Tendre un fil de clôture électrique sur deux cents mètres ne demande pas de force. Le geste se joue sur l'ordre des opérations, et sur une bobine qui tourne au lieu d'être tirée. Un rouleau mal ouvert garde ses plis pour toujours, et une ligne trop raidie travaille contre ses propres piquets.
Ce qui suit ne revient pas sur le choix du conducteur, ni sur celui du boîtier, deux pièces qui vivent dans le même rayon de clôture électrique que les piquets et les isolateurs. Il s'agit du montage d'une ligne fixe, celle que l'on plante une fois et que l'on garde : les isolateurs posés avant l'ouverture du rouleau, le déroulage sur un support, l'absence de raccord au milieu du parcours, la tension à rechercher, ce que les angles encaissent, et la reprise à faire une fois que la ligne a travaillé.
Le rouleau s'ouvre après les isolateurs
Un rouleau de fil conducteur de 200 mètres ne s'ouvre pas deux fois dans de bonnes conditions. Si les piquets ne sont pas encore en terre quand vous coupez le lien, la tresse se retrouve au sol sur toute sa longueur, et le montage se transforme en séance de démêlage. L'ordre utile tient en trois temps : marquer le tracé, planter, équiper chaque piquet de son isolateur. Le fil arrive en dernier, et se pose en une seule fois, sans revenir en arrière.
Chaque piquet reçoit donc son isolateur avant tout déroulage, un par point d'appui. Aucun endroit de la ligne ne demande davantage : la tresse est légère, et deux ancres suffisent à la porter entre ses extrémités. Sur un piquet d'acier, un isolateur à clip fait l'affaire ; sur un piquet de bois, c'est la gorge de l'isolateur qui porte le fil. Dans les deux cas, la tresse repose sur l'isolateur et sur rien d'autre.
Le choix de l'isolateur compte moins que son état. Un modèle en polyéthylène, de préférence noir, vieillit plus lentement dehors qu'un isolateur clair. Posez-les à hauteur constante le long du tracé : une ligne qui monte et descend fatigue le fil aux mêmes endroits, là où il entre et sort de chaque isolateur.
Dérouler sur un support qui tourne
Une tresse ne se déroule pas comme un tuyau d'arrosage. Tirée de biais sur une bobine immobile, elle sort en boucles qui se croisent, et chaque croisement laisse un pli dans le conducteur. Le pli se voit à peine sur l'enveloppe, alors qu'il abîme les filaments d'acier à l'intérieur, ceux qui portent réellement le courant. La bobine doit tourner, le fil doit se poser.
Le geste est décrit dans un guide d'élevage publié par le service de conservation des ressources naturelles des États-Unis : la bobine se place sur un dévidoir ou sur un axe improvisé, et le dévidoir gagne à être freiné pour que le rouleau ne prenne pas de vitesse et ne débobine pas plus de fil que vos pas. Le même document conseille de toujours avoir la bobine sur son support au moment de couper le dernier lien : libérée sans axe, elle part en ressort et se retrouve en tas.
Sur une ligne fixe, le déroulage se fait d'un seul bout. La bobine reste à l'aplomb du premier piquet, vous marchez vers le dernier en laissant le fil se poser au sol, et vous l'engagez dans les isolateurs au retour ou en avançant, selon ce qui vous paraît le plus commode. Un dévidoir rend aussi un autre service, moins visible le jour du montage : le fil enroulé proprement au fil des saisons se plie moins et dure plus longtemps que le fil remis en vrac sur un bras.

Une seule longueur, deux extrémités et rien entre
Un rouleau de deux cents mètres couvre une ligne sans coupure. Entre le fil qui repart vers l'électrificateur et le dernier isolateur du parcours, il n'y a pas un seul raccord à faire. L'avantage ne paie pas de mine sur une fiche produit, et c'est pourtant là que se gagne la tension au bout du parcours : chaque raccord évité est un point de perte en moins.
Ces points-là coûtent cher. Un seul raccord mal serré peut peser l'équivalent de cinq cents ohms dans la ligne, et quelques raccords de ce genre suffisent à faire chuter la tension au bout du parcours. Sur un montage d'un seul tenant, la question ne se pose pas. Elle revient le jour où un outil coupe la tresse, ou quand vous décidez d'allonger le tracé avec un second rouleau. Une entrée, elle, ne se répare pas : elle se prépare. Là où le parcours s'ouvre, la ligne fixe s'arrête et un cordon de passage prend le relais.
La réparation ne se fait pas au nœud. Le conducteur est une tresse : les brins d'acier portent le courant, les brins de nylon tiennent l'ensemble. Un nœud classique noue les deux à la fois, et la partie conductrice se retrouve mal serrée contre elle-même. Le geste attendu consiste à séparer les brins d'acier des brins de nylon sur quelques centimètres, puis à torsader les deux faisceaux d'acier l'un dans l'autre, brin contre brin. Le nylon ne participe pas au passage du courant : il sert seulement à finir proprement la jonction. Une torsion bien serrée vaut mieux qu'un raccord brillant mal tenu.
Gardez d'ailleurs le reste du rouleau sur son axe. Les mètres non utilisés sont la réserve d'une réparation, et une bobine restée enroulée se remet en place d'un geste. Un parc déplacé au fil des saisons ne se monte pas de cette façon : ses tronçons restent courts, posés sur des piquets mobiles et repliés après usage.

