunissent jamais à l'avance, ils se dosent toujours à parts égales, et la concentration du bassin se lit dans l'eau plutôt que sur l'étiquette. Le reste en découle. Ce guide détaille ce qui se passe quand l'une de ces règles saute, ce qu'il faut surveiller ensuite, et ce qu'aucun geste ne rattrapera.

Le mélange à l'avance, et ce qui se perd dans le verre

Un flacon A concentré, un flacon B concentré, et l'idée de gagner une minute en les réunissant dans le même verre. C'est le geste à éviter, et le mécanisme est connu depuis longtemps. Quand la concentration d'un cation et d'un anion dépasse le produit de solubilité du sel qu'ils forment ensemble, ce sel précipite et quitte la solution sous forme solide. Dans un mélange nutritif, le calcium est le premier concerné, parce qu'il se lie aux phosphates et aux sulfates. Une synthèse consacrée aux solutions hors sol rappelle que ces équilibres de dissolution et de précipitation doivent être pris en compte dès la préparation, quand on part de sels ou de stocks concentrés.

Le phosphate immobilisé par le calcium n'est plus disponible pour les racines. Un bassin préparé à partir d'un mélange fait à l'avance reçoit un apport amputé sur un point précis, sans que rien ne le signale à l'œil : la solution reste claire, l'odeur ne change pas, et le manque ne se voit que plus tard, sur la croissance.

Dans le bassin, la situation est inverse. Les deux prélèvements arrivent dans un grand volume d'eau, où la dilution maintient les concentrations très en dessous du seuil de saturation, et les ions se croisent alors sans conséquence. C'est le volume qui fait le travail, jamais le verre doseur. L'ordre des gestes en découle : l'eau d'abord, puis A, puis B, et jamais A sur B dans un récipient vide.

Le fer chélaté et le pH de votre eau

Le flacon A porte les oligo-éléments sous forme chélatée, dont 0,3 % de fer EDTA, et cette forme a une condition. Le document de référence de la FAO sur la culture hors sol précise que le fer EDTA reste stable en dessous de pH 6, et qu'au-dessus de 6,5 près de la moitié du fer n'est plus disponible pour la plante. Les chélates de type DTPA tiennent, eux, jusqu'à pH 7.

Le seuil est donc plus bas qu'on ne l'imagine souvent, et une eau calcaire ou un bassin qui dérive vers l'alcalin se traduit d'abord par un jaunissement entre les nervures sur les jeunes feuilles. À ce moment-là, ajouter du produit ne rend pas le fer disponible : c'est le pH qu'il faut regarder. Mesurez celui de votre eau avant de préparer, puis suivez la valeur du bassin, en particulier si votre eau est dure.

La règle des parts égales, et le verre rincé

Le barème du produit monte par paliers, et un seul chiffre suffit à le retenir : 5 ml de chaque partie pour 1 L d'eau. Les deux volumes restent identiques quel que soit le nombre de litres du bassin, et cette symétrie vous donne un contrôle. Si un flacon se vide plus vite que son jumeau au fil des préparations, cherchez l'erreur du côté du verre doseur plutôt qu'une consommation plus forte d'un seul élément. Regardez les deux niveaux de temps en temps, plutôt que de vous fier à votre mémoire du dernier dosage.

Le rinçage du doseur entre les deux prélèvements va dans le même sens. La quantité de A qui reste sur une paroi est minuscule rapportée à un bassin de dix litres, et elle n'a rien de dangereux. Mais avec un doseur rincé et un prélèvement par verre, vous évitez de faire sécher des sels sur la paroi, où ils se redissolvent de façon irrégulière. Rincez aussi après le B, avant de ranger : c'est ce geste qui garde le pas de vis propre et limite les fuites au bouchon pendant la conservation.

Deux flacons A et B ouverts posés debout sur un carrelage, verre doseur gradué et seringue posés à côté, sans personne
Deux prélèvements séparés, un instrument rincé entre les deux : c'est la règle qui protège la solution mère.

