Météo-France compte une journée de gel quand la température minimale sous abri passe sous 0 °C. Ce comptage ne dit rien du calendrier du jardin : ce qui abîme les cultures, c’est le moment où le gel tombe. Une nuit à -2 °C en janvier trouve des arbres en repos ; la même nuit en avril, après le débourrement, tombe sur des fleurs et des jeunes pousses qui ne s’en remettent pas. Le printemps est la saison de ce désaccord, et Météo-France le rappelle : des coups de froid tardifs y sont possibles presque chaque année.
Avril 2021 : deux coulées d’air polaire font grimper le compteur
Deux coulées d’air polaire arctique se sont succédé en première quinzaine d’avril 2021, les 5 et 6 puis les 11 et 12. L’air était sec, les nuits dégagées, et le refroidissement par rayonnement nocturne a fait le reste : les gelées ont eu lieu pratiquement partout, n’épargnant que certaines portions du littoral ouest et surtout méditerranéen. À l’intérieur des terres, les zones sans gel se limitaient à quelques enclaves, dont le centre de l’îlot de chaleur parisien et un petit secteur de la vallée du Rhône entre la Drôme et le Vaucluse. Sur l’ensemble du pays, la température minimale moyenne du 1er au 18 avril a été inférieure de 2,4 °C à la normale, ce qui classe cette période au 5e rang des plus fraîches en 75 ans, derrière 1973, 1958, 1986 et 1984. Le paroxysme de l’épisode est daté du 7 avril 2021, avec une température moyenne nationale de 5,06 °C calculée sur 30 stations.
| Station | Jours de gel en avril 2021 | Record antérieur pour un mois d’avril |
|---|---|---|
| Romorantin (Loir-et-Cher) | 12 jours | 16 jours en 1984 |
| Grenoble-Saint-Geoirs (Isère) | 12 jours | 11 jours en 1973 |
| Beauvais (Oise) | 11 jours | 11 jours en 2017, 1956 et 1954 |
| Saint-Étienne (Loire) | 11 jours | 15 jours en 1973 |
| Nevers (Nièvre) | 10 jours | 18 jours en 1997 |
| Bergerac (Dordogne) | 9 jours | 6 jours en 2017 |
| Figari (Corse-du-Sud) | 4 jours | 5 jours en 2015 et 1991 |
Nombre de gelées relevé depuis le début du mois dans dix villes suivies, état provisoire arrêté au 19 avril 2021, et record antérieur de chaque station pour un mois d’avril. Les lignes surlignées sont celles où le nombre de 2021 égale ou dépasse le record. Source : Météo-France.
Sur l’ensemble du mois d’avril 2021, et non plus au 19, le nombre de jours de gel a battu des records dans plusieurs stations : 9 jours à Rennes, 13 à Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs, 14 à Beauvais et 16 à Pontarion, en Creuse. Le mois se classe au 3e rang des mois d’avril les plus froids des cinquante dernières années, derrière avril 1973 (3,8 °C) et avril 1986 (4,5 °C), avec une température minimale moyenne de 4,6 °C, inférieure de 1,6 °C à la normale. L’épisode n’est pas un accident isolé : Météo-France le compare à avril 1998, à avril 1986 et à la fin avril 2017, où une semaine de gelées était survenue après un mois de mars doux. La tendance de fond ne l’annule pas. Sur la période 1961-1990, la France comptait 36 jours de gel par an ; elle n’en compte plus que 26 sur 1991-2020, soit -28 %, et la baisse reste de 2 à 4 jours par décennie selon les régions. Météo-France précise que des hivers plus doux font démarrer la végétation plus tôt, si bien que des gels printaniers moins fréquents peuvent faire des dégâts catastrophiques parce qu’ils tombent sur des cultures plus avancées.
Ce que l’épisode de 2021 a coûté aux cultures
Du 6 au 8 avril 2021, dix régions de la métropole ont subi un épisode de gel particulièrement sévère, avec d’importants dégâts en viticulture et en arboriculture ainsi qu’en grandes cultures, principalement la betterave et le colza. Le régime des calamités agricoles, qui indemnise les pertes de récolte, suppose un événement climatique reconnu exceptionnel et plus de 30 % de pertes par rapport à la production moyenne historique, seuil porté à 42 % pour les cultures ouvrant droit à une aide couplée. Pour les fruits à noyaux et le raisin de table, l’État a ajouté une avance remboursable de 30 M€ déléguée à FranceAgriMer, réservée aux exploitations spécialisées et justifiant au moins 70 % de pertes sur au moins une production d’abricots, de pêches, de nectarines, de cerises ou de prunes.
Ce que cela change au potager
Un jardin amateur ne relève pas des calamités agricoles : la perte d’une récolte de fraises ou d’abricots ne donne droit à aucune indemnisation, et la seule protection reste la veille météo et la couverture. Ce que ces chiffres apprennent, c’est la fenêtre à surveiller : le risque ne s’arrête pas au début du printemps, il court jusqu’aux Saints de glace et au-delà, comme l’a montré la fin avril 2017. Le calculateur de dates de semis situe votre commune sur trois niveaux de risque, la fiche dernière gelée par région donne la date de la dernière gelée station par station, et jours de canicule et de gel par an suit la baisse du compteur annuel.
Comptages et climatologie : Encore des gelées possibles, après un niveau parfois record pour avril, publié le 19 avril 2021, pour les jours de gel par station et la température minimale moyenne du 1er au 18 avril ; Avril 2021 : très peu arrosé avec des nuits remarquablement froides, publié le 4 mai 2021, pour le rang du mois et les records de certaines stations ; Coup de froid tardif : retour sur d’autres épisodes remarquables, publié le 14 avril 2021, pour la journée du 7 avril et les comparaisons 1998, 1986 et 2017 ; Les gelées seront-elles de plus en plus rares dans le futur ? pour les 36 puis 26 jours de gel par an et la baisse de 2 à 4 jours par décennie. Volet agricole : Épisodes de gel : l’État au côté des agriculteurs, publié le 19 avril 2021, pour les dix régions touchées du 6 au 8 avril et les mesures de soutien ; instruction CAB/BCAB/2021-429 du 7 juin 2021, publiée au Bulletin officiel du ministère le 10 juin 2021, pour les 81 départements, l’enveloppe de 30 M€ et les seuils de pertes. Un jour de gel et une perte de récolte ne se comparent pas directement : le premier est un relevé météorologique, la seconde une estimation économique instruite dossier par dossier.