L’Opération Hérisson invite les particuliers à signaler les hérissons qu’ils croisent, vivants ou morts, ainsi que les indices de leur passage : piquants, fèces, empreintes, nids, sons. Créée dans le Doubs en 2018, l’enquête est déployée à l’échelle nationale par France Nature Environnement depuis fin 2020. Elle rassemble plus de 11 000 citoyens depuis son lancement et reçoit entre 5 000 et 8 000 observations par an, d’après le bilan national 2024 publié par France Nature Environnement.
Des hérissons d’abord vus près des jardins
Les hérissons signalés le sont d’abord à proximité de jardins privés ou partagés, puis d’infrastructures routières et d’éléments de type haie. France Nature Environnement y lit l’effet de milieux de substitution : les zones urbanisées et péri-urbaines, avec leurs jardins et leurs haies, servent de refuge là où les milieux naturels se sont fragmentés. Ce classement reflète aussi un biais d’observateur, les secteurs où vivent les participants étant mécaniquement les mieux renseignés. S’y ajoute un biais de forme : 81 % des observations portent sur des hérissons vivants, 17 % sur des hérissons morts et 2 % seulement sur des indices de présence, plus difficiles à identifier. Parmi ces indices, 64 % sont des fèces, 16 % des nids ou des abris, 12 % des sons et 8 % des empreintes.
Milieu de chaque hérisson signalé en 2024. Source : Opération Hérisson, bilan national 2024, France Nature Environnement.
La route reste la première cause de mortalité
Causes de mortalité des hérissons signalés morts en 2024, telles que les rapporte le graphique du bilan. Le texte du même document avance 83 % pour les collisions routières : c’est la répartition du graphique, qui totalise 100 %, qui est reprise ici. Source : Opération Hérisson, bilan national 2024.
La collision routière est la cause la plus visible, et de loin la plus facile à identifier pour les participants. La prédation, le parasitisme et l’empoisonnement le sont beaucoup moins sur un animal mort : leur part est donc probablement sous-estimée. Le calendrier, lui, suit l’activité de l’espèce. Les signalements montent à partir du mois de mars, qui porte 6 % du total, et 66 % d’entre eux se concentrent d’avril à août, avant de refluer de septembre à décembre. Le hérisson entre en dormance partielle de novembre à mars sans disparaître complètement : quelques individus restent actifs pendant la période froide.
Un signalement n’est pas un hérisson. Un point sur la carte peut rassembler plusieurs individus, vivants ou morts, ou un simple indice de présence. La hausse de 12 % en 2024, relevée dans 11 des 13 régions de l’Hexagone, mesure la mobilisation des habitants et non l’état des populations, prévient France Nature Environnement. Quatre régions, la Bourgogne-Franche-Comté, les Hauts-de-France, l’Île-de-France et l’Auvergne-Rhône-Alpes, concentrent plus de 48 % des observations.
Une espèce quasi menacée depuis octobre 2024
Le 28 octobre 2024, le hérisson d’Europe est passé de la catégorie « préoccupation mineure » à « quasi menacé » sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature, qui publiait ce jour-là une mise à jour de son évaluation européenne. Les effectifs ont diminué dans plus de la moitié des pays où l’espèce est présente, dont le Royaume-Uni, la Norvège, la Suède, le Danemark, la Belgique, les Pays-Bas, l’Allemagne et l’Autriche, avec des populations nationales en baisse d’environ 16 à 33 % sur les dix dernières années et jusqu’à 50 % localement, en Bavière et en Flandre. Trois causes sont citées : la dégradation des habitats ruraux par l’intensification agricole, les routes et le développement urbain. Dans un jardin, cela se traduit par trois gestes simples : lever le pied de 10 à 20 km/h la nuit, en campagne comme en lisière de lotissement, laisser un passage entre jardins voisins plutôt que de clôturer au ras du sol, et choisir un piège à limaces qui ne laisse rien dans le sol, car ce qui reste épandu dans la litière est ce qui l’expose. Le bocage compte aussi : la fiche sur les kilomètres de haies en France et leur rythme de disparition donne l’ordre de grandeur de ce qui subsiste comme refuge.