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Plantoir à main couché sur une planche de terre émiettée, trois godets de semis alignés derrière, lumière du matin
Le plantoir à main travaille à trois moments de l'année, jamais douze.

Quand repiquer les semis, et à quel moment le plantoir à main entre en jeu

8 min de lecture


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Savoir quand repiquer les semis ne se déduit pas d'une case du calendrier. Un plantoir à main ne travaille pas toute l'année, d'ailleurs. Il entre en jeu à trois moments : les semis de grosses graines en pleine terre, la mise en place des plants quand la motte tient, et les plantations d'automne. Entre ces fenêtres, ce sont la chaleur de la terre et son humidité qui fixent la date, bien plus que le calendrier.

Rang de pois fraîchement semés dans une planche émiettée, trous refermés visibles en surface, sachet de graines posé à côté
Les grosses graines se posent une par une dans un trou refermé aussitôt.

Trois fenêtres dans l'année, pas douze

Un plantoir à main mesure 28 cm, dont 12,5 cm de pointe en acier inoxydable, avec une traverse de bois de 11,5 cm qui se prend à pleine main. Un format court, qui se tient d'une seule main et ne fait qu'une chose : ouvrir un trou à la verticale pour y déposer une graine ou une motte. Cette définition dessine son calendrier mieux qu'aucune liste de mois.

La première fenêtre est celle des grosses graines. Un pois, une fève, une betterave semés en poquet demandent un logement individuel, et le plantoir creuse ce logement sans ouvrir de tranchée. La deuxième est celle des plants : dès qu'une motte tient toute seule au démoulage, elle peut rejoindre la pleine terre, et le trou doit alors accueillir la motte entière. La troisième est automnale, celle des bulbilles et des gousses d'ail, qui se plantent dans un trou de quelques centimètres.

Le reste du temps, l'outil reste au tablier. Entre deux fenêtres, ce n'est pas lui qui manque, c'est le sol qui n'est pas prêt : gelé, détrempé, ou trop froid pour que ce que vous semez germe. La profondeur du trou se règle graine par graine, mais le moment où l'on sort l'outil se règle sur la planche elle-même.

Le premier repère : la température du sol

La germination est une affaire de thermomètre avant d'être une affaire de date. La graine de carotte, l'une des plus étudiées sur ce point, germe dans une plage de 5 à 35 °C, avec un optimum situé autour de 25 à 30 °C. Un travail publié dans Acta Horticulturae sur la germination de cette graine montre que les basses températures la ralentissent nettement, avec des écarts entre variétés et entre lots d'un même cultivar.

Ce qui se passe dans une planche trop froide se lit donc en jours, pas en semaines de calendrier. La graine reste sous terre plus longtemps, consomme ses réserves sans progresser, et les premières pousses s'échelonnent au lieu de sortir ensemble. Un sol froid n'interdit pas le semis, il l'étale, et cet étalement se paie ensuite sur l'éclaircissage et sur la régularité du rang.

La même mécanique vaut pour les plants. Un plant mis en terre dans un sol qui ne s'est pas réchauffé s'installe lentement, parce que la reprise dépend du contact entre la motte et une terre déjà active. Une terre froide retarde ce contact : la motte reste en attente au lieu de s'installer. Le repère est donc double : une terre qui a repris son activité, et un plant qui a eu le temps de coloniser sa motte.

Un relevé isolé ne dit rien, en revanche. Une journée douce au milieu d'une semaine froide ne réchauffe pas la couche de travail : c'est la tendance, sur plusieurs matins de suite, qui décide de sortir l'outil ou d'attendre.

Reste à savoir ce que l'on mesure. C'est la couche de travail qui compte, celle où la graine va séjourner, pas la température de l'air annoncée pour la journée. Un sol peut sembler doux en surface et rester froid deux doigts plus bas : c'est ce froid-là qui ralentit la germination. Une planche tournée vers le sud n'évolue pas au même rythme que celle restée du côté de la haie, et c'est souvent la seule différence entre deux jardins voisins.