Ce qu'une surdose change dans le bassin

Ajouter un peu plus de chaque flacon est le raccourci tentant quand une culture pousse vite. C'est aussi le geste qui se paie le plus discrètement, parce que la conductivité du bassin additionne tout ce qui s'y trouve dissous, minéraux de votre eau compris. Le document FAO cité plus haut rappelle que la conductivité électrique est la mesure pratique du total des sels dissous, et que c'est elle qui classe la salinité de l'eau d'irrigation.

Ce total a un plafond utile, et il est mesuré. Dans un essai conduit en système à film nutritif sous serre, avec quatre conductivités de 0,8, 1,2, 1,8 et 2,4 mS/cm, le rendement maximal a été obtenu à 1,8 mS/cm, et au-delà, le poids frais comme le poids sec ont reculé. Le résultat se lit dans les deux sens : la conduite qui donnait le meilleur rendement était aussi celle où la brûlure des pointes de laitue était la plus marquée. Monter la dose n'achète donc pas grand-chose, et le symptôme qui apparaît sur les feuilles n'est pas celui que l'on attendait.

Lire son eau avant d'accuser la solution

La conductivité que vous relevez dans le bassin ne sort pas seulement des flacons. Votre eau arrive avec ses propres sels dissous, que le conductimètre compte au même titre. Sur une eau très minéralisée, le total peut approcher la plage haute avant même la première goutte de solution mère.

L'ordre des gestes s'en déduit. Mesurez d'abord l'eau claire, une fois, pour connaître votre point de départ. Si ce premier chiffre est déjà élevé, partez du palier du bas du barème et laissez la culture vous dire si elle en veut davantage. Si vous n'avez pas d'appareil, tenez-vous au barème et laissez la date de renouvellement faire le travail : un bac renouvelé à temps revient à une solution connue, ce qu'aucun ajustement à l'aveugle ne fera.

Un verre d'eau claire posé sur un carrelage à côté d'un conductimètre de poche éteint, deux flacons fermés en arrière-plan
Le relevé de l'eau claire, avant la première goutte de solution mère : c'est ce chiffre-là qui sert de point de départ.

L'azote qui reste dans les feuilles

Il existe une précaution qui ne concerne pas les racines mais la récolte, et elle vise les cultures de feuilles menées hors sol. L'azote en excès ne se transforme pas entièrement en croissance : une partie s'accumule dans les parties consommées, sous forme de nitrates. Un essai en pot sur laitue l'a chiffré : la teneur en nitrates des feuilles est passée de 1 391 mg/kg sur les plants témoins à 5 000 et 6 100 mg/kg sur ceux conduits avec un engrais minéral, la teneur augmentant avec la quantité d'azote apportée.

Le document FAO sur la culture hors sol en tire une consigne simple, notée pour les laitues : retirer l'azote de la solution nutritive quelques jours avant la récolte. Traduit dans un bassin de comptoir, cela veut dire ne pas rajouter de concentré dans la dernière ligne droite avant de cueillir, et remettre de l'eau claire plutôt que du produit si le niveau descend. Les jeunes feuilles prélevées au fur et à mesure ne se prêtent pas au même calendrier, mais la logique tient : la dose de fin de culture part dans les feuilles, pas dans le rendement.

Ranger les flacons, hors de portée et jamais dans une bouteille de boisson

Une boîte de sels à dissoudre ne se traite pas comme un arrosoir. Trois réflexes de rangement : debout, refermés, hors de portée des enfants et des animaux. Le bouchon à vis est étanche, mais un pas de vis humide laisse passer un peu de solution pendant la conservation, et un chiffon sur le filetage après chaque prélèvement suffit à limiter le phénomène.

Deux erreurs de rangement méritent d'être nommées. La première consiste à transvaser la solution mère dans un contenant du quotidien : une bouteille de boisson, une gourde, un flacon d'huile réétiqueté. Même rincé, ce contenant garde son apparence d'origine et se confond avec ce qu'on boit. La seconde consiste à préparer les 100 ml de solution mère dans un verre qui retourne ensuite à la cuisine. Un flacon opaque dédié, daté au feutre le jour de la dissolution, règle le premier point et vous dit en plus ce que contient la préparation.

