Une crépine de bout de ligne passe toute la saison sous l'eau. C'est ce qui la sépare des autres filtres d'arrosage, et ce qui rend son entretien difficile à caler. Dans cette pièce, rien ne se vide, rien ne se purge, rien ne se met hors gel. Ce qui change au fil de l'année n'est donc pas la crépine, c'est l'eau qui la traverse. Une cage inox plongée dans une réserve vieillit à la mesure de ce que la réserve lui envoie. Voici ce que les saisons lui font réellement, les deux dates qui comptent, et le seul repère qui dise quand la rincer.
En bref
- La crépine travaille noyée : pas de bocal à vider, rien à purger avant l'hiver, aucune pièce pleine d'eau à protéger du gel.
- Ce qui vieillit autour d'elle, c'est l'eau : limon remis en suspension, algues et film biologique selon la saison et l'exposition du récipient.
- L'été ne charge pas seulement l'eau, il appelle aussi plus de débit, et le débit est le premier facteur de perte de charge d'un filtre à tamis.
- Le repère de rinçage est gratuit ici : la cage se hisse hors de l'eau et se regarde en une seconde.
- Une maille plus serrée ne règle pas une eau chargée, elle raccourcit le délai entre deux rinçages.
Une pièce qui ne se vide jamais
Le corps de cette crépine inox est en ABS, la cage et le tamis en acier inoxydable, le joint en caoutchouc. Plongée dans une réserve, elle ne connaît ni le gel ni la chaleur de l'air : c'est la masse d'eau qui la protège. Sortie de l'eau, elle ne garde rien non plus : la cage est un treillis ouvert, donc il n'y a pas de récipient pour retenir une flaque. Le froid ne trouve donc rien à faire éclater, là où un filtre à bocal garde de l'eau au fond du sien et se fend au premier hiver rigoureux.
Trois choses seulement s'usent au fil des saisons, et aucune ne dépend de la météo. Le joint torique durcit quand il reste à l'air. La cage se déforme si elle tombe ou si elle est rangée sous un poids. Le filetage du collier n'aime pas la pince. Le reste, l'inox et l'ABS, ne bouge pas.
La conséquence est nette. Tout ce qui s'écrit d'ordinaire sur l'hivernage d'un filtre, vidanger avant les gelées, sécher, mettre hors gel, ne s'applique pas ici : il n'y a rien à vidanger. Les deux dates qui comptent se placent ailleurs, à la mise à l'eau et à la sortie de l'eau. Entre les deux, tout se décide sur la charge, jamais sur le calendrier.
Ce que la saison change, c'est la charge
Le chapitre que la FAO consacre aux filtres prévient que des précautions particulières s'imposent quand l'eau d'irrigation vient de réservoirs ouverts, troublée par du limon ou verdie par des plantes aquatiques. C'est exactement le milieu de cette crépine. Sa charge change trois fois dans l'année. Au printemps, l'eau stockée depuis l'automne a laissé tomber son sédiment, et la couche du fond se réveille au premier puisage. En été, la lumière et la chaleur font pousser dans l'eau un dépôt organique. À l'automne, les feuilles et la première pluie lavée arrivent en une fois. Le document indique aussi la voie de traitement à l'échelle d'une installation : injecter du chlore empêche la formation d'algues et d'autres dépôts biologiques. Personne ne chlorera une réserve de jardin, mais la remarque est utile. Le dépôt d'été n'est pas du sable qu'un tamis arrête proprement : c'est une matière vivante qui se colle aux mailles et qu'il faut frotter.
Reste le débit, et c'est là que l'été pèse deux fois. Sur un filtre à tamis monté avant une pompe, des essais en conditions contrôlées ont classé les facteurs de perte de charge dans un ordre net. Le débit pèse plus lourd que la charge de sable, elle-même plus lourde que l'ouverture de la maille. Juillet joue sur les deux premiers à la fois. Vous arrosez plus longtemps, donc vous appelez plus de débit, et l'eau appelée est la plus chargée de l'année : la même crépine, à maille égale, coûte plus cher en charge en juillet qu'en avril. Cette hiérarchie règle la question qui revient un jour de colmatage : serrer la maille ne sert à rien contre une eau chargée, puisque l'ouverture est le facteur le moins lourd des trois. Le levier est en amont, dans ce que la réserve envoie.

