Météo-France appelle grêlon une particule de glace de plus de 5 mm de diamètre ; en dessous, c’est du grésil. Sur cette base, la question du nombre de jours de grêle par an se heurte tout de suite à un mur : aucun organisme public français ne publie ce comptage pour le pays. Ce qui se mesure, et donc ce qui se chiffre, c’est la taille des grêlons et la facture qu’ils laissent, aux cultures comme aux bâtiments.
Pourquoi la France ne publie aucun nombre de jours de grêle
Météo-France l’écrit noir sur blanc : en l’absence de données homogènes sur des périodes suffisamment longues, il est difficile à ce jour de savoir si le nombre d’orages ou leur intensité a évolué au cours des dernières décennies, en France comme dans les autres pays. La raison est matérielle. La grêle tombe sur quelques kilomètres et quelques minutes, et l’historique des instruments qui la détectent reste court : au mieux une vingtaine d’années pour les données de télédétection les plus simples, alors que le réseau de 39 radars qui couvre la France hexagonale et la Corse produit une image des précipitations toutes les 5 minutes. Deux repères nationaux existent pourtant, mais aucun ne compte la grêle : les impacts de foudre, mesurés depuis 1989 seulement, placent 2018 en tête des années les plus actives sans qu’aucune tendance claire n’apparaisse ; et les précipitations maximales annuelles ont augmenté d’au moins 10 % depuis les années 1960 sur une majorité du territoire.
Ce que la grêle abîme, selon la taille du grêlon
| Diamètre du grêlon | Ce qui est touché |
|---|---|
| Plus de 5 mm | Les plantes et les cultures |
| Plus de 2 cm | Les structures légères : vitres, plastiques |
| Plus de 2,5 cm | Les personnes, les voitures et les toits en tuiles |
Seuils de dommages repris par Météo-France d’après la mission de 2024 sur l’assurabilité des risques climatiques. La grêle peut tomber partout dans l’Hexagone, mais elle touche plus fréquemment le Sud-Ouest et le Centre-Est.
2022, l’année de l’étendue
L’année 2022 reste la référence. France Assureurs, cité par la mission de 2024 sur l’assurabilité des risques climatiques, estime que 235 communes ont été touchées par des grêlons de plus de 5 cm de diamètre, là où le record de la décennie 2010-2020 était de 48 communes, atteint en 2014. Le 20 juin 2022, le plus gros grêlon jamais mesuré en France, 13 cm, est tombé à Vic-en-Bigorre, dans les Hautes-Pyrénées. Les cinq années les plus coûteuses depuis 1984 sont toutes postérieures à 2009, et la moyenne des dommages assurés sur 1984-2021 reste inférieure à 500 millions d’euros par an. Les épisodes les plus lourds portent des noms : Felix en mai 2009, Andreas en juillet 2013, Ela en juin 2014, chacun entre plusieurs centaines de millions et plus d’un milliard d’euros.
Répartition des 5,1 milliards d’euros de dommages assurés liés à la grêle en 2022, hors sinistres sur cultures. Source : France Assureurs, cité par la mission de 2024 sur l’assurabilité des risques climatiques.
Ce que les cultures touchent vraiment
Les 5,1 milliards d’euros ci-dessus sont comptés hors sinistres sur cultures. Pour les récoltes, la voie est autre : le régime des calamités agricoles, qui suppose un événement climatique reconnu exceptionnel et plus de 30 % de pertes par rapport à la production moyenne historique. Réuni le 18 octobre 2022, le comité national de la gestion des risques en agriculture a reconnu les orages de grêle de mai et juin pour 11 départements, avec 1,8 million d’euros d’indemnisations prévisionnelles au titre des pertes de fonds, c’est-à-dire des moyens de production. Le gel d’avril de la même année, instruit sur le même calendrier, a été reconnu dans 27 départements pour 76,3 millions d’euros, essentiellement en arboriculture. Ce que cela change au jardin : un potager de particulier n’entre dans aucun de ces deux dispositifs, et la perte d’une récolte après un orage ne donne droit à rien. Ce n’est pas le nombre de jours qui décide des dégâts, mais la taille des grêlons, et les études publiées depuis le sixième rapport du GIEC n’annoncent pas plus de jours de grêle, mais des orages produisant des grêlons de plus de 2 cm plus fréquents, en particulier en France et en Italie. Le calculateur de besoin en eau et la fiche normales climatiques et déficit d’arrosage situent la saison, la fiche jours de canicule et de gel par an suit le reste du compteur, et une station météo permet de voir venir les épisodes.
Chiffres et seuils : Rapport de la mission sur l’assurabilité des risques climatiques, remis le 2 avril 2024, chapitre 1.1.6 « Grêle », pages 21 et 22, pour les 5,1 milliards d’euros de dommages assurés en 2022 et leur répartition, les 235 communes touchées par des grêlons de plus de 5 cm contre 48 en 2014, le record de 1,3 milliard d’euros depuis 1984, la moyenne inférieure à 500 millions d’euros sur 1984-2021, les tempêtes Felix, Andreas et Ela, et les seuils de dommages selon la taille du grêlon. Détection et climatologie : La grêle, Météo-France, pour la définition du grêlon, les 39 radars et le plus gros grêlon mesuré en France, 13 cm à Vic-en-Bigorre le 20 juin 2022 ; Changement climatique : vers des orages plus sévères ?, publié le 30 septembre 2025, pour l’absence de données homogènes sur les orages, la foudre mesurée depuis 1989, les précipitations maximales annuelles en hausse d’au moins 10 % et l’absence d’augmentation attendue du nombre de jours de grêle. Agriculture : L’État aux côtés des agriculteurs touchés par de nombreux aléas en 2022, communiqué du 18 octobre 2022, pour les 11 départements et 1,8 million d’euros au titre des orages de grêle de mai et juin, les 27 départements et 76,3 millions d’euros pour le gel d’avril, et le seuil de 30 % de pertes. Deux périmètres à ne pas confondre : les dommages assurés couvrent tous les biens assurés du pays, les calamités agricoles ne concernent que les exploitations, et les cultures sont exclues du premier total.