Ce qu'aucun rattrapage ne corrige

Une erreur de proportion ne se rattrape pas sur le moment. Verser de l'eau pour diluer un bassin trop chargé abaisse bien la conductivité, mais elle abaisse en même temps tout ce qui s'y trouve, y compris ce dont la culture a besoin. Vous ne corrigez pas un excès de A ou de B, vous remettez les deux au même niveau plus bas. Une préparation refaite proprement reste la seule correction nette, et c'est aussi la raison pour laquelle les précautions se prennent au moment du prélèvement, pas après.

Rien dans la boîte ne mesure la conductivité ni ne prélève les millilitres à votre place. Le suivi dont parlent les paragraphes précédents suppose donc un instrument à part, ou bien une conduite au barème avec des renouvellements réguliers. Les deux approches fonctionnent, mais elles ne donnent pas la même information : sans mesure, vous ne verrez pas la solution se charger entre deux renouvellements, et ce sont les feuilles qui vous le diront.

En pratique, les précautions qui pèsent le plus sont les deux premières, et elles ne coûtent que quelques secondes de plus : ne jamais réunir les deux concentrés, toujours prélever à parts égales. Le reste se règle en observant le bassin, avec un conductimètre si vous en avez un, avec les dates de renouvellement sinon. La contenance des deux flacons compte aussi dans le calcul, puisque c'est elle qui fixe le nombre de préparations d'une saison.

Les plants eux-mêmes vous donneront le dernier mot. Un bassin bien aéré encaisse mieux une solution un peu chargée qu'une eau stagnante, parce que les racines y respirent. En cas de doute sur la dose, baissez d'un cran et attendez une semaine : un rattrapage à la hausse se fait sans risque, l'inverse n'est pas vrai.

Questions frequentes

Le mélange est déjà fait dans le verre, que faire ?

Ne le versez pas dans le bassin. Le précipité formé au contact des deux concentrés ne se redissout ni en remuant, ni en ajoutant de l'eau tiède : la part de phosphate immobilisée est perdue, et le bassin recevrait une solution incomplète sans que rien ne le montre. Repartez d'un prélèvement neuf dans de l'eau claire, et gardez le verre pour un autre usage que la préparation.

Que faire si j'ai versé 10 ml de A pour 5 ml de B ?

Ajoutez les 5 ml de B manquants plutôt que de retirer du A, ce qui est impossible une fois le prélèvement versé. Le rattrapage reste dans le palier du barème si votre bassin contient au moins 2 L. Si le volume d'eau ne le permet pas, gardez la préparation telle quelle et reprenez les parts égales à la prochaine : un déséquilibre isolé ne détruit pas une culture, mais répété, il déforme la solution dans le sens du flacon le plus servi.

Faut-il des gants pour préparer la solution ?

Rien dans la boîte ne demande d'équipement particulier pour prélever quelques millilitres. Si vous avez la peau sensible ou une coupure, rincez-vous les mains après la préparation : le concentré sèche et laisse des sels sur la peau. La vraie précaution de ce produit n'est pas cutanée, elle tient à l'endroit où vous préparez. Un plan de travail éloigné des aliments, une pièce aérée, et les deux flacons refermés dès que le prélèvement est terminé.

L'étiquette du flacon est détrempée par une fuite, est-ce grave ?

Le produit n'est pas perdu, mais l'information l'est. Une étiquette imbibée de solution devient illisible, et c'est elle qui porte le barème des cinq millilitres par litre. Notez les proportions sur un papier rangé avec les flacons dès l'ouverture de la boîte, essuyez le pas de vis après chaque prélèvement, et gardez les flacons debout. Si une boîte arrive ouverte ou vide, retournez-la sous 30 jours, nous vous indiquons la marche à suivre.

Sources