L’eau qui entre dans un réseau de distribution n’arrive pas entièrement au compteur. Le rapport annuel de l’Observatoire des services publics d’eau et d’assainissement, publié par l’Office français de la biodiversité, mesure cet écart service par service depuis 2009. Son édition de juin 2026, établie sur les données 2024, évalue le rendement moyen des réseaux de distribution d’eau potable à 79,2 %, contre 81,2 % l’année précédente.
Le rendement rapporte l’eau livrée à l’eau mise en distribution : au numérateur le volume consommé autorisé et les volumes vendus en gros, au dénominateur les volumes produits et importés. Ce qui manque, ce sont les pertes, fuites comprises dans la partie des branchements située avant le compteur. Le calcul national ne retient que les services assurant au moins la distribution : les services de production ou de production-transfert, dont le rendement atteint 96,9 % en 2024, en sont exclus. Les 7 963 services mesurés couvrent 61,5 millions d’habitants.
| Habitants desservis | Rendement moyen du réseau |
|---|---|
| Moins de 1 000 | 70,7 % |
| 1 000 à 3 500 | 73,1 % |
| 3 500 à 10 000 | 76,9 % |
| 10 000 à 50 000 | 79,9 % |
| 50 000 à 100 000 | 81,2 % |
| Plus de 100 000 | 78,9 % |
| Moyenne nationale | 79,2 % |
Rendement moyen du réseau de distribution d’eau potable selon la taille du service, figure 55 du rapport, données 2024. La moyenne est pondérée par les volumes produits et importés de chaque service. Source : Office français de la biodiversité, Observatoire des services publics d’eau et d’assainissement, édition de juin 2026.
Le décret « fuites » de 2012 impose à chaque service un rendement seuil, calculé selon la taille de la collectivité et la sensibilité de la ressource qu’elle prélève. Tout service au-dessus de 85 % est réputé conforme. Au moins 19 % des services étudiés en 2024, soit 7 % de la population couverte, restaient sous leur seuil, une proportion proche de celle de 2013. La réforme des redevances a remplacé la majoration pour non-conformité par une modulation de la redevance pour la performance des réseaux, entrée en vigueur au 1er janvier 2025.
Où part l’eau perdue
Rapportées au linéaire de conduites, les pertes se lisent avec l’indice linéaire de pertes : 3,0 m³ par kilomètre de réseau et par jour en moyenne nationale en 2024. La moitié des 7 549 services mesurés passent sous 1,7 et 10 % dépassent 6,9. L’indice linéaire des volumes non comptés est plus large, puisqu’il ajoute aux fuites les volumes de service et les volumes consommés sans comptage : il s’établit à 3,4 m³ par kilomètre et par jour.
À l’échelle du pays, les fuites représentent environ 1,2 milliard de mètres cubes par an, l’équivalent de la consommation annuelle d’environ 20 millions d’habitants. La dispersion entre services est large : 10 % des usagers relèvent d’un réseau dont le rendement est inférieur à 58 %, et 10 % d’un réseau dont le rendement dépasse 92 %. Ces écarts ne suivent pas seulement la taille : les grands services affichent les meilleurs rendements, mais leurs volumes perdus restent les plus élevés. La ville de Paris, avec un rendement de 91 %, perd ainsi environ 16 millions de m³, soit 1,3 % des pertes du pays.
- L’âge des canalisations, facteur aggravant sans être toujours déterminant.
- Le type de canalisation, souvent lié à la période historique de pose.
- La corrosion, interne sous l’effet d’une eau agressive, externe sous celui de l’humidité du sol.
- Les chocs thermiques des périodes de froid, qui cassent les conduites les moins résistantes.
- Le vieillissement des joints d’étanchéité entre les tronçons.
- Les mouvements de sol, qu’ils viennent du terrain, du passage d’engins ou des travaux de terrassement.
- La pression de l’eau dans les canalisations et ses variations.
Un réseau renouvelé en 165 ans
Le taux de renouvellement rapporte le linéaire de conduites remplacé sur cinq ans à la longueur du réseau. Il s’établit à 0,61 % par an en 2024, contre 0,66 % en 2023 : 6,1 km sur 1 000 chaque année, soit 5 980 km par an si on l’applique au linéaire national estimé à 980 000 km, et une fréquence théorique de renouvellement d’environ 165 ans. Ce chiffre est à manier avec prudence, le rythme utile dépendant de l’âge des tronçons : plus de 60 % du réseau national a été posé après 1970 et a donc moins de 50 ans. La méthode de calcul a changé cette année, les valeurs déclarées à zéro étant désormais prises en compte, ce qui rend la comparaison avec les années précédentes délicate. Les écarts territoriaux sont importants : trois départements, l’Ain, le Doubs et l’Ille-et-Vilaine, renouvellent au moins 1 % de leur réseau par an, dix autres se tiennent entre 0,31 % et 0,40 %, quand Mayotte est à 0,01 %, la Martinique à 0,09 % et la Guyane à 0,19 %.
Ce que ces pertes changent pour votre jardin
Ces volumes ne pèsent pas directement sur votre facture, mais ils disent ce que coûte un réseau : l’eau perdue a été prélevée, potabilisée et acheminée avant de disparaître. Pour lire votre propre consommation, notre fiche Le prix de l’eau du robinet donne le prix moyen du mètre cube et sa décomposition, et La consommation d’eau potable des ménages la part qui revient à chaque usage. Le calculateur du besoin en eau d’un jardin traduit le climat de votre département en litres d’arrosage, et le calculateur de récupérateur d’eau de pluie estime ce qu’une cuve couvre sur l’année.
Source : Office français de la biodiversité, Observatoire des services publics d’eau et d’assainissement, Panorama de l’organisation des services d’eau potable et d’assainissement et de leurs performances, édition de juin 2026, données 2024. Le rendement, l’indice linéaire de pertes et les 1,2 milliard de mètres cubes perdus sont en section 4.2.1, page 53, le taux de renouvellement en section 4.2.3, page 63, et les valeurs de référence en annexe 6, page 93.