Le brûlage à l’air libre des déchets verts est interdit toute l’année en France, et l’interdiction a été renforcée par la loi du 10 février 2020. La pratique reste pourtant répandue au fond des jardins. Le CITEPA, l’organisme qui établit l’inventaire national des émissions, estimait à environ 830 000 tonnes la quantité de déchets verts brûlés annuellement par les particuliers, pour l’année 2021. Ces feux échappent par nature aux déchèteries comme à la collecte en porte à porte : il s’agit d’une estimation, et non d’un tonnage pesé.
Ce que mesure l’enquête de l’ADEME
L’étude de l’ADEME sur les comportements liés au brûlage a été réalisée par le Crédoc et publiée en mars 2023. Elle repose sur une enquête quantitative auprès de 2 559 personnes de 18 ans et plus résidant en France et disposant d’un jardin ou d’un extérieur privatif, complétée par des entretiens avec une dizaine de collectivités. Les proportions qui suivent sont donc déclaratives : elles portent sur des pratiques rapportées par les personnes interrogées, pas sur des flux pesés.
| Pratique de gestion des déchets verts | Part des personnes qui ont un jardin |
|---|---|
| Compostage d’au moins un déchet vert | 63 % |
| Apport en déchèterie | une personne sur deux |
| Collecte en porte à porte | 16 % |
| Brûlage à l’air libre d’au moins un déchet vert | 15 % |
| Broyage ou mulching | une personne sur dix |
Pratiques déclarées par les 2 559 personnes interrogées, étude ADEME et Crédoc publiée en mars 2023. Une même personne peut cumuler plusieurs pratiques.
La pratique est interdite, ce qui pèse sur les réponses. Trois fois plus nombreuses que celles qui se déclarent concernées, 45 % des personnes interrogées disent qu’un voisin ou une personne vivant à proximité brûle des déchets verts de son jardin. Le brûlage est aussi plus fréquent chez les 25-39 ans : 22 % d’entre eux déclarent brûler au moins un type de déchet vert, soit 7 points de plus que l’ensemble des personnes interrogées. L’enquête ne renseigne en revanche ni sur le volume brûlé, ni sur la fréquence de la pratique.
Pourquoi cette pratique persiste
- 9 % des personnes qui brûlent disent ne pas avoir d’autre moyen d’éliminer ces déchets.
- 8 % invoquent une déchèterie difficile d’accès.
- 7 % ne connaissent pas de solution alternative.
- 7 % y associent le plaisir de faire du feu à l’air libre.
- 6 % déclarent que leur collectivité ne propose aucune alternative.
Ce qui retient le plus celles et ceux qui ne brûlent pas, c’est l’interdiction elle-même, citée par 59 % d’entre eux, devant la pollution de l’air, citée par 35 %. La sanction reste théorique : 84 % des personnes qui brûlent au moins un de leurs déchets verts déclarent n’avoir jamais été sanctionnées. Du côté des riverains gênés, 22 % disent que cela ne les dérange pas, 18 % que cela les gêne sans qu’ils l’aient jamais signalé, et 5 % seulement l’ont signalé à la mairie, à la police ou à la gendarmerie.
Le brûlage n’est pas qu’une gêne de voisinage. Selon le CITEPA, plus de 6 % des émissions annuelles de particules fines PM2,5 du secteur résidentiel sont liées aux feux de déchets verts (rapport SECTEN, année 2021). La combustion se fait dans de mauvaises conditions : végétaux humides, oxygène de l’air qui accède mal au foyer. La personne la plus exposée est celle qui brûle, puis son entourage proche.
Rien n’oblige à brûler. Le compostage concerne déjà 63 % des personnes qui ont un jardin ; le broyage transforme les tailles en paillage ou en matière à composter, et une haie sèche se monte avec les branches. Ce que vous ne pouvez pas valoriser sur place se dépose en déchèterie, que l’étude de l’ADEME classe au second rang des pratiques. Pour les tonnages que les déchèteries reçoivent, voir ce que les déchèteries reçoivent de déchets verts ; pour les équipements et la pratique du compostage, notre fiche sur le compostage. Un tas de feuilles se monte aussi sans composteur, comme le détaille notre guide que faire des feuilles mortes sans tas de compost.