Une centrale de bord de rivière ne consomme pas l’eau qu’elle prélève : elle la traverse pour se refroidir, puis la rejette plus chaude. La production d’énergie compte ainsi pour près de la moitié des prélèvements du pays, mais pour une part bien plus faible des volumes réellement retirés au milieu. France Stratégie publie les ratios qui séparent les deux types de refroidissement dans sa note d’analyse d’avril 2024, à partir des relevés de prélèvements et des données de production électrique publiés pour la France.
Deux circuits, deux usages de la rivière
| Type de circuit | Prélèvements (m³/MWh) | Consommations (m³/MWh) | Facteur de consommation |
|---|---|---|---|
| Ouvert | 233 | 1,9 | 0,8 % |
| Fermé | 11 | 2,4 | 22 % |
Tableau 5 de la note. Le facteur de consommation rapporte au volume utilisé la fraction qui n’est pas rendue au milieu. Ces données sont des moyennes nationales, avec des écarts importants d’un réacteur à l’autre selon leur puissance. Source : France Stratégie, note d’analyse n° 136, avril 2024.
- En circuit ouvert, l’eau est prise directement dans le cours d’eau, puis rejetée à une température plus élevée afin d’assurer le rendement et le refroidissement du réacteur : 233 m³ par mégawattheure traversent la centrale sans y rester.
- En circuit fermé, l’eau du circuit de refroidissement est en partie réutilisée et l’énergie part surtout par évaporation dans les tours aéroréfrigérantes : le prélèvement descend à 11 m³ par mégawattheure.
- Sur l’eau réellement consommée, le classement s’inverse : 2,4 m³ par mégawattheure en circuit fermé contre 1,9 en circuit ouvert, soit un facteur de 22 % face à 0,8 %.
Prélèvement et consommation ne désignent pas la même chose. Le premier est le volume retiré du milieu, la seconde ce qui ne lui est pas rendu. La centrale en circuit ouvert rend l’essentiel de ce qu’elle a pris, d’où un facteur de consommation sous 1 %. Celle en circuit fermé perd dans l’atmosphère l’eau qui s’évapore des tours, soit près d’un quart de ce qu’elle prélève.
Pour le nucléaire en circuit ouvert, l’eau rejetée plus chaude provoque une évaporation forcée additionnelle, estimée dans la vallée du Rhône à 0,8 % du volume rejeté. La note signale que ce phénomène est aujourd’hui négligé dans les statistiques officielles, qui comptent comme nulle la consommation des centrales en circuit ouvert. Le facteur de 22 % du circuit fermé vient d’une modélisation des tours aéroréfrigérantes menée par EDF sur la période 2010-2020.
Huit réacteurs sur le Rhône pèsent l’essentiel de l’énergie
Les centrales nucléaires en circuit ouvert installées le long du Rhône, huit réacteurs sur les trente-huit que compte le parc en bord de cours d’eau en France, concentrent près de 75 % des prélèvements du secteur énergétique et 38 % des prélèvements tous usages confondus. Ce poids a reculé entre 2012 et 2020, sous l’effet d’une disponibilité moindre du parc et de la fermeture de la centrale de Fessenheim à la mi-2020.
Ce que ces ratios changent pour votre jardin
Ces volumes ne disent rien de votre arrosage, mais ils changent la lecture des chiffres de l’eau : la moitié des prélèvements français repart vers la rivière. Pour situer votre consommation, le calculateur du besoin en eau d’un jardin traduit le climat de votre département en besoin d’arrosage, et le calculateur de récupérateur d’eau de pluie estime sur douze mois ce qu’une cuve couvre. Le détail par bassin versant est dans Les prélèvements d’eau par bassin versant, et la répartition des consommations par usage dans Les consommations d’eau par usage.
Source : France Stratégie, Prélèvements et consommations d’eau : quels enjeux et quels usages ?, note d’analyse n° 136, avril 2024. Le tableau 5 est page 14, les définitions des deux circuits et les réacteurs du Rhône sont page 9. Les ratios sont des moyennes nationales, calculées à partir de la Banque nationale des prélèvements quantitatifs en eau et des données de production électrique de RTE.