Une serre tunnel de marche protège vos cultures, pas vos mains ni votre dos. La chaleur s'y installe plus vite qu'au potager, le cadre se monte à deux, et les cordes qui tiennent la bâche descendent jusqu'à hauteur de cheville. Voici ce qu'il faut regarder avant, pendant et après chaque passage sous la couverture.
Trois risques qui n'ont rien à voir entre eux
Trois risques sans rapport les uns avec les autres reviennent autour d'un tunnel de 3 m sur 2,1 m. Le montage d'abord. Le cadre est en acier galvanisé, avec des tubes de 19 mm de diamètre et une paroi de 0,5 mm. Un arceau qui se redresse prend le vent comme une voile. Ensuite la chaleur, parce qu'une surface au sol de près de 6,3 m² sous bâche close ne se comporte pas comme une plate-bande. Enfin ce qui traîne au sol, cordes, piquets et outils, dans un espace où l'on circule debout mais où l'on recule souvent à l'aveugle avec une brouette.
Les trois se traitent séparément, avec des gestes simples. Aucun ne demande d'équipement particulier, et deux d'entre eux se règlent en moins d'une minute par jour.
Travailler sous la bâche quand le thermomètre monte
C'est le risque le moins visible et le plus sous-estimé. Une enquête menée auprès de 356 agricultrices de la vallée du Jourdain donne la mesure du problème. Les trois quarts travaillaient dehors ou sous serre, et 94,4 % citaient la chaleur estivale comme une difficulté. Elles étaient 44,6 % à rapporter des vertiges et 45,6 % des maux de tête sévères. Ces symptômes étaient statistiquement liés au manque d'accès à l'eau potable, aux zones de repos et aux sanitaires, trois facteurs de risque sur lesquels un potager peut agir sans dépenser un euro.
Vos leviers sont donc plus larges que la seule température. Sous une couverture, la chaleur s'accompagne d'une humidité qui rend la sudation moins efficace : l'air déjà chargé d'eau évacue moins bien la chaleur du corps. Une gourde posée à l'ombre devant la porte, un tabouret pour s'asseoir entre deux rangs, une bâche d'ombrage les jours de canicule. Sur l'eau, les repères européens situent l'apport autour de 2,0 litres par jour pour une femme adulte et 2,5 litres pour un homme adulte à température modérée. Une revue sur l'hydratation en période de forte chaleur rappelle que ces valeurs doivent être relevées dès que l'on transpire et que la température monte. Boire avant d'avoir soif reste la règle la plus utile, parce que la sensation de soif arrive en retard sur la déshydratation. Les stratégies d'hydratation tiennent aussi compte de l'accoutumance à la chaleur, qui se construit sur plusieurs jours d'exposition : les premières journées chaudes de l'été sont celles où l'on se méfie le plus.
| Ce que vous ressentez | Ce que vous faites |
|---|---|
| Soif, bouche sèche | Sortir, boire un grand verre d'eau, s'asseoir à l'ombre |
| Vertiges, vision qui flotte | Sortir immédiatement, s'allonger jambes surélevées, boire |
| Mal de tête qui serre, nausée | Arrêter la journée sous bâche, rester au frais, surveiller |
| Température du corps élevée, confusion, propos incohérents | Urgence : appeler le 15, refroidir la personne en attendant |

Un enfant ou un animal qui reste enfermé sous une bâche close au soleil est dans une situation plus grave qu'un adulte qui travaille : il ne sait pas nommer ce qu'il ressent et ne sortira pas de lui-même. La porte de ce tunnel s'enroule, elle ne se verrouille pas de l'intérieur, mais une bâche fermée au soleil devient un four en quelques minutes. Gardez l'ouvrant du pignon ouvert quand vous n'êtes pas devant.
Quand la chaleur atteint les fleurs
La même chaleur qui fatigue le jardinier décide aussi de la récolte, et le seuil est plus bas qu'on ne le croit. Sur une variété de tomate naine cultivée en conditions contrôlées, une exposition de un à quatre jours à 30 °C a suffi à réduire la viabilité du pollen et sa capacité de germination. Les fruits portent alors moins de graines et pèsent moins lourd. À 34 °C, la nouaison elle-même recule. Autrement dit, ce n'est pas la plante entière qui souffre en premier : c'est la fleur du jour, celle qui décide du fruit de la semaine suivante.
