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Arroseur vert posé sur une pelouse mouillée, flaque d'eau trouble beige-brun sous les buses et voile d'ocre pâle sur les brins d'herbe
Ce que la buse recrache, l'eau l'a pris en amont : rien de ce dépôt n'a été fabriqué dans l'arroseur.

Sable et rouille à l'arroseur : remonter jusqu'à la source

8 min de lecture


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Un arroseur qui crache du sable, des gravillons ou de fines écailles brun-rouge ne fabrique rien : il restitue ce que l'eau portait avant d'arriver jusqu'à lui. Le sable dans l'eau d'arrosage a donc un petit nombre d'origines possibles, et le diagnostic tient à une seule question, où cette matière est-elle entrée dans l'eau. Elle peut venir du fond d'une réserve que le remplissage a remué, d'un puits ou d'un forage qui rend du sable, ou du métal d'un réseau qui s'oxyde. Ces trois origines ne se traitent pas au même endroit, et l'ordre dans lequel on les cherche fait gagner du temps.

En bref

  • La buse n'invente rien : le sable et le limon viennent de l'eau, le plus souvent du dépôt de fond remis en suspension.
  • La rouille a deux origines possibles, le métal du réseau et le fer porté par l'eau, et les deux ne se réparent pas au même endroit.
  • Un filtre à tamis arrête ce qui est déjà solide. Ce qui est dissous le traverse sans être retenu.
  • Une prise qui travaille au-dessus du dépôt aspire de l'eau claire. Posée dedans, elle aspire le sédiment.

Ce qui sort de la buse n'y est pas né

Aucune buse d'arroseur ne fabrique de sable. Une buse dose, oriente et pulvérise : elle laisse passer ou elle se bouche, mais elle n'ajoute rien à l'eau qui la traverse. Tout ce que vous retrouvez sur l'herbe, dans la flaque ou sur les feuilles était donc déjà dans l'eau, à l'état de particule ou à l'état dissous.

La littérature agronomique le décrit depuis longtemps. Dans sa synthèse sur la qualité de l'eau en irrigation, la FAO écrit que les sédiments en suspension, organiques comme inorganiques, posent problème dans les réseaux par le colmatage des vannes, des têtes d'aspersion et des goutteurs. Ils peuvent aussi endommager les pompes si aucun écran n'est utilisé pour les retenir. Le même document range les dépôts disgracieux sur les fruits et les feuilles, lors d'un arrosage par aspersion, parmi les conséquences d'une eau riche en fer. Deux phrases, deux coupables différents : une matière minérale arrachée au milieu, et un métal transporté par l'eau.

Votre arroseur est donc un révélateur, pas une cause. C'est aussi ce qui rend le diagnostic possible : la nature du dépôt dit presque toujours d'où il vient, à condition de savoir ce qu'on regarde.

Vue plongeante dans une cuve d'eau de pluie : dépôt de sable beige-gris et de limon au fond, tuyau d'arrosage noir arrêté au-dessus du sédiment
Le fond d'une réserve garde tout ce que l'eau a apporté : c'est lui qui recharge la ligne au premier puisage qui le remue.

Sable, limon et rouille : trois origines à ne pas confondre

La matière minérale vient de l'eau et se pose vite. Le sable, le limon et les débris fins sont des particules déjà solides. Elles ne se dissolvent pas, elles se déplacent. Dans une réserve, elles finissent par tomber au fond, et c'est là qu'elles attendent : un remplissage un peu vif, une prise posée trop bas ou un orage qui fait déborder la cuve les remettent en suspension, et la ligne les aspire.

La rouille, elle, peut venir du métal comme de l'eau. Le document de la FAO note que la détérioration du matériel par corrosion ou entartrage de l'eau est un problème qui touche surtout les puits et les pompes. Le métal du réseau, lui, n'est pas inerte : des travaux menés en circuit d'eau sur de l'acier au carbone plongé dans un milieu à bactéries ferrugineuses ont décrit une corrosion locale du métal, donc une libération de fer dans l'eau. Cette rouille-là ne vient pas du sol mais des parois qu'elle ronge.

Une des deux traverse le tamis, l'autre non. C'est la différence qui décide de tout ce qui suit. Les écailles de rouille et le sable sont des solides : un tamis les arrête. Le fer dissous, lui, passe à travers la maille sans que rien ne le signale. C'est cette part-là que la FAO retrouve sous forme de dépôt sur les fruits et les feuilles après une aspersion à l'eau ferrugineuse : une matière qui se dépose en aval de la buse, sur ce que l'eau touche, et non dans la conduite.

