La synthèse du SDES sur les sols en France est nette : 8 % des terres sont artificialisées, et cette superficie ne cesse d’augmenter, même si le rythme ralentit par rapport au début de la décennie 2000. Un sol artificialisé n’est pas forcément un sol bétonné. La statistique range dans la même famille les sols imperméabilisés, bâtis et revêtus, et les sols fortement anthropisés : équipements sportifs, espaces verts artificialisés, carrières, décharges. Dans cette masse, 44 % des espaces artificialisés sont constitués de sols imperméabilisés, le reste restant perméable, sur la période 2017-2019.
Ce que recouvre la statistique
Deux instruments mesurent l’artificialisation, et ils ne répondent pas à la même question. La part du territoire vient de l’enquête Teruti, un échantillonnage de points sur le terrain : elle photographie l’état du sol à une date donnée. Le rythme annuel vient des fichiers fonciers, retraités par le Cerema pour le portail de l’artificialisation, qui suivent les changements d’usage d’une année sur l’autre. Un pourcentage et un flux annuel ne se comparent donc pas directement, et cette fiche ne les additionne pas.
Répartition par usage de l’artificialisation de 2023, d’après le Cerema. Les autres usages ne sont pas détaillés dans la publication, qui nomme seulement l’habitat et l’activité économique.
Un rythme qui ralentit depuis 2021
Le bilan 2009-2023 du Cerema chiffre à 19 263 hectares les espaces naturels, agricoles et forestiers artificialisés en 2023. C’est le plus bas niveau relevé depuis le début de la mesure, en 2009, et cela confirme la baisse de la consommation foncière engagée depuis 2021. Le mouvement reste très concentré : 5,6 % des communes portent 40 % de la consommation nationale, et 60,7 % de celle de 2011 à 2024 s’est faite dans des communes où la tension immobilière est faible.
Cette géographie de l’artificialisation ne suit pas celle des besoins. Elle suit la métropolisation et l’attrait du littoral, dans des communes où le foncier reste accessible et où la construction neuve se fait en périphérie. Le stock déjà constitué, lui, est massivement urbain : Paris atteint 84 % de sa superficie artificialisée et la petite couronne se situe entre 72 % et 79 %, alors que les taux descendent à 11 % en Gironde et 14,5 % dans le Morbihan. Pour un jardin, la conséquence est directe : les surfaces qui changent d’usage sont souvent des terres agricoles ou des milieux naturels de plaine, pas des friches urbaines.
Ce que l’objectif de zéro artificialisation nette change
La loi Climat et Résilience fixe un objectif de réduction de moitié de la consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers sur la décennie 2021-2031, par rapport à la décennie précédente, puis une artificialisation nette nulle en 2050. La consommation se mesure en hectares consommés ; l’artificialisation nette, elle, déduit de ce flux les sols renaturés, et s’appuie sur l’occupation des sols à grande échelle plutôt que sur les seuls fichiers fonciers. La trajectoire se joue donc autant sur la désimperméabilisation des sols déjà construits que sur la protection des terres encore libres.
Cette dynamique croise directement le jardin. Les sols artificialisés non bâtis, jardins et pelouses comptés, sont ceux qui reculent le moins vite, et la place des jardins privés dans l’occupation du sol se lit dans notre fiche La surface des jardins privés face à la surface agricole française. À l’échelle d’une parcelle, c’est la même question posée en petit : ce que vous laissez perméable, et ce que vous recouvrez, se retrouve dans la statistique nationale. Les sols secs de l’été, qui conditionnent l’arrosage, sont traités dans La sécheresse des sols en France.
Périmètre : la part de 8 % est publiée pour la France par le SDES ; le rythme annuel du Cerema porte sur la France métropolitaine. Les deux documents ne portent pas sur la même aire géographique.