Tendre de quoi retirer le creux, pas plus
Sur une clôture électrique, le geste fautif est toujours le même, et le guide d'élevage le signale noir sur blanc : on tire trop fort. Une ligne raidie comme une corde de piano tient jusqu'au premier choc, puis casse ou arrache son ancrage. La consigne est simple : serrer juste assez pour retirer la majeure partie du mou, pas la totalité.
Ce que l'on cherche se voit à l'oeil. Entre deux piquets, le fil forme une courbe légère, un creux franc mais régulier. Vous reprenez le mou par petits coups, depuis l'extrémité, puis vous marchez la ligne pour regarder chaque portée. Quand le creux a presque disparu, la ligne est tendue pour ce qu'elle a à faire. La différence entre cette ligne et une ligne raidie ne se voit pas sur le moment ; elle se voit le jour où une branche tombe dessus.
Un ressort de tension, posé sur une portion qui longe une haie ou un passage d'animaux, absorbe ce choc à la place des isolateurs. Le principe est celui d'une remorque : la pièce souple encaisse l'à-coup et la ligne reprend sa place ensuite. Sur un parcours de jardin, cela vaut la peine sur le tronçon le plus exposé, celui qui traverse une zone où quelque chose tombe chaque hiver.
Ce que l'angle et les deux bouts encaissent
La traction se concentre à trois endroits : les deux extrémités de la ligne et chaque changement de direction. Ailleurs, le fil ne fait que poser sur ses isolateurs. Cela simplifie le montage, parce que la charge à reprendre dépend du conducteur lui-même. Une tresse légère n'a pas de quoi coucher un piquet d'acier planté droit, même dans un angle marqué.
Ce n'est pas seulement une question de poids. Une tresse compte peu de filaments conducteurs : ces guides demandent au moins six brins dans une ligne de ce genre. Un conducteur monté sur six brins reste donc dans un registre modeste : celui d'un parcours de jardin tenu sur toute sa longueur, pas celui d'une piste d'équitation.
La même ligne montée en fil d'acier ne se contente pas de cela. Les publications techniques décrivant ces clôtures montrent des piquets d'angle enterrés à trois pieds de profondeur et repris par une jambe de force, parce qu'un quart de mile de fil peut être tendu entre deux points de tension. Ces ancrages sont dimensionnés pour une charge que la tresse n'atteint pas.
Reste à soigner le passage de l'angle. À l'intérieur de la courbe, le fil appuie sur son isolateur au lieu de flotter librement ; vérifiez qu'il n'a pas été repoussé contre le piquet au moment de la mise en tension. L'extrémité, elle, s'arrête sur son isolateur. Le seul conducteur qui repart de la ligne est le fil de liaison vers la borne de l'électrificateur, raccordé une fois la ligne terminée.
Un creux qui revient se corrige par un appui
Une ligne neuve travaille. Les longues portées se creusent un peu plus que les courtes : commencez par elles, sans toucher d'abord à l'ensemble du montage. Deux réponses possibles selon l'endroit. Sur un tronçon qui s'affaisse entre deux piquets éloignés, un appui planté au milieu retire le creux sans qu'on augmente la tension ; ce piquet n'a pas besoin d'isolateur s'il est en fibre de verre, matière qui ne conduit pas le courant. Sur une portion devenue franchement lâche, vous reprenez le mou à la main depuis l'extrémité, comme au premier jour.
Les clôtures en fil d'acier se reprennent autrement, avec un tendeur réglable qui permet de retendre sans couper le conducteur. Sur une tresse, ce matériel n'est pas nécessaire : la ligne se reprend par ses extrémités, à la main. La visite d'avant-saison, elle, reste la même pour les deux : marcher le parcours, regarder les portées, vérifier qu'aucun fil n'est sorti de son isolateur et qu'aucune branche ne repose dessus. Cette promenade évite d'apprendre le défaut par un animal qui passe.

Questions frequentes
Peut-on dérouler le rouleau sans dévidoir ?
Rien n'oblige à acheter un dévidoir : une barre à béton passée dans l'axe et posée sur deux seaux rend le même service. À défaut, deux personnes s'en sortent, l'une tenant le rouleau sur la tranche pendant que l'autre marche en posant le fil. Ce qu'il ne faut pas faire, c'est tirer le brin de biais sur une bobine immobile.
Faut-il être deux pour poser la ligne ?
Un seul poseur suffit sur un tracé dégagé, avec un dévidoir qui freine tout seul. La deuxième paire de mains devient utile dans deux cas : les angles, où le fil demande à être tenu le temps de l'engager dans l'isolateur, et la fin de ligne, quand il reste à reprendre le mou sur la longueur entière.
Une tresse convient-elle à une très longue ligne ?
Elle est taillée pour le tour d'un potager, une enceinte à volaille ou un parc de jardin, pas pour une grande parcelle traversée de part en part. Sur un tracé qui s'allonge, la résistance du conducteur se paie en tension au bout du parcours. Si votre périmètre s'étire nettement, mieux vaut passer à un conducteur de section supérieure que d'ajouter des joules au boîtier.
Faut-il raccorder l'électrificateur avant de tendre ?
Non, et l'ordre inverse est plus sûr. La ligne se monte et se tend d'abord, boîtier éteint et débranché. Le raccordement à la borne vient en dernier, une fois la tension de la tresse arrêtée. Vous évitez ainsi de tenir un conducteur sous tension pendant que vous travaillez à ses deux extrémités.
Sources
- United States Department of Agriculture, Natural Resources Conservation Service, 2005, Electric Fencing for Serious Graziers, ouvrage mis en ligne par l'extension agricole du Tennessee, planches sur la mise en place des fils et sur les accessoires.
- Kees, Gary, 2004, Fencing out wildlife: plastic mesh fences and electric fences monitored by satellite telemetry, U.S. Department of Agriculture, Forest Service, Missoula Technology and Development Center, rapport technique 0424-2838-MTDC.
- University of California, Division of Agriculture and Natural Resources, Intermountain Workgroup, 1993, Intermountain Irrigated Pastures and Mountain Meadows, chapitre consacré au matériel de clôture.
