Le mildiou de la tomate est la maladie qui fait le plus peur au potager, et le bicarbonate est le remède le plus cité contre lui. La recette se transmet d'une page à l'autre, toujours la même, sans qu'aucune ne dise sur quelle mesure elle repose. Nous avons déjà cherché ce que les essais contrôlés mesurent réellement quand on parle de bicarbonate au jardin : contre l'oïdium, la réponse existe et elle est étroite. Restent les deux autres promesses de la réputation du produit, le mildiou et la pourriture grise, et elles ne se répondent pas de la même façon.
Notre source principale ici est une revue publiée en 2023 dans Plants par dix-sept auteurs rattachés à des équipes italiennes, françaises, polonaises, hongroises et égyptiennes, consacrée aux substances de base en protection des cultures. Une revue ne produit aucune mesure nouvelle : elle rassemble et discute des essais conduits par d'autres équipes. Ce qu'elle apporte est un recensement de ce qui a été testé, et de ce qui ne l'a pas été, et c'est exactement ce qu'il faut pour répondre aux deux questions de cet article.
En bref
Contre le mildiou, le bicarbonate ne figure dans aucune liste de substances retenues par la revue que nous citons, et nous n'avons trouvé aucun essai contrôlé qui le teste : nous ne l'écrirons donc pas comme un traitement. Contre la pourriture grise du raisin de table, le bicarbonate de sodium, celui de la cuisine, fait passer le taux de dégâts de 23 % à 12 % dans un essai de grande taille, avec deux applications préventives avant récolte. C'est mesuré, c'est réel, et ce n'est ni un curatif, ni un résultat transposable tel quel au potager.
Le mildiou n'est pas l'oïdium
C'est le point de départ, et il est souvent manqué. Le mildiou n'est pas un champignon au sens strict : c'est un oomycète, un organisme d'un autre groupe, qui infecte les feuilles par un temps humide et se propage très vite une fois installé. L'oïdium, lui, est un champignon vrai, qui pousse en poudre blanche sur la surface des feuilles par temps sec.
Cette distinction n'est pas un détail de manuel. Les essais qui mesurent une action des bicarbonates, sur la betterave sucrière ou sous abri sur le concombre, portent tous sur l'oïdium, donc sur des champignons. Rien, dans leur protocole ni dans leur résultat, ne permet d'étendre la conclusion à un organisme qui n'est pas de la même nature. Un produit qui gêne un champignon de surface ne gêne pas nécessairement un oomycète qui traverse le feuillage par temps de pluie.
Les auteurs de la revue rappellent d'ailleurs une limite qui vaut pour tout ce dossier : l'efficacité d'une substance de base varie fortement selon son origine, la culture visée, l'agent pathogène, le moment et la méthode d'application. C'est une mise en garde contre les recettes transposées d'une maladie à l'autre, et elle s'applique en premier lieu au grand saut qui consiste à soigner le mildiou avec un résultat mesuré sur l'oïdium.
La liste où le bicarbonate n'apparaît pas
Sur le mildiou de la vigne, la revue cite les substances de base qui peuvent montrer une efficacité, en particulier quand elles s'intègrent à des stratégies qui réduisent le cuivre : la chitosane, la prêle, le saccharose, l'écorce de saule, la lécithine, le fructose et l'ortie. Le bicarbonate n'y figure pas.
Nous n'écrirons donc pas que le bicarbonate traite le mildiou. Nous n'avons trouvé aucun essai contrôlé qui le montre, et l'absence d'un produit dans la liste des pistes retenues par une revue qui lui est par ailleurs favorable sur d'autres maladies est un indice qui va dans le même sens. C'est une absence de preuve, pas une preuve d'inefficacité, et la différence entre les deux mérite d'être écrite noir sur blanc.
Si vous cherchez des moyens documentés contre le mildiou, notre article sur le purin d'ortie détaille ce qui est réellement mesuré sur une préparation que beaucoup de jardiniers emploient à cette fin. Et les leviers qui ne coûtent rien à préparer, aération entre les plants, arrosage au pied plutôt qu'au feuillage, suppression des feuilles atteintes, agissent sur les conditions mêmes de la maladie.
La pourriture grise : un chiffre réel, mais étroit
Reste le bicarbonate de sodium, celui de la cuisine, et la pourriture grise, causée par le champignon Botrytis cinerea. Ici, la revue rapporte un résultat chiffré de grande taille, et il mérite d'être lu exactement pour ce qu'il est.
Le chiffre : dans des essais conduits dans le sud de l'Italie sur le raisin de table, pour se rapprocher des conditions commerciales réelles, deux applications de bicarbonate de sodium, l'une 30 jours et l'autre 90 jours avant la récolte, font passer le taux de dégâts de 23 % sur le lot non traité à 12 %. La revue cite aussi des essais plus petits, en laboratoire et en serre, qui vont dans le même sens sur les pourritures de conservation.
