La série publiée par le SDES mesure les substances actives contenues dans les produits phytopharmaceutiques mis sur le marché, déclarées par les distributeurs à la banque nationale des ventes. Le tonnage s’entend hors adjuvants, pour la France entière, tous usages et tous acheteurs confondus, jardins compris. Il ne dit pas ce qui a été épandu dans l’année, seulement ce qui a été acheté : un stock constitué en décembre se retrouve dans les ventes de cette année-là et s’emploie parfois la suivante.
Une série qui oscille autour de 68 000 tonnes depuis 2010
Depuis le début de la décennie 2010, le total fluctue autour de 68 000 tonnes, avec des variations annuelles marquées. Deux années se détachent : 2018, avec un pic à 84 800 tonnes, 20 % de plus qu’en 2017, puis 2019, qui retombe à 54 500 tonnes, 36 % sous le niveau de 2018. Le SDES rattache les deux mouvements au même enchaînement, des achats anticipés à la fin 2018 dans la perspective du relèvement, au 1er janvier 2019, du taux de la redevance pour pollutions diffuses. En 2023, le total s’établit à 65 600 tonnes, en repli de 3 % sur un an et de 6 % sur deux, sans que le niveau moyen des années 2010 ait été quitté pour autant.
Substances actives phytopharmaceutiques vendues en France, en tonnes. Les largeurs sont proportionnelles aux tonnages, la barre de 2018 servant de référence. Source : SDES, banque nationale des ventes (BNV-D), juin 2025.
En 2023, les herbicides approchent la moitié des tonnages
Répartition des tonnages vendus en France en 2023, par famille de produits. Source : SDES, banque nationale des ventes (BNV-D), juin 2025.
Cette hiérarchie bouge peu d’une année sur l’autre, à quelques exceptions que le SDES rattache au temps qu’il a fait : une année très pluvieuse, comme 2014 ou le printemps 2018, pousse la part des fongicides, tandis que les températures élevées de 2021 et 2022 ont favorisé les insecticides. Les familles ne se valent pas pour autant : le découpage porte sur des tonnages, pas sur la dangerosité des molécules qui les composent.
Ce que la quantité mesure mal
L’indicateur additionne des matières dont une même masse n’a pas la même efficacité. Le SDES le souligne lui-même : remplacer une substance par une autre, plus efficace à dose plus faible, fait baisser le tonnage sans que l’intensité des traitements change. À l’inverse, les produits de biocontrôle à base d’huiles s’emploient en grandes quantités et peuvent faire monter le total tout en réduisant la toxicité. Un tonnage suivi sur quinze ans ne se lit donc jamais comme une mesure directe de l’exposition.
Ces quantités couvrent tous les usages, le jardinage amateur compris mais très minoritaire. La part des ventes qui va aux jardins, celle du bio et du biocontrôle et les substances les plus commercialisées ont leurs propres fiches. Au potager, l’essentiel se joue sans produit : un filet anti-insecte posé sur le rang pour les ravageurs et une toile de paillage pour les adventices.
Source : SDES, service des données et études statistiques du ministère de la Transition écologique, « État des lieux des ventes et des achats de produits phytopharmaceutiques en France en 2023 », juin 2025, d’après les déclarations des distributeurs à la BNV-D. Champ : France entière, substances actives hors adjuvants, hors Banole pour la Martinique.