Ce qu'une charge organique fait à un tamis
Deux repères chiffrés situent la charge d'un été. Sur une exploitation piscicole, des filtres à disques et à tamis alimentés par l'effluent d'un bassin de truites ont été suivis. Leur perte de charge initiale atteignait 40 kPa, contre 5 kPa pour un modèle autonettoyant, et le délai avant lavage est resté sous la demi-heure. Un bassin de jardin n'est pas un effluent piscicole, mais le repère donne l'échelle : une eau chargée peut faire passer l'intervalle entre deux nettoyages de plusieurs jours à quelques dizaines de minutes. Cet intervalle n'est pas une propriété de la crépine, c'est une propriété de votre eau.
Le second repère porte sur le rinçage. Sur un filtre à tamis autonettoyant, des essais ont montré qu'un lavage se juge sur un seul critère : l'écart de pression doit revenir à sa valeur initiale, celle d'un tamis propre. La durée optimale se comptait en dizaines de secondes, entre trente et quarante-cinq, et le plus fin des deux tamis testés réclamait un seuil de déclenchement plus élevé, 70 kPa contre 60. Transposé à une crépine, cela donne une règle sans instrument : il n'y a pas de manomètre à consulter, donc la valeur initiale à retrouver, c'est la maille nue. Un rinçage n'est fini que lorsque vous voyez de nouveau au travers, sur les deux faces de la cage.
Le rinçage tient en six mouvements
Six mouvements, et l'ordre compte autant que le geste.
Sortez la crépine par le tuyau, jamais par la cage : une main qui plonge remue le fond du récipient, et un fond remué recharge la ligne qu'on vient d'arrêter. Ne la posez pas par terre. Dévissez le collier moleté à la main, sans forcer, et sortez la cage. Rincez à l'eau claire, à l'extérieur du récipient, de l'extérieur vers l'intérieur : le dépôt part des mailles du pourtour, puis vous le faites tomber vers le bas de la cage. Frottez du bout des doigts la face que l'eau attaque en premier, celle qui regarde l'extérieur. Regardez la maille à contre-jour avant de remonter, replacez le joint torique, revissez le collier à la main, et replongez la pièce au bout du tuyau jusqu'au bourrelet.
Rester entre les deux dates veut dire rincer sur la charge, et l'été la charge se lit vite. Cette pièce a un avantage que n'ont pas les filtres à bocal : elle sort de l'eau en une seconde, sans clé ni vanne, et se regarde aussi vite. En juillet, hissez-la à la fin de la séance d'arrosage : maille lisible, tout va bien ; maille opaque, rinçage tout de suite. Le débit, lui, prévient toujours après coup, et sur une conduite aspirante il prévient de la façon la moins agréable, par une pompe qui perd son rendement sans rien annoncer.

Le printemps : l'inspection qui ne se rattrape pas
Le rinçage n'est pas le seul rendez-vous. Une fois par an, avant la première immersion de la saison, la crépine demande une inspection, et celle-là ne se rattrape pas en cours de saison. Une cage cabossée ne plaque plus. Un tamis déchiré ne retient plus. Dans les deux cas, la pièce laisse passer plus que sa maille ne l'annonce, sans que la ligne n'en montre aucun signe.
À regarder dans l'ordre : la forme de la cage, qu'un choc de rangement peut ovaliser, et le tamis, en tirant pour voir si un fil n'a pas cédé près du bord. Ensuite le joint torique, qui doit rester souple et entier, et les cannelures de la queue, qui font la tenue sur le tuyau. Le filetage du collier, lui, doit se visser à la main sans point dur. Aucun de ces cinq points ne se voit sans sortir la pièce de son rangement.
Vient ensuite la première mise à l'eau, qui donne une lecture que rien d'autre ne fournit. Au bout de la première séance, hissez la cage et regardez ce qu'elle a ramassé en quelques heures. Encore lisible, elle annonce une saison tranquille, avec un rinçage toutes les deux ou trois séances ; opaque au bout d'une seule séance, elle dit l'inverse et fixe l'intervalle pour toute la saison. Le montage se vérifie au même moment, et il est décrit pas à pas dans le montage d'un filtre en ligne sur un tuyau souple.