Tache brun-rouge de sédiment fin déposée au fond d'une bassine émaillée blanche, avec une auréole ocre pâle sur l'émail
Un dépôt brun-rouge au fond d'un récipient ne dit pas encore d'où vient le fer : le métal du réseau et le fer porté par l'eau laissent la même trace.

Remonter du symptôme à la source en trois prélèvements

Le diagnostic ne demande aucun instrument. Trois prélèvements, dans cet ordre, suffisent à trancher.

Un verre d'eau, au bout de la ligne. Remplissez un verre propre au bout du tuyau, avant l'arroseur si vous pouvez, et laissez-le reposer une heure sans y toucher. S'il se forme un dépôt granuleux et clair au fond, l'eau transporte de la matière minérale. Si le fond du verre reste propre mais qu'un film ocre se dépose sur les parois et colore l'eau, le problème est du côté du fer.

Le fond de la réserve, avant et après un remplissage. Regardez le fond quand la cuve est au repos, puis une heure après l'avoir remplie. Si le dépôt a bougé, si l'eau s'est troublée et si le fond s'est étalé, votre prise puise dans la zone la plus chargée du récipient, et le jet de remplissage est votre premier complice.

Le moment où le dépôt apparaît. Un arroseur qui crache au premier arrosage de la saison, puis plus rien pendant des semaines, ne puise pas dans une source chargée : il vidange un dépôt qui dormait dans les conduites et dans le tuyau. Des essais publiés sur le dépôt de particules d'oxyde de fer dans des tuyaux d'eau ont mesuré que la concentration en suspension diminue de façon exponentielle le long de la conduite, et que l'essentiel de la matière se fixe dans la partie amont. Une ligne qui n'a pas servi depuis l'automne restitue donc son dépôt d'un coup, puis se comporte normalement.

Trier par taille : ce qui reste et ce qui passe

Un filtre à tamis travaille sur une seule grandeur : la taille. Tout ce qui mesure plus que la maille reste du bon côté, tout ce qui mesure moins la traverse. Le sable, le limon grossier, les débris végétaux et les écailles de rouille sont arrêtés. Le calcaire dissous et le fer dissous passent, et continueront de passer quelle que soit la finesse choisie.

Est-ce que cela vaut la peine d'arrêter si peu de chose ? Oui, parce que ce peu de chose est précisément ce qui abîme le matériel en aval. Sur un banc d'essai de gaines goutte-à-goutte alimentées en eau boueuse, la teneur en sédiments s'est révélée le facteur qui pèse le plus lourd sur la perte de débit, devant la concentration d'engrais et devant la pression de service. Autrement dit, ce n'est pas la chimie de l'eau qui bouche un système d'arrosage en premier, c'est ce qu'elle transporte.

Reste la limite de l'exercice. Un tamis de bout de ligne protège la buse, les goutteurs et le tuyau, pas la réserve ni le puits. Il se rince à la main, à l'extérieur, et il se recharge d'autant plus vite que l'eau est chargée. C'est un capteur autant qu'un filtre : la vitesse à laquelle il se couvre vous renseigne sur ce que votre eau contient.

Ce que le diagnostic change dans la pratique

Un prélèvement qui ne change rien à la suite ne sert à rien. Trois cas, trois conduites à tenir.

Le verre se charge de sable. La matière vient du milieu et non du réseau : la prise puise trop bas dans la réserve, ou le remplissage brasse le fond. Le geste à faire est celui du montage immergé, décrit pas à pas dans le montage d'un filtre en ligne sur un tuyau souple, et il consiste à décoller l'aspiration du sédiment avant de s'occuper du filtre.

L'eau se colore sans rien déposer. Le fer est à l'état dissous, et aucun tamis de bout de ligne n'y changera quoi que ce soit, puisque la matière traverse la maille en solution. La réponse est en amont, du côté de la ressource, et non dans une maille plus serrée. Une eau de récupération, moins chargée en fer qu'une eau de forage, règle d'ailleurs souvent le problème.

