Le repère vient de la couche nationale de référence des haies produite par l’IGN et l’Office français de la biodiversité dans le cadre du dispositif de suivi des bocages, lancé en 2017. Elle est construite en fusionnant deux sources qui ne mesurent pas la même chose : les haies et les bosquets du thème végétation de la BD TOPO, obtenus par segmentation automatique d’images aériennes prises entre 2004 et 2015 selon les départements, et les haies, arbres alignés et bosquets des surfaces non agricoles du registre parcellaire graphique, photo-interprétés sur des images de 2011 à 2014. Le total publié par l’IGN en mars 2023 est repris par le rapport du CGAAER sur la haie, qui en fait la référence du sujet tout en listant les limites reconnues par ses producteurs.
Une perte qui s’est accélérée
Le rythme de disparition est celui que les haies perdent en surface, converti en kilomètres. L’Afac-Agroforesteries, avec l’appui de Solagro, l’a calculé à partir des surfaces de haies et d’alignements d’arbres de l’enquête Teruti-Lucas menée par le service statistique du ministère de l’Agriculture : la perte annuelle moyenne était de 10 400 km entre 2006 et 2014, elle atteint 23 571 km par an entre 2017 et 2021. Le rapport arrondit ce second chiffre à 23 500 km dans son résumé, la note de calcul détaille les 23 571 km. Rapportée au linéaire total estimé, l’érosion représente environ 1,5 % du linéaire par an, un rythme que le rapport situe au-dessus du taux d’artificialisation des terres, qu’il donne à 1,3 % par an.
| Période | Perte annuelle moyenne du linéaire | Plantations annuelles |
|---|---|---|
| 2006 à 2014 | 10 400 km par an | non chiffrées dans le rapport |
| 2017 à 2021 | 23 571 km par an | environ 3 000 km par an |
Calcul de l’Afac-Agroforesteries avec l’appui de Solagro à partir des surfaces de haies et d’alignements d’arbres de l’enquête Teruti-Lucas, converties avec une largeur moyenne de 7 mètres.
Deux façons de compter, deux ordres de grandeur
L’autre approche ne part pas du linéaire mais de la surface. La même enquête Teruti-Lucas, qui relève l’occupation du sol sur un échantillon de points répartis sur le territoire, estime la surface de haies et d’alignements d’arbres de France métropolitaine à 1 003 028 hectares en 2006 et à 859 350 hectares en 2021, soit 143 678 hectares perdus en quinze ans, l’équivalent de 205 254 km convertis avec la même largeur moyenne de 7 mètres. Depuis 2015, l’enquête ne distingue plus les haies et alignements d’arbres des bosquets, ce qui rend la comparaison avec les périodes antérieures délicate. Un linéaire et une surface ne se déduisent l’un de l’autre qu’avec cette largeur moyenne : c’est elle qui fait tenir ensemble 1,55 million de kilomètres et 859 350 hectares.
- Les deux sources fusionnées n’ont pas la même définition de la haie : la BD TOPO retient une formation linéaire d’au moins 25 mètres, sans interruption de plus de 20 mètres et d’une largeur inférieure à 20 mètres, quand le registre parcellaire graphique part d’une forme dont la longueur dépasse deux fois la largeur.
- Les données ne sont pas cohérentes dans le temps : la BD TOPO a été constituée sur dix ans, et aucune date de référence ne peut être attribuée à la couche produite sans travaux complémentaires.
- L’exhaustivité des données d’entrée, notamment des haies du thème végétation, n’est pas garantie.
- Le processus de fusion est automatique, et la linéarisation automatique surestime la longueur des haies par rapport à une saisie manuelle. C’est la limite que la documentation de l’IGN et de l’OFB énonce elle-même, et celle que retient le CGAAER pour juger le chiffre haut.
Le rapport recommande pour cette raison une nouvelle méthode d’extraction pour suivre l’évolution du linéaire, et rappelle que protéger le linéaire existant passe avant la plantation. Le recul historique est, lui, moins discuté : environ 70 % des haies présentes au début du vingtième siècle auraient disparu depuis les remembrements engagés à partir de 1945, soit 1,4 million de kilomètres selon l’estimation de 2002 que le rapport cite.
Pour un jardin, la haie est un élément de paysage et un refuge pour la faune. Si vous taillez la vôtre, la fenêtre du 15 mars au 31 juillet est celle où la coupe coûte le plus cher aux oiseaux, comme le détaille la fiche sur la taille des arbres et des arbustes. Ce que deviennent les tailles ensuite est dans les déchets verts collectés en France, et ce qu’une haie apporte au jardin dans faire revenir la biodiversité dans son jardin.
Un linéaire de haies ne se cite jamais seul : 1 551 964 km est une estimation de couche géographique, avec sa méthode, son millésime et ses limites. Un chiffre de surface comme 859 350 hectares vient d’une autre enquête et d’un autre raisonnement. Donnez toujours l’organisme et l’année avec le nombre.