Un millimètre de pluie vaut un litre d’eau par mètre carré. Sur un épisode de pluies intenses, ce ne sont pas quelques litres qui tombent, mais l’équivalent de plusieurs mois de précipitations en quelques heures ou quelques jours. Ces épisodes ne sont pas répartis au hasard sur le territoire : ils se concentrent sur le pourtour méditerranéen et sur les reliefs qui le bordent, Cévennes en tête.
Ce que Météo-France appelle une pluie intense
Le service APIC (Avertissement pluies intenses à l’échelle des communes) compare les cumuls observés sur des périodes allant de 1 à 24 heures à des références climatologiques locales. Un épisode est qualifié d’intense quand le cumul franchit un seuil qui n’est observé en moyenne qu’une fois en dix ans, et de très intense au seuil de cinquante ans. L’avertissement part par SMS, courriel et message vocal, et le dispositif couvre l’Hexagone et la Corse, ainsi que la Guadeloupe, la Martinique, La Réunion et la Nouvelle-Calédonie.
694 mm en 60 heures : l’épisode cévenol d’octobre 2024
Du 15 au 18 octobre 2024, un épisode cévenol a stationné sur le relief ardéchois. Sur les 60 heures de l’épisode, Météo-France relève 694 mm à Mayres (Ardèche), soit plus de deux mois de pluie, une valeur inédite tous mois confondus, et 686 mm à Loubaresse (Ardèche), également inédite. À Annonay, toujours en Ardèche, il est tombé 132 mm, l’équivalent d’un mois de pluie. Sur les Cévennes, les cumuls ont dépassé localement 600 mm en deux jours, et l’épisode a