Une nappe monte et descend au rythme de ce qui entre dans le sol et de ce qui en sort. La page publique consacrée au niveau des nappes le formule ainsi : le niveau d’une nappe dépend de la quantité d’eau qui entre par infiltration et de la quantité qui en sort vers les milieux aquatiques ou un autre aquifère. Il monte pendant la période de recharge, plutôt l’automne et l’hiver, et baisse dès que cette recharge cesse, jusqu’à l’étiage de fin d’été.
La raison est saisonnière. En automne et en hiver, la pluie est plus abondante, l’évaporation faible et la végétation peu active : elle ne reprend presque rien de l’eau qui traverse les sols. À partir d’avril et jusqu’à l’automne, au contraire, les pluies infiltrées sont entièrement reprises par les plantes, et la sécheresse météorologique n’a alors que peu d’effet sur le niveau des nappes. Le bilan de l’année hydrologique 2024-2025, qui court du 1er septembre au 31 août, en tire la conséquence : les niveaux des plus hautes eaux, observés en fin de période de recharge, sont en général enregistrés entre mars et mai.
Deux calendriers, selon la nappe
Un même épisode pluvieux ne met pas le même temps à se voir dans une nappe, selon les terrains qu’il traverse. Le temps de réponse est de quelques jours pour une nappe réactive, celle des alluvions, des sables, des calcaires karstiques crétacés et jurassiques et des formations de socle, contre plusieurs semaines pour une nappe inertielle, celle de la craie crétacée, des sables et calcaires éocènes d’Artois-Picardie et du Bassin parisien, et des formations du Sundgau, des plaines à l’est du Rhône et de la Saône.
| Famille de nappe | Ce que le décalage change |
|---|---|
| Nappe réactive | cyclicité annuelle ; temps de réponse de quelques jours ; sensible aux sécheresses météorologiques, elle peut être soutenue par des recharges ponctuelles nées des pluies de printemps et d’été |
| Nappe inertielle | cyclicité pluriannuelle ; temps de réponse de plusieurs semaines ; résistante aux sécheresses, elle réagit rarement aux pluies estivales |
Comportement comparé des deux familles de nappes. Source : Bilan de la situation hydrologique en France du 1er septembre 2024 au 31 août 2025, Eaufrance, 2025.
Le calendrier de la recharge, tel qu’observé en 2024-2025
| Étape de l’année hydrologique | Ce que le bulletin observe | Quand, en 2024-2025 |
|---|---|---|
| Étiage 2024 | les plus basses eaux de l’année, qui ouvrent l’année hydrologique | généralement entre septembre et octobre 2024 ; entre fin septembre et mi-octobre pour les nappes inertielles, et jusqu’à début décembre sur les points les plus inertiels d’Artois et du Bassin parisien |
| Début de la recharge | la pluie s’infiltre en profondeur et les niveaux remontent | dès septembre 2024 sur les secteurs arrosés portant des nappes réactives, avec les orages de fin d’été, puis généralisée courant octobre à l’ensemble des nappes |
| Hautes eaux 2025 | le niveau le plus haut de l’année, atteint en fin de recharge | entre mars et mai 2025 |
| Vidange 2025 | la nappe se vide vers les cours d’eau, les sources, la mer et les prélèvements | dès février 2025 sur les nappes réactives d’une grande partie nord du territoire, et seulement entre avril et mai 2025 au sud et en Corse |
Séquence de l’année hydrologique 2024-2025, du 1er septembre 2024 au 31 août 2025. Source : Bilan de la situation hydrologique en France du 1er septembre 2024 au 31 août 2025, Eaufrance, 2025.
La recharge ne se déroule pas d’un trait. En 2024-2025, les épisodes ont été conséquents en octobre, puis la recharge a fortement ralenti en novembre, au point que la vidange a repris sur certains piézomètres captant une nappe réactive : les pluies efficaces manquaient, et une nappe très haute se vide plus vite. Elle s’est ensuite réactivée en décembre, plus activement en janvier 2025, avant de s’atténuer à partir de février sur une grande partie du territoire. Au même moment, elle repartait au sud-est, où les pluies de février à avril ont compensé les déficits des mois précédents.
