Depuis janvier 2019, les produits phytosanitaires ne sont plus vendus aux particuliers en France : ils ont quitté les rayons des jardineries comme des grandes surfaces de bricolage. L’enquête de la SNHF, menée en ligne du 28 mai au 4 octobre 2021 auprès de 2 118 jardiniers amateurs, mesure ce qu’il reste de ces usages deux ans et demi après l’entrée en application. 5 % du corpus déclare utiliser encore des pesticides en 2021, contre 30 % avant 2019 chez les jardiniers installés depuis plus de deux ans. Ces parts décrivent un corpus de volontaires, elles ne valent pas pour l’ensemble des jardiniers français.
Ce que la comparaison avec l’avant-2019 mesure
| Population interrogée | Part qui utilise des pesticides | Base |
|---|---|---|
| Avant 2019, jardiniers installés depuis plus de 2 ans | 30 % | 1 971 |
| En 2021, ensemble du corpus | 5 % | 2 118 |
| En 2021, anciens utilisateurs et jardiniers installés depuis moins de 2 ans | 16 % | 720 |
Part des jardiniers déclarant utiliser des pesticides, par population et par base. Source : Société nationale d’horticulture de France, programme Jardiner Autrement, analyse de l’enquête 2021 sur l’impact de la loi Labbé, page 11.
Les trois lignes ne se comparent pas directement : elles ne portent pas sur les mêmes personnes. La comparaison avec l’avant-2019 laisse de côté les jardiniers installés depuis moins de deux ans, et ses 30 % reposent sur 1 971 réponses quand les 5 % de 2021 portent sur l’ensemble du corpus. Le rapport relève par ailleurs que les pesticides utilisés en 2021 sont les mêmes qu’avant l’interdiction : ce sont des produits conservés, pas des nouveautés apparues depuis. Ce sont d’abord des herbicides, à 89 % des usages restants, puis des insecticides, à 72 %. L’expérience de jardinage est le seul facteur nettement lié à cet usage restant, les jardiniers installés depuis moins de deux ans en utilisent significativement moins, 2 %, ceux qui jardinent depuis plus de dix ans significativement plus, 20 %. Ni la vocation du jardin, potager, ornement ou mixte, ni la motivation déclarée ne montrent de lien significatif.
D’où viennent les pesticides encore utilisés
Le premier circuit est l’armoire du garage : 84 % des jardiniers qui utilisent encore des pesticides en 2021 puisent dans un stock personnel constitué avant l’interdiction. Le reste vient de plus loin, achat à l’étranger pour 12 % d’entre eux, achat sur internet pour 10 %, auprès d’agriculteurs pour 9 %. Ces parts portent sur les seuls jardiniers concernés, une faible part du corpus : elles décrivent des circuits d’approvisionnement, pas des volumes.
Ce qui remplace les pesticides, et comment la loi est reçue
| Produit autorisé | Connu et utilisé | Connu et non utilisé | Pas connu |
|---|---|---|---|
| Savon noir | 1 220 | 560 | 338 |
| Bouillie bordelaise | 1 024 | 813 | 281 |
| Phosphate ferrique | 507 | 469 | 1 142 |
| Bacillus thuringiensis | 423 | 696 | 999 |
| Phéromones | 385 | 967 | 766 |
| Huiles | 312 | 542 | 1 264 |
| Macro-organismes | 273 | 936 | 909 |
| Nématodes | 165 | 806 | 1 147 |
| Acide pélargonique | 164 | 593 | 1 361 |
| Spinosad | 65 | 501 | 1 552 |
| Bacillus subtilis | 62 | 485 | 1 571 |
Nombre de jardiniers du corpus, sur 2 118, situés dans chaque case pour onze produits alternatifs autorisés par la loi Labbé. Source : SNHF, programme Jardiner Autrement, analyse de l’enquête 2021, page 16.
Le savon noir et la bouillie bordelaise dominent le tableau : 1 220 jardiniers disent utiliser le premier, 1 024 la seconde. Le savon noir est le seul que plus de la moitié du corpus emploie, la bouillie bordelaise passe juste sous cette barre. À l’autre bout, le spinosad et le bacillus subtilis restent inconnus de plus de 1 550 jardiniers. À côté de ces produits du commerce, la moitié du corpus, 51 %, prépare ses propres purins, macérations et décoctions, le plus souvent auto-produits, la consoude et l’ortie en tête. La loi Labbé est connue de 93 % des jardiniers du corpus, et jusqu’à 97 % de ceux dont les études touchent à l’horticulture, l’agriculture ou la biologie végétale, un quart des répondants exerçant ou ayant exercé dans ce secteur. L’adhésion suit : 91 % se déclarent d’accord avec l’interdiction des pesticides aux particuliers, dont 73 % tout à fait d’accord. Les changements de pratique déclarés vont dans le même sens, accepter mieux les mauvaises herbes pour 37 % d’entre eux, se renseigner davantage pour 36 %, accepter un peu de perte de récolte pour 32 %. La surface cultivée n’a pas diminué pour 59 % des jardiniers, et 34 % déclarent même l’avoir augmentée, contre 7 % qui l’ont réduite.
Ce que ça change pour votre jardin
L’usage des pesticides de synthèse est devenu marginal chez les jardiniers amateurs, et ce qui reste vient de vieux stocks plutôt que des rayons. Si vous cherchez quoi mettre à la place, notre recette de purin d’ortie fait partie des préparations les plus citées par le corpus, et le bicarbonate de soude face à l’oïdium vise l’une des deux maladies les plus citées par ces jardiniers. Pour les mauvaises herbes, le paillage et le disque au pied des arbres remplacent les herbicides, et la barrière au cuivre ou le piège à limaces répond au troisième motif de préoccupation de l’enquête, les limaces et les escargots. Notre fiche sur les préoccupations des jardiniers donne le classement complet des maladies et ravageurs qui inquiètent.