Les sédiments arrivent dès l'entrée du système. C'est le cas que la FAO vise quand elle recommande de retenir les sédiments par un écran pour protéger les pompes : ce qui protège un réseau, c'est un filtre placé en amont, là où l'eau entre. Sur une ligne d'arrosage modeste, cette place revient au filtre à crépine qui s'enfonce au bout d'un tuyau souple : il se monte à la main, se rince sans outil, et arrête les particules avant qu'elles n'atteignent la buse. Il fait partie des filtres d'arrosage qui travaillent noyés dans une réserve, et non dans un réseau sous pression.

Quand le dépôt revient malgré le filtre

Si le symptôme persiste, la cause est presque toujours en amont ou en aval du filtre, jamais dedans.

Le sable revient en quelques arrosages. La crépine se recharge trop vite pour la quantité de matière en jeu : la prise puise encore dans le dépôt, ou l'eau est réellement trop chargée pour un tamis de bout de ligne. Le premier cas se règle en remontant la prise, le second en laissant la réserve se reposer et en nettoyant son fond.

La rouille revient alors que le tamis reste propre. Le filtre n'est pas en cause, puisque rien de solide ne l'atteint : le fer traverse la ligne à l'état dissous et se dépose en aval, sur ce que l'eau touche.

Le dépôt n'apparaît qu'au premier arrosage. Il dormait dans le tuyau et dans les conduites. Laissez couler une minute à l'écart des plantes avant de brancher l'arroseur, et le tour est joué pour la saison. Ce dépôt de reprise est aussi celui qui donne le premier jus brun dans les goutteurs au moment où l'on remet une ligne en eau.

Cage à tamis inox posée sèche sur un papier gris, mailles chargées d'une poussière de limon ocre et de quelques écailles de rouille
Le tamis ne trie pas : il arrête tout ce qui mesure plus que sa maille, sable comme rouille, et rien de ce qui est dissous.

Le sable et la rouille ne sont donc pas deux pannes mais deux messages. Le premier dit que votre eau transporte de la matière minérale, le second qu'elle transporte du fer. Dans les deux cas, la buse n'est que le dernier maillon d'une chaîne qui commence au fond de la réserve, dans la nappe ou dans les conduites. Remonter cette chaîne, c'est déjà avoir fait la moitié du travail.

Questions frequentes

Pourquoi mon arroseur crache-t-il du sable alors que l'eau sort claire du robinet ?

Une eau claire n'est pas une eau sans particules. Ce qui se dépose dans les conduites ne reste pas en place : des essais menés sur des tuyaux d'eau ont montré qu'une partie des particules en suspension se fixe aux parois, que la concentration diminue au fil de la conduite et que le dépôt se forme surtout dans la partie amont. Une remise en pression, un chantier sur le réseau ou la première ouverture de la saison décollent une partie de ce dépôt, qui repart d'un seul coup, après des semaines de voyage.

Un filtre à tamis suffit-il à supprimer la rouille ?

Il arrête la rouille déjà formée, celle qui se présente sous forme d'écailles ou de grains, et il laisse passer tout ce qui est dissous. Or le fer qui colore une eau de puits n'est pas toujours porté par des particules au moment où l'eau traverse le filtre : une part du dépôt brun-rouge apparaît plus loin, en aval de la buse. La FAO range justement les dépôts sur les fruits et les feuilles, après un arrosage par aspersion, parmi les conséquences d'une eau riche en fer. Le tamis nettoie donc la ligne, il ne traite pas l'eau. Ce point se règle à la source, pas avec une maille plus serrée.

Faut-il choisir une maille plus fine pour ne plus voir de dépôt ?

Non, et c'est même le contraire qu'on obtient. Une maille plus serrée retient davantage de matière, donc elle se charge plus vite et demande un rinçage plus fréquent, ce qui finit par coûter plus de débit qu'une maille moyenne bien rincée. La finesse de la maille ne règle pas une eau chargée : c'est la quantité de matière qui arrive au filtre qu'il faut faire baisser.

Un filtre à tamis retient-il aussi le calcaire ?

Non, et pour la même raison que pour le fer dissous : le calcaire d'une eau d'arrosage est dissous, donc il traverse la maille quelle que soit sa finesse. Il ne se dépose qu'ensuite, en aval, sous forme d'entartrage, et la FAO cite justement l'entartrage parmi les détériorations que l'eau peut infliger au matériel d'irrigation. Le tamis protège donc la buse des particules, pas de l'entartrement. Contre le calcaire, la seule voie vraiment efficace reste de changer d'eau, en arrosant à l'eau de pluie plutôt qu'à l'eau du réseau.

Sources