Un milliard de m³ rendus à l’atmosphère
Une retenue ne fait pas que stocker de l’eau : elle en perd aussi par évaporation de sa surface. France Stratégie isole ce qu’elle appelle le surplus d’évaporation, soit l’évaporation brute à la surface du plan d’eau moins l’évapotranspiration qui aurait eu lieu sur la même surface si la retenue n’existait pas. Pour les plans d’eau artificiels de France hexagonale et de Corse, tous types confondus, cette première estimation, réalisée avec l’IGEDD, donne de l’ordre d’un milliard de m³ par an.
Où l’évaporation se concentre
- Les retenues de plus de 1 000 m² portent environ 75 % du surplus d’évaporation total, pour une part bien plus faible du nombre d’ouvrages.
- Les retenues situées en zone de montagne couvrent 15 % de la superficie totale des retenues et ne participent qu’à hauteur de 3 % au surplus.
- Trois secteurs ressortent : l’est du bassin parisien, avec les grands lacs de la Seine en amont de Paris, le centre de la France, où les retenues de petite taille sont nombreuses, et les Alpes, avec les lacs de barrage.
Ces deux pourcentages ne portent pas sur le même découpage : une retenue de montagne peut dépasser 1 000 m². Ils ne s’additionnent donc pas. La note précise par ailleurs que des estimations à l’échelle de chaque plan d’eau restent nécessaires pour affiner ce premier total.
Les canaux, 3 à 5 millimètres par jour en été
Pour les canaux, aucun volume n’est publié : la note travaille en millimètres d’eau évaporée par jour. La littérature qu’elle retient donne une évaporation estivale entre 3 et 5 mm par jour. En prenant l’hypothèse basse, 3 mm par jour pendant les 90 jours les plus chauds de l’année, le facteur de consommation des canaux s’élèverait en France à 0,3 %. Cette hypothèse suppose 4 300 kilomètres de canaux artificiels d’une largeur de 15 mètres, et une évaporation brute, non corrigée de ce que cette eau aurait évaporé dans sa rivière d’origine.
Pourquoi cette eau n’est pas comptée
Une même retenue peut servir à plusieurs usages : hydroélectricité, irrigation, soutien de débit d’étiage, alimentation en eau potable. Imputer son évaporation à un seul de ces usages serait arbitraire, et la note renonce donc à la répartir entre secteurs. C’est pourquoi la consommation française est publiée à 4,4 milliards de m³ sans les retenues : en les intégrant, elle pourrait atteindre 5,4 milliards de m³, soit un cinquième en plus.
Ce que ça change pour votre jardin
Ces volumes concernent les ouvrages qui alimentent l’irrigation, l’eau potable et l’hydroélectricité, pas votre arrosage. Pour situer le vôtre, le calculateur du besoin en eau d’un jardin part du déficit climatique, département par département, mois par mois, et le calculateur de récupérateur d’eau de pluie estime le nombre de jours qu’une cuve couvre. Le détail des consommations françaises par usage, retenues exclues, est dans Les consommations d’eau par usage, et le budget qu’un foyer consacre à arroser son jardin dans L’eau d’arrosage des jardins.
Source : France Stratégie, Prélèvements et consommations d’eau : quels enjeux et quels usages ?, note d’analyse n° 136, avril 2024, page 14. L’estimation du surplus d’évaporation des plans d’eau a été réalisée avec l’IGEDD ; les hypothèses sur les canaux viennent de deux travaux publiés en 2013 et 2023, repris par la note. Les volumes de consommation portent sur 2020 en France hexagonale et en Corse. La note précise que l’évaporation des retenues n’est pas attribuée à un secteur, faute de données disponibles, et qu’elle reste donc exclue des répartitions par usage.