Le deuxième repère : l'humidité du sol

Une terre assez chaude mais gorgée d'eau est un mauvais moment, et c'est le second repère. Sur la carotte, un essai consacré à la levée en conditions difficiles donne une bande étroite. La levée est la plus régulière et la plus rapide quand le sol se tient entre 35 et 40 % de sa capacité au champ. Elle baisse nettement au-dessus de 40 %, comme en dessous de 35 %. Ces chiffres de plein champ se traduisent dans la main : une poignée de terre serrée dans le poing doit former une boule qui se tient, puis se défait sous le pouce. Si l'eau perle entre les doigts, le sol est saturé.

Un sol gorgé d'eau ne fait pas qu'attrister le jardinier. Chez la carotte, la germination est sensible au manque d'oxygène, et une planche détrempée la prive précisément de ce dont elle a besoin pour démarrer. Deux jours de ressuyage valent mieux qu'un semis pressé que vous referez ensuite. Le signe, sur l'outil, est immédiat : une terre trop humide colle à la pointe, laisse un liséré luisant sur l'acier et referme le trou à moitié.

Le terme de capacité au champ mérite une traduction de jardinier. C'est l'eau que le sol garde après avoir été bien mouillé, puis laissé ressuyer quand l'eau libre a fini de descendre. Autrement dit, le sol de la bonne bande n'est ni sec ni ruisselant, mais frais et souple, celui qu'on trouve deux jours après une pluie d'orage, pas le lendemain matin.

Quand la planche est sèche et dure, en revanche, le problème n'est plus la date mais la préparation : une terre caillouteuse et sèche s'ouvre mal au plantoir si l'eau n'a pas été donnée avant. Le moment du semis se décale alors d'une journée, pas d'un mois.

La fenêtre des plants : quand la motte tient

Un plant se repique quand sa motte tient toute seule au démoulage : les racines ont colonisé le volume du godet, et la terre ne s'effrite plus quand vous retournez le pot. Avant ce stade, la motte se casse en deux et les racines se retrouvent nues en pleine terre ; après, le plant s'installe à l'étroit et reprend mal.

Le signe qui doit faire sortir le plant n'est donc pas une date mais une observation : retournez le godet, la motte doit venir d'un bloc, tenue par un chevelu de racines blanches. Si elle s'effrite, laissez quelques jours de plus et arrosez avant de démouler, plutôt que de planter une motte qui part en morceaux.

C'est le repère décisif de cette deuxième fenêtre, et il ne se lit pas au calendrier. Un godet tenu à l'intérieur en février ne se comporte pas comme le même godet tenu sous un châssis en avril. Ce qui fixe la date, c'est la vitesse de colonisation de la motte, donc la lumière reçue et les degrés accumulés, pas le mois inscrit sur le sachet. Un plant conduit trop vite se paie plus tard. Un essai sur des plants de tomate d'âges et de gabarits différents a montré que les plus jeunes, mis en place tôt, produisaient moins en début de récolte. Des plants plus avancés encaissaient mieux un épisode de vent de sable.

Godet de salade à motte compacte, racines blanches visibles, posé sur une terre émiettée
Le repère du repiquage tient à la motte : elle doit tenir seule quand vous retournez le godet.

Le geste, lui, ne change pas d'une fenêtre à l'autre : du démoulage à l'arrosage de reprise, la mise en place d'un plant au plantoir ne force jamais sur la motte.

La fenêtre d'automne

La fiche du produit annonce une bande de saison large, du printemps aux plantations d'automne. Cette troisième fenêtre est celle des bulbilles et des gousses d'ail. Elles se posent dans un trou de quelques centimètres, très en deçà des 12,5 cm du cône. Le plantoir ouvre ce logement d'un appui par trou, à profondeur constante tout au long du rang.

La date de cette fenêtre n'est pas la même pour tout le monde. Sur l'ail, les dates optimales de plantation s'étalent du milieu de l'été au début de l'automne selon le cultivar, sur une période d'une soixantaine de jours. Le repère fiable reste donc celui du printemps : une terre ressuyée, travaillable, où la pointe entre sans forcer et où le trou tient sa paroi. Quand ces conditions sont réunies, la plantation d'automne se fait dans la foulée, et l'outil rejoint ensuite son rangement : l'entretien du plantoir en fin de saison se joue sur la pointe et sur le bois.

