En 2020, la France hexagonale et la Corse ont prélevé 30,2 milliards de m³ d’eau douce, selon les calculs publiés par France Stratégie en avril 2024 à partir de la Banque nationale des prélèvements quantitatifs en eau. Ce total est stable sur la longue période : la moyenne annuelle s’établit à 31 milliards de m³ sur 1990-2019. Le volume prélevé ne dit pourtant rien de l’eau réellement retirée au milieu, puisque 4,4 milliards de m³ seulement ne retournent pas à la rivière ou à la nappe.
Sept bassins versants, des volumes très inégaux
| Bassin versant | Prélèvements | Consommations |
|---|---|---|
| Rhône-Méditerranée | 16,5 | 1,5 |
| Seine-Normandie | 4,1 | 0,6 |
| Loire-Bretagne | 3,3 | 0,8 |
| Rhin-Meuse | 3,2 | 0,3 |
| Adour-Garonne | 2,1 | 1,0 |
| Artois-Picardie | 0,9 | 0,1 |
| Corse | 0,1 | 0,1 |
| Ensemble des sept bassins | 30,2 | 4,4 |
Volumes en milliards de m³ prélevés et consommés en 2020, France hexagonale et Corse. Source : France Stratégie, note d’analyse n° 136, avril 2024, calculs à partir de la BNPE.
Le classement des prélèvements n’est pas celui des consommations. Rhône-Méditerranée domine les prélèvements avec 16,5 milliards de m³, parce que le bassin concentre les centrales nucléaires en circuit ouvert : 80 % des prélèvements français destinés à la production d’énergie y sont situés. Une centrale en circuit ouvert prélève 233 m³ par mégawattheure et n’en consomme que 1,9, l’écart entre les deux circuits de refroidissement étant détaillé dans Les ratios d’eau du nucléaire. Sur l’eau consommée, l’ordre change : Rhône-Méditerranée (1,5), Adour-Garonne (1,0) et Loire-Bretagne (0,8) en portent les trois quarts, et l’agriculture, irrigation et élevage réunis, en pèse 62 %.
Ce que le pays prélève, activité par activité
Contribution de chaque activité aux 30,2 milliards de m³ prélevés en 2020, France hexagonale et Corse. Source : France Stratégie, note d’analyse n° 136, avril 2024.
Les prélèvements agricoles se concentrent dans trois bassins, Rhône-Méditerranée, Loire-Bretagne et Adour-Garonne, qui rassemblent 87 % du total national du secteur. Les prélèvements destinés à l’eau potable sont les plus élevés en Seine-Normandie, qui réunit 28 % de la population hexagonale, et les canaux se trouvent surtout en Seine-Normandie et en Rhône-Méditerranée.
Le total de 30,2 milliards de m³ ajoute aux prélèvements déclarés dans la Banque nationale des prélèvements quantitatifs en eau une estimation des forages domestiques, que cette base ne recense pas. Le SDES retient de son côté 27,6 milliards de m³ prélevés en moyenne entre 2010 et 2019, un total qui écarte l’alimentation des canaux, soit 18 % des prélèvements français. Les deux chiffres ne se contredisent pas : ils ne portent ni sur la même année ni sur le même périmètre.
Ce qui a bougé entre 2010 et 2020 : les surfaces irriguées
Les volumes prélevés ne montrent pas de tendance à la hausse sur trois décennies. Ce qui progresse nettement, ce sont les surfaces équipées pour l’irrigation, comparées par le recensement agricole de 2010 et celui de 2020 : 2 843 milliers d’hectares équipés en 2020 contre 2 309 en 2010, soit 23 % de plus. L’augmentation va de +12 % dans le bassin Adour-Garonne à +78 % dans le bassin Artois-Picardie.
| Bassin versant | 2010 | 2020 | Évolution 2010-2020 |
|---|---|---|---|
| Rhin-Meuse | 68 | 82 | +22 % |
| Artois-Picardie | 110 | 196 | +78 % |
| Seine-Normandie | 320 | 395 | +24 % |
| Loire-Bretagne | 729 | 890 | +22 % |
| Adour-Garonne | 709 | 793 | +12 % |
| Rhône-Méditerranée | 359 | 463 | +29 % |
| Corse | 14 | 21 | +49 % |
| Ensemble des sept bassins | 2 309 | 2 843 | +23 % |
Surfaces équipées en irrigation, en milliers d’hectares. Source : France Stratégie, note d’analyse n° 136, avril 2024, calculs à partir des recensements agricoles de 2010 et de 2020.
Le développement se concentre dans le nord, où l’irrigation était peu répandue : en Artois-Picardie, il accompagne la culture des pommes de terre et des légumes d’industrie, petits pois et haricots verts. En Adour-Garonne, à l’inverse, les surfaces de maïs irrigué diminuent, ce qui explique la progression la plus faible des sept bassins. La part des exploitations équipées suit le même mouvement, nous la détaillons bassin par bassin dans notre fiche Les exploitations équipées pour l’irrigation.
Ce que ça change pour votre jardin
Ces volumes situent la tension sur la ressource, pas votre arrosage. Les bassins qui consomment le plus d’eau sont aussi ceux où le jardin souffre le plus du déficit de pluie en été. Pour traduire ces volumes en besoin d’arrosage sur une parcelle, le calculateur du besoin en eau d’arrosage établit, mois par mois et pour votre département, le déficit climatique à couvrir.
- Le poids de l’arrosage dans la facture d’eau d’un foyer raccordé est détaillé dans notre fiche L’eau d’arrosage des jardins.
- Les prélèvements qui échappent aux statistiques, ceux des forages de jardin, sont détaillés dans notre fiche Forages domestiques et arrosage.
- Pour garder l’eau du toit au lieu de tirer sur la nappe, le calculateur de récupérateur d’eau de pluie simule le remplissage d’une cuve sur douze mois.
Source principale : France Stratégie, Prélèvements et consommations d’eau : quels enjeux et quels usages ?, note d’analyse n° 136, avril 2024, calculs menés à partir de la Banque nationale des prélèvements quantitatifs en eau, des recensements agricoles de 2010 et de 2020 et de la synthèse du SDES de 2023. Les volumes par bassin et la répartition par activité portent sur l’année 2020 ; les surfaces irriguées comparent 2010 et 2020.