Ce que le rinçage ne réglera jamais
Une crépine qui se recharge vite est un thermomètre, pas une panne. L'intervalle que vous observez mesure ce que votre réserve rend cette année : la pluie tombée, la toiture qu'elle a lavée, la lumière qui a touché l'eau, la profondeur à laquelle vous puisez. Le remède à un intervalle court n'est donc pas dans la maille, et rarement dans un rinçage de plus. Il est dans la réserve, à la fin de la saison, quand les gestes de fond se font en une fois et que la pièce est déjà sortie. Ce que la cage ramasse est aussi une information sur l'eau elle-même, du même ordre que ce que le sable et la rouille racontent dans une eau d'arrosage. Cela se lit de la même façon, du symptôme vers l'origine.
Le choix de la maille, lui, ne se rejoue pas en saison : il se tranche devant la pièce, sur les cotes d'une crépine de bout de ligne. Cette crépine appartient aux filtres d'arrosage qui vivent dans l'eau d'une réserve, jamais dans un réseau sous pression. C'est de là que lui vient son entretien, deux dates et un geste, sans rien à vidanger.
Le premier jus brun qui sort d'une ligne à la remise en eau ne vient pas de la crépine. C'est le dépôt qui bouche les goutteurs au printemps, celui que la réserve a laissé s'installer pendant l'arrêt. Un entretien bien placé ne supprime pas ce dépôt, il fait en sorte qu'il ne parte pas dans le réseau.
Questions frequentes
La crépine doit-elle rester dans l'eau entre deux arrosages ?
Oui, elle est faite pour cela : le corps en ABS et la cage en inox ne souffrent pas d'un séjour prolongé dans une réserve, et la laisser au bout du tuyau évite de manipuler la queue cannelée à chaque séance. La seule raison de la sortir est une réserve qu'on vide complètement, par exemple pour un nettoyage de fond : une pièce oubliée dans un récipient à sec reste alors au soleil et au gel, deux choses qui n'apportent rien et que le joint torique supporte mal.
Peut-on rincer la crépine avec l'eau du récipient ?
C'est le geste à éviter, parce qu'il remet la pièce dans la charge dont vous venez de la sortir. L'eau d'une réserve qui vient de servir porte précisément le limon et les débris que le tamis a retenus, et rincer dedans revient à en déposer une partie plus profond dans les mailles. Un filet d'eau claire à l'extérieur du récipient, au-dessus d'un seau ou à même la terre, fait le travail en quelques secondes.
Le gel peut-il fendre la crépine si elle reste dehors l'hiver ?
Le risque n'est pas le même que sur un filtre à bocal. Une cage ouverte sortie de l'eau ne retient rien : il n'y a pas de volume d'eau à transformer en glace, donc rien à faire éclater par dilatation. Ce qui souffre dehors, c'est le caoutchouc du joint torique, exposé au froid et au soleil sans l'eau qui le protégeait en saison. La pièce se range à l'abri, sèche, avec le tuyau, et se remonte au printemps.
Pourquoi la crépine se charge-t-elle plus vite en été ?
Parce que l'été agit sur deux plans à la fois. La lumière et la chaleur font pousser dans l'eau une matière vivante qui se colle aux mailles au lieu de les traverser proprement, et l'arrosage quotidien fait passer beaucoup plus d'eau dans le même tamis. Une réserve ombragée et couverte charge donc moins qu'un bac exposé et à ciel ouvert, à volume égal et pour une même quantité d'eau puisée.
Sources
- Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, La petite irrigation dans les zones arides, principes et options, chapitre 4, Rome, consulté le 1er octobre 2026.
- Hasani, A. M., Nikmehr, S., Maroufpoor, E., Aminpour, Y., Puig-Bargués, J., 2022, Performance of disc, conventional and automatic screen filters under rainbow trout fish farm effluent for drip irrigation system, Environmental Science and Pollution Research, vol. 29, p. 80624-80636.
- Jin, Z., Chen, L., Li, Q., Aihemaiti, M., Jiang, Y., Tao, H., 2025, Establishment of predictive models for head loss and filtration efficiency of pontoon mesh rotary filter based on dimension analysis, Scientific Reports, vol. 15.
- Zong, Q., Liu, Z., Liu, H., Yang, H., 2019, Backwashing performance of self-cleaning screen filters in drip irrigation systems, PLOS ONE, vol. 14, article e0226354.

