La date de la dernière gelée de printemps ne se lit pas sur une carte de France. Ce sont les thermomètres qui la donnent, et les relevés de 41 stations françaises de GHCN-Daily, chacune complète sur au moins 29 des 30 années 1991-2020, dessinent un écart de 98 jours entre la médiane la plus précoce du pays et la plus tardive. Une journée compte comme gélive dès que la température minimale descend à 0 °C ou en dessous.
La région ne suffit pas à dater la gelée
La médiane partage les 30 années en deux : une année sur deux, la dernière gelée de printemps tombe avant cette date, une année sur deux après. Le tableau donne, pour chaque région, la station la plus précoce et la plus tardive du jeu de données.
| Région | Stations | Médiane la plus précoce | Médiane la plus tardive | Écart |
|---|---|---|---|---|
| Hauts-de-France | 2 | 7 avril (Lille-Lesquin) | 10 avril (Abbeville) | 3 jours |
| Normandie | 4 | 6 février (pointe de la Hague) * | 17 avril (Alençon-Valframbert) | 70 jours |
| Bretagne | 4 | 11 février (Ploumanac’h) * | 4 avril (Rennes-Saint-Jacques) | 52 jours |
| Pays de la Loire | 1 | 4 avril (Nantes-Bouguenais) | 4 avril (Nantes-Bouguenais) | une seule station |
| Île-de-France | 1 | 4 avril (Paris-Orly) | 4 avril (Paris-Orly) | une seule station |
| Centre-Val de Loire | 2 | 7 avril (Tours) | 14 avril (Bourges) | 7 jours |
| Grand Est | 4 | 8 avril (Strasbourg-Entzheim) | 22 avril (Troyes-Barberey) | 14 jours |
| Bourgogne-Franche-Comté | 1 | 14 avril (Dijon-Longvic) | 14 avril (Dijon-Longvic) | une seule station |
| Auvergne-Rhône-Alpes | 4 | 13 mars (Montélimar) | 15 mai (Le Puy-Loudes) | 63 jours |
| Nouvelle-Aquitaine | 5 | 12 février (pointe de Chassiron) * | 13 avril (Poitiers-Biard) | 60 jours |
| Occitanie | 7 | 16 février (Perpignan) | 14 avril (Gourdon) | 57 jours |
| Provence-Alpes-Côte d’Azur | 4 | 12 février (Nice) * | 19 avril (Embrun) | 66 jours |
| Corse | 2 | 19 février (Bastia) * | 25 février (Ajaccio) * | 6 jours |
Dernière gelée de printemps relevée sous 0 °C, médiane des années 1991-2020. Les 41 stations retenues comptent au moins 29 des 30 années ; seules les deux stations extrêmes de chaque région sont publiées ici. L’astérisque signale une station qui n’a relevé aucune gelée certaines années : sa médiane porte alors sur les seules années gélives, et le décompte figure dans la section suivante.
Trois des dix régions qui comptent plusieurs stations tiennent dans moins de dix jours : 3 jours entre Lille-Lesquin et Abbeville, 6 jours en Corse, 7 jours entre Tours et Bourges. À l’inverse, la Normandie sépare la pointe de la Hague d’Alençon-Valframbert par 70 jours, la Provence-Alpes-Côte d’Azur Nice d’Embrun par 66 jours et l’Auvergne-Rhône-Alpes Montélimar du Puy-Loudes par 63 jours. L’altitude et la distance à la mer pèsent donc plus lourd que la latitude : Montélimar, à 73 m, voit sa dernière gelée le 13 mars, quand Le Puy-Loudes, à 833 m, la voit le 15 mai.
Médiane et année sur dix
Une médiane se trompe une année sur deux. Pour une date plus sûre, il faut regarder plus loin dans le classement des années : la date que seules les trois années les plus tardives sur trente dépassent, autrement dit environ une année sur dix. Sur les 41 stations, l’écart entre la médiane et cette date de garde a lui-même une médiane de 17 jours.
Écart, en jours, entre la médiane du dernier gel et cette date de garde, pour trois stations et pour l’ensemble du jeu de données. À Brest-Guipavas, la médiane tombe le 10 mars, la date de garde le 13 avril.
À huit des 41 stations, cette date de garde tombe même après le 1er mai : 5 mai à Troyes-Barberey et à Nancy-Ochey, 6 mai à Alençon-Valframbert, à Clermont-Ferrand, à Mont-de-Marsan et à Gourdon, 8 mai à Embrun, et 27 mai au Puy-Loudes. Le détail par commune et par culture, à trois niveaux de risque, est dans notre calculateur de dates de semis.
Neuf stations qui ne gèlent pas tous les ans
Neuf des 41 stations n’ont relevé aucune gelée certaines années. Pour elles, une médiane calculée sur l’ensemble de la période n’existe pas vraiment : celle publiée ci-dessus porte sur les seules années gélives, et la date de garde reste le repère utile, puisqu’elle couvre encore neuf années sur dix.
- Nice : 11 années sur 30 seulement comptent une gelée, médiane le 12 février et date de garde le 24 février.
- Cap Cépet : 15 années gélives sur 29, médiane le 15 février, date de garde le 27 février.
- Bastia : 20 années gélives sur 30, médiane le 19 février, date de garde le 2 mars.
- Pointe de la Hague : 24 années gélives sur 30, médiane le 6 février, date de garde le 1er mars.
- Belle-Île-Le Talut : 25 années gélives sur 30, médiane le 18 février, date de garde le 1er mars.
- Ploumanac’h : 26 années gélives sur 30, médiane le 11 février, date de garde le 1er mars.
- Pointe de Chassiron : 28 années gélives sur 30, médiane le 12 février, date de garde le 11 mars.
- Brest-Guipavas : 29 années gélives sur 30, médiane le 10 mars, date de garde le 13 avril.
- Ajaccio : 29 années gélives sur 30, médiane 25 février, garde le 26 mars.
Du relevé au jardin
Un relevé de station décrit le point où la station mesure, pas votre parcelle : l’écart entre deux stations d’une même région atteint 70 jours, et votre fond de vallée est plus froid que la station de plaine ou de bord de mer. Prenez la date de garde plutôt que la médiane, puis gardez une marge supplémentaire si votre terrain est en creux, dégagé au nord ou loin d’une grande ville. Les normales de la période, elles, sont rappelées dans la fiche Normales climatiques et déficit d’arrosage.
Les dates de cette fiche sont des relevés de stations, pas une reconstitution : températures minimales journalières relevées par les stations françaises du réseau GHCN-Daily, période 1991-2020, seuil de 0 °C. Seules les stations françaises complètes sur au moins 29 des 30 années ont été retenues, et une année sans relevé est écartée, jamais comblée. Notre infographie du gel tardif de printemps lit une autre donnée : une maille de 50 km de la réanalyse MERRA-2 de la NASA corrigée par les stations, qui vaut pour un territoire et pas pour un point. Les deux lectures se rejoignent à quelques jours près pour la plupart des villes, et s’écartent là où le bord de mer et l’intérieur ne gèlent pas ensemble : la station de Nice, à 2 m d’altitude, ne relève de gelée que 11 années sur 30, quand la maille qui contient la ville affiche une médiane au 14 mars.