Les essais menés sur des serres-tunnels plastiques en zone méditerranéenne aboutissaient déjà à la même conclusion pratique : une aération bien conduite diminue les écarts de température et allonge la durée d'utilisation de l'abri. Sur ce tunnel, les leviers sont la porte à enrouler et les fenêtres à maille. Ouvrez-les sur des faces opposées pour créer un courant d'air traversant, avant que la serre ne franchisse les 30 °C, c'est-à-dire en milieu de matinée et non à midi. Sous une couverture, un thermomètre à sonde posé à hauteur de fleur vaut mieux qu'un relevé pris au faîtage, où l'air est plus chaud que dans la zone de culture.
L'arrosage entre aussi dans les précautions d'été, mais pour une autre raison : mouiller le feuillage en fin de journée entretient une humidité qui profite aux maladies. Un goutte-à-goutte apporte l'eau au pied sans toucher aux feuilles.
Sur une serre tunnel de marche, cette façon d'arroser laisse la bâche faire son travail, qui est de garder la chaleur et de laisser passer la lumière. Les deux gestes ne s'opposent pas. On ouvre en milieu de matinée pour évacuer l'air chaud, on arrose au pied en fin de journée pour que les racines trouvent de l'eau quand la nuit tombe.
Le montage : les gestes qui pincent et ceux qui basculent
Le montage d'un tunnel de marche se fait à deux, en environ deux heures sur un terrain plat, et la difficulté tient à la tenue du cadre plus qu'à sa force. Pendant que l'un présente l'arceau, l'autre visse. Une structure qui se redresse sans être tenue part au premier coup de vent. Un arceau qui bascule sur une cheville fait plus de dégâts qu'un simple bleu, et c'est la raison pour laquelle ce montage ne se fait pas seul.
La poutre faîtière et les deux barres diagonales se posent avant de serrer définitivement les jonctions : c'est ce qui empêche le cadre de vriller pendant l'assemblage. Les tubes de 19 mm pincent la peau au niveau des raccords, et leurs extrémités sont coupantes. Portez des gants jusqu'à la dernière vis, y compris pour tendre la bâche, dont les oeillets et les coutures frottent.
Ne montez pas par vent soutenu. Un film de polyéthylène de ce format se comporte comme une voile dès qu'il est fixé sur un côté, et la structure légère qu'il habille ne pèse rien face aux rafales. Si le vent se lève en cours de montage, posez la bâche au sol et reprenez le lendemain. Le traçage de l'emprise se fait avant de dresser le premier arceau : sur un tunnel de 3 m, une implantation de travers se rattrape mal une fois les cordes tendues.

Les cordes de haubanage dans le passage
Les quatre cordes de haubanage et les quatre piquets fournis avec le kit tiennent bien leur rôle. Leur faiblesse est ailleurs : à l'usage, ils deviennent invisibles. Une corde tendue en travers du passage, à hauteur de cheville, se heurte en reculant avec une brouette ou un arrosoir plein. Tendez-les le long des parois, dans l'axe du tunnel, et vérifiez chaque printemps qu'aucune ne s'est détendue et ne pend devant la porte.
Les piquets s'enfoncent inclinés vers l'extérieur, pour que la corde travaille en traction et non en arrachement. Ils restent alors en saillie de quelques centimètres au-dessus du sol, sur un passage où l'on marche pieds nus l'été. Marquez-les d'un repère visible, ou mieux, plantez-les à l'extérieur de la zone de circulation. Sur un terrain exposé, la tenue d'un piquet dépend surtout de ce que le sol accepte de retenir. Les sols meubles et les sols lourds ne travaillent pas de la même façon sous la traction d'une corde.
Une bâche en polyéthylène n'est pas un mur. Un enfant qui s'appuie dessus, un chien qui la pousse, une planche posée en appui : le film cède ou se déchire, et la structure penche. Interdisez l'appui, rangez les planches ailleurs. La porte enroulable se fixe par des attaches en haut du pignon : contrôlez-les de temps en temps, car une porte qui retombe sous une rafale claque contre le cadre et peut tordre une jonction.