Gousses d'ail et bulbilles posées sur une planche de terre, plantoir à main posé à côté d'un trou déjà ouvert
En automne, le trou se limite à quelques centimètres, très en deçà de la pointe.

Ce qui fait attendre

Il reste les cas où la bonne décision est de ne pas sortir l'outil. Un sol gelé en surface, une planche détrempée par trois jours de pluie, une motte qui ne tient pas encore : dans ces trois cas, la date se décale de quelques jours et rien ne se perd. Ce qui se perd, c'est un semis refermé sur une graine asphyxiée, ou un trou ouvert dans une terre qui ne garde pas sa paroi.

Les erreurs qui font rater une levée sont presque toutes de ce côté-là : rarement dans l'outil, souvent dans l'état du sol au moment où la pointe descend. Un jour d'attente coûte moins cher qu'un rang à refaire.

Trois repères sur la planche

Au fond, le calendrier du plantoir tient en trois questions posées dans l'ordre. La terre est-elle assez réchauffée pour ce que vous semez ? Se tient-elle assez pour qu'un trou garde sa paroi sans coller à la pointe ? Et ce que vous mettez en place est-il prêt, graine ou motte ? Quand les trois réponses sont oui, la date est bonne, quel que soit le mois. Entre deux fenêtres, l'outil reste au tablier : c'est la planche qu'il faut préparer, pas l'outil qu'il faut changer.

Questions frequentes

Combien de temps un plant peut-il rester en godet avant le repiquage ?

Le nombre de feuilles renseigne moins que le volume de la motte. Dans un essai sur laitue, les plants de six et huit feuilles élevés dans des godets de 11 et 5 cm³ étaient moins lourds et moins feuillus que des plants de deux feuilles installés dans des godets de 21 cm³. Un plant qui a poussé ses feuilles à l'étroit a dépensé sa vigueur pour rien : mieux vaut le mettre en place tôt, dans une motte généreuse, que le garder en attente dans une caissette serrée.

Quand planter l'ail et les bulbilles à l'automne ?

Il n'y a pas une date mais une plage, et elle se mesure en semaines. Dans un essai conduit sur douze cultivars d'ail, les dates optimales de plantation s'étalaient du milieu de l'été au début de l'automne, sur une période d'une soixantaine de jours selon le cultivar. Retenez donc la variété que vous plantez avant de retenir un mois : la date optimale se décale de plusieurs semaines d'un cultivar à l'autre.

Pourquoi le plantoir n'est-il pas l'outil d'un rang de carottes ?

Parce qu'il ouvre un trou à la fois. Sur une graine fine semée en ligne serrée, c'est le débit qui compte plus que la précision du trou : un semoir à main ou à roulette trace la ligne et distribue les graines d'un seul passage. Le plantoir garde l'avantage dès qu'une graine ou un plant se pose un par un.

Peut-on percer les trous à l'avance et semer plus tard ?

Non, un trou ouvert ne se garde pas. La paroi sèche au soleil et au vent, s'effrite, et le logement se referme à moitié : la graine posée le lendemain ne retrouve plus la profondeur du matin. Percez la longueur qui se sème dans la foulée et refermez au fur et à mesure, quitte à reprendre la ligne après une pause.

Sources

  1. Corbineau F., Picard M., Côme D., 1994, Effects of temperature, oxygen and osmotic pressure on germination of carrot seeds: evaluation of seed quality, Acta Horticulturae 354, ISHS.
  2. Lada R., Stiles A., Surette M.A., Caldwell C., Nowak J., Sturz A.V., Blake T.J., 2004, Stand establishment technologies for processing carrots, Acta Horticulturae 631, ISHS.
  3. Liptay A., 1988, Field survival and establishment of tomato transplants of various age and size, Acta Horticulturae 220, ISHS.
  4. Garbi M., Sangiacomo M.A., Martí H., 2019, Cell size effect on lettuce transplant growth and establishment in relation to physiological age at transplanting, Acta Horticulturae 1249, ISHS.
  5. Portela J.A., Burba J.L., Gabriel E., Rivero L., 2005, Argentine garlic II: the need of different cropping and post-harvest management practices among cultivars, Acta Horticulturae 688, ISHS.