Ce que le chiffre ne dit pas est aussi important. Il ne s'agit pas d'un traitement curatif appliqué sur des fruits déjà malades, mais de deux applications préventives placées avant la récolte. Il porte sur un fruit de garde, le raisin de table, pas sur un légume de potager ni sur des fraises. Et le produit testé est le bicarbonate de sodium, un sel précis : quand une recette de jardin parle de bicarbonate sans dire lequel, elle ne dit pas de quoi elle parle, nous détaillons cette distinction des deux sels dans l'article sur l'oïdium.
Le texte complet de la revue et sa bibliographie sont en accès libre. Étude publiée sous licence CC BY 4.0, reprise autorisée avec crédit.
Ce que nous en faisons, de notre côté
Ce qui suit est notre pratique, pas un résultat d'essai, et nous l'affichons comme telle.
Contre le mildiou, nous ne comptons pas sur le bicarbonate. Nous jouons sur le calendrier et les conditions : plants espacés, feuillage tenu au sec, arrosage au pied le matin, suppression immédiate des feuilles marbrées dès qu'elles apparaissent. À l'automne, nous nettoyons les débris au sol, parce que la maladie passe l'hiver dessus.
Sur les fruits sensibles à la pourriture, le seul enseignement transférable de l'essai italien est le calendrier : deux passages préventifs placés avant la récolte, pas un rattrapage sur des fruits déjà couverts de duvet gris. Si nous pulvérisons, c'est en fin de journée, sur les deux faces du feuillage, avec un pulvérisateur électrique à dos qui tient sa pression sans pompage manuel, et en rinçant la récolte à l'eau claire.
Et nous ne mélangeons rien à la préparation. Le mélange au savon noir que l'on trouve dans toutes les recettes n'a pas de source que nous puissions citer, ni dans la revue citée ici, ni dans les essais de notre article sur l'oïdium, et nous préférons le dire que de l'inventer.
Sources
- Toffolatti, S. L., Davillerd, Y., D'Isita, I., Facchinelli, C., Germinara, G. S., Ippolito, A., Khamis, Y., Kowalska, J., Maddalena, G., Marchand, P., Marcianò, D., Mihály, K., Mincuzzi, A., Mori, N., Piancatelli, S., Sándor, E. et Romanazzi, G., « Are Basic Substances a Key to Sustainable Pest and Disease Management in Agriculture? An Open Field Perspective », Plants, vol. 12, n° 17, article 3152, 2023. DOI : 10.3390/plants12173152. Licence CC BY 4.0 : article cité, chiffres repris, aucun texte ni figure reproduit.
Pour comprendre comment nous choisissons une étude et pourquoi une licence NC ou ND change ce que nous avons le droit de reprendre, notre page Sources et méthode détaille la démarche.
Questions frequentes
Le bicarbonate de soude soigne-t-il le mildiou de la tomate ?
Nous n'avons trouvé aucun essai contrôlé qui le montre, et nous ne l'écrirons donc pas. La revue scientifique que nous citons recense les substances de base utilisables contre le mildiou de la vigne : chitosan, prêle, saccharose, écorce de saule, lécithine, fructose et ortie. Le bicarbonate n'y figure pas. Ce n'est pas la preuve que cela ne fonctionne pas : c'est une absence de preuve, et nous la présentons comme telle. Le mildiou n'est d'ailleurs pas un champignon mais un oomycète, un organisme différent de celui de l'oïdium, sur lequel les bicarbonates ont été mesurés.
Le bicarbonate traite-t-il la pourriture grise ?
Un essai de grande taille, rapporté par la revue que nous citons, fait passer le taux de dégâts de pourriture grise sur le raisin de table de 23 % sur un lot non traité à 12 % après deux applications de bicarbonate de sodium, l'une 30 jours et l'autre 90 jours avant récolte. C'est une réduction réelle, mais préventive : le traitement était placé avant la récolte d'un fruit de garde, pas sur des fruits déjà malades. La revue cite aussi des essais plus petits, en laboratoire et en serre, qui vont dans le même sens sur les pourritures de conservation. Rien ne permet de transposer ce chiffre à un panier de fraises.
Quelle dose de bicarbonate contre ces maladies ?
Nous n'en donnons pas, parce qu'aucun des travaux cités n'en fixe une pour une planche de jardin. L'essai sur la pourriture grise du raisin travaille à deux applications calendrées avant récolte sur une culture fruitière, et les essais sur l'oïdium, détaillés dans notre article soeur, utilisent des doses agricoles sur des cultures menées en rangs. Reportez-vous à la notice d'un produit autorisé plutôt que de convertir un essai agricole en recette de cuisine.
Faut-il rincer les légumes après une pulvérisation de bicarbonate ?
Oui, comme après toute pulvérisation foliaire. La revue que nous citons rappelle un point réglementaire utile : les substances de base n'ont pas de limite maximale de résidus et, en général, pas de délai à respecter avant récolte. C'est une caractéristique de leur statut, pas une mesure d'hygiène, et cela ne dit rien de ce que vous avez pulvérisé vous-même. Rincez à l'eau claire, et ne traitez pas la veille d'une cueillette.