Ce qu'on regarde avant d'entrer
Prenez dix minutes après chaque coup de vent ou chaque chute de neige. Le cadre se contrôle de l'extérieur : arceaux droits, jonctions serrées, poutre faîtière en place, bâche tendue sans poche d'eau. Un abri plus long expose davantage de couverture aux rafales et demande donc des tours d'inspection plus fréquents. Une poche qui se forme entre deux arceaux retient l'eau et tire sur les fixations. Un simple coup de balai passé par le dessous la vide avant que le poids ne s'installe.
Ne pénétrez pas sous la bâche quand une couche de neige s'est installée et n'a pas été dégagée. Ce format n'est pas dimensionné pour une charge durable, et c'est le cadre qui plie au-dessus de vous, bien avant que le film ne cède. Dégagez du centre vers les extrémités, les deux côtés à égalité : la neige lourde des redoux pèse bien plus que la poudreuse, et c'est le déséquilibre entre les deux versants qui plie un arceau. Avant d'ouvrir la porte, jetez aussi un oeil au sol : un manche d'outil posé contre le film, un arrosoir renversé dans l'allée, et c'est la cheville qui paie.
Trois habitudes couvrent l'essentiel de la saison : ouvrir avant d'entrer, tourner autour du tunnel après chaque tempête, et sortir dès les premiers vertiges. Le reste se joue dans la manière dont vous traversez les journées chaudes, parce qu'une serre bien ancrée et bien aérée reste un abri confortable tant qu'on ne l'oublie pas en pleine après-midi.
Questions frequentes
Peut-on travailler dans une serre tunnel fermée en plein été ?
Non, et c'est la précaution la plus souvent négligée. Sous une bâche close, l'air se réchauffe et l'humidité monte avec la transpiration des plantes. Ouvrez la porte et la fenêtre opposée avant d'entrer, travaillez tôt le matin, buvez avant d'avoir soif et sortez dès qu'apparaissent des vertiges ou un mal de tête. Un coup de chaleur ne prévient pas : sortez dès les premiers signes, sans attendre d'avoir terminé le rang.
Faut-il des gants pour monter le cadre d'une serre tunnel de marche ?
Oui, pour deux raisons. Les tubes d'acier galvanisé de 19 mm de diamètre ont des extrémités coupantes et des jonctions qui pincent la peau au serrage, et la galvanisation laisse un film gris sur les mains. Des gants souples qui laissent passer le bout des doigts suffisent : vous gardez la visserie et les écrous en main.
Pourquoi les fleurs de tomate tombent-elles sans donner de fruit en été ?
La fleur est plus fragile que la feuille, et son pollen perd de sa vigueur après quelques heures passées au-dessus de la trentaine. Quand les fleurs jaunissent puis tombent sans nouer au coeur d'une canicule, cherchez d'abord la température sous la bâche plutôt qu'un manque d'engrais. Ouvrez les deux ouvrants dès le matin, arrosez au pied en fin de journée, et la nouaison repart quand les nuits redeviennent plus fraîches.
Que faire des cordes de haubanage pour éviter les chutes ?
Tendez-les le long des parois et non en travers du passage, puis vérifiez qu'aucune ne pend à hauteur de cheville à l'entrée de la porte. Sur ce format, les quatre cordes partent du haut du cadre et descendent vers quatre piquets plantés inclinés vers l'extérieur. Repérez-les avant de reculer avec une brouette : c'est le passage le plus exposé.
Sources
- Nemer, M., Mitwalli, S. et Basha, H., 2026. Occupational heat stress among female agricultural workers in the Jordan Valley, Palestine. Annals of Work Exposures and Health.
- D'Angelo, S., 2026. Nutrition and Hydration Strategies for Heatwave Adaptation: A Narrative Review. Nutrients.
- Zepeda, A. C., Vorage, S., van Mourik, S., Heuvelink, E. et Marcelis, L. F. M., 2026. Too cold or too warm? Modelling seed set and fruit mass based on the effect of temperature on pollen quality. AoB Plants.
- Feuilloley, P., Mekikdjian, C. et Lagier, J., 1994. Aération naturelle des serres-tunnels plastiques en zone méditerranéenne. Plasticulture, INRAE.
