La banque nationale des ventes, alimentée par les déclarations des distributeurs, recense les substances actives mises sur le marché français, hors adjuvants. La publication du SDES de juin 2025 les sépare en deux ensembles : celles utilisables en agriculture biologique, dites UAB, ou relevant du biocontrôle, et toutes les autres, dites conventionnelles. Être UAB signifie que l’usage du produit est autorisé en agriculture biologique : cela ne le réserve pas à cette agriculture, et tout ce qui est vendu ne l’est pas pour des parcelles conduites en bio.
Une catégorie qui a plus que doublé depuis 2010
Substances actives utilisables en agriculture biologique ou en biocontrôle vendues en France, en tonnes. Source : SDES, d’après la banque nationale des ventes, juin 2025.
Les ventes de ces substances ont augmenté sans interruption depuis le début des années 2010, passant de 10 300 tonnes en 2010 à près de 26 000 tonnes en 2021. Elles reculent depuis, de 8 % entre 2021 et 2023, pour s’établir à 23 800 tonnes. En regard, les substances conventionnelles sont passées de 52 200 tonnes en moyenne annuelle sur 2010-2019 à 42 900 tonnes sur 2020-2023, et leur part des ventes de 83 % à 64 %.
Sur des moyennes triennales, qui lissent les achats anticipés et les effets de stockage d’une année sur l’autre, les ventes de substances n’entrant ni dans les usages de l’agriculture biologique ni dans le biocontrôle ont reculé de 18 % entre 2009-2011 et 2021-2023.
Fongicides et insecticides d’abord
| Famille de substances | 2009-2011 | 2021-2023 |
|---|---|---|
| Fongicides, bactéricides, virucides | 34 % | 66 % |
| Insecticides, acaricides, nématicides | 33 % | 85 % |
Part des ventes de chaque famille assurée par des substances utilisables en bio ou en biocontrôle, en moyenne triennale. Source : SDES, d’après la banque nationale des ventes, juin 2025.
En 2023, les ventes de produits UAB ou de biocontrôle sont constituées à 73 % de fongicides et à 23 % d’insecticides, les herbicides comptant pour 3 % et les régulateurs de croissance pour 1 %. L’explication tient à la biologie : les maladies fongiques et les ravageurs se combattent par des prédateurs, des agents microbiologiques ou des huiles, tandis que les adventices restent difficiles à maîtriser sans herbicide. Dans les ventes de substances conventionnelles, les herbicides occupent ainsi 68 % des tonnages en moyenne sur 2021-2023, contre 53 % sur 2009-2011.
Ce que le tonnage ne dit pas
La quantité de substances actives agrège des matières dont l’efficacité varie beaucoup à poids égal. Le SDES le rappelle dans sa propre mise en garde : les insecticides de biocontrôle sont souvent des huiles, paraffinique, de vaseline ou de colza, biodégradables et sans résistance induite, mais qui s’emploient en quantités importantes pour être efficaces. Un tonnage de substances UAB ou de biocontrôle qui monte peut donc accompagner une baisse de la toxicité, il ne la prouve pas.
La toxicité se lit sur un autre jeu de données de la même publication. La part des substances classées cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques dans l’ensemble des ventes est passée de 32 % en 2010 à 16 % en 2023, de 19 500 à 10 300 tonnes, et de 38 % à 24 % si l’on ne considère que les substances hors agriculture biologique et biocontrôle.
Ce que ça change au jardin
Ces chiffres couvrent la France entière et tous les usages : ils ne décrivent pas ce qui est employé au potager. La part des ventes qui revient aux jardins a sa propre fiche, comme ce que les particuliers utilisent encore. Pour couvrir les cultures sans traitement, deux gestes simples suffisent : un filet posé sur le rang contre les insectes, et une toile qui tient les herbes au pied des plants.
Chiffres du SDES, service des données et études statistiques du ministère de la Transition écologique, « État des lieux des ventes et des achats de produits phytopharmaceutiques en France en 2023 », juin 2025, d’après la banque nationale des ventes. Champ : France entière, substances actives hors adjuvants.