Le bilan de l’hiver 2024-2025, secteur par secteur
| Secteur | Recharge 2024-2025 |
|---|---|
| Nappes les plus inertielles du Bassin de l’Artois et du Bassin parisien | excédentaire, portée par les pluies infiltrées en profondeur tout au long de l’automne et de l’hiver |
| Nappes moins inertielles du littoral de l’Artois et de la bordure est du Bassin parisien | déficitaire à proche de la moyenne |
| Nappes réactives des deux tiers nord et du sud-ouest | déficitaire à proche de la moyenne, la succession de périodes humides et sèches ayant enchaîné remontées et vidanges |
| Nappes réactives du sud-est | conforme aux normales à modérément excédentaire |
| Nappes inertielles du couloir Rhône-Saône | modérément déficitaire à autour de la moyenne, les pluies y ayant été moins efficaces |
| Plaine du Roussillon, massif des Corbières, vallée de l’Aude | déficitaire, sans répit sur toute l’année hydrologique |
Champ : France métropolitaine, année hydrologique 2024-2025. Les qualificatifs sont ceux du bilan, qui rapporte chaque secteur à la normale de ses propres nappes. Source : Bilan de la situation hydrologique en France du 1er septembre 2024 au 31 août 2025, Eaufrance, 2025.
Le résultat se lit sur les niveaux, pas seulement sur la pluie reçue. Aux hautes eaux 2025, les niveaux étaient généralement proches à au-dessus des normales, avec des situations déficitaires qui persistaient sur le Roussillon et le littoral ouest du Languedoc. À l’étiage 2025, fin août ou courant septembre, la situation restait proche des normales à haute pour les nappes inertielles et pour la plupart des nappes réactives, quelques points bas à très bas subsistant sur le socle du Limousin.
Où en sont les nappes au 1er septembre 2026
Tout dépend ensuite de l’année qui suit. Le bulletin du 11 septembre 2026 décrit une vidange à la baisse généralisée, qui s’opère sur 90 % des points d’observation, contre 8 % stables et 2 % en hausse. Elle s’explique par un déficit de pluie efficace depuis le mois de mai sur tout le territoire, une sécheresse plus marquée et des températures élevées depuis juin. Les pluies orageuses de l’été s’infiltrent peu dans les sols, et l’évapotranspiration accrue a augmenté le besoin en eau des plantes.
| Relevé | Au-dessus de la normale | Comparables | En dessous de la normale |
|---|---|---|---|
| Fin juillet 2026 | 16 % | 21 % | 63 % |
| Fin août 2026 | 19 % | 20 % | 61 % |
| Fin août 2025 | 30 % | 26 % | 44 % |
Part des points d’observation des nappes, rapportée aux normales du mois. Source : Bulletin national de situation hydrologique du 11 septembre 2026, Eaufrance, 2026.
Fin août 2026, les niveaux n’étaient satisfaisants que pour 39 % des points d’observation, légèrement au-dessus ou autour de la normale. Les situations les plus basses concernaient les nappes du socle limousin, des calcaires du Jura et de la plaine nord d’Alsace, à des niveaux très bas, tandis que la nappe des formations de la Vistrenque restait haute. Le bulletin signale aussi quelques piézomètres ayant réagi à la hausse après les pluies de début septembre, sans que cela marque pour l’instant le début de la recharge.
La section nappes du bulletin est réalisée par le BRGM à partir des données du réseau piézométrique national, consultables sur Ades. Un point d’observation « sous les normales » n’est pas une nappe à sec : son niveau est comparé à ceux du même mois sur les années antérieures. Le bulletin national paraît chaque mois en métropole et croise les nappes avec les précipitations, les précipitations efficaces et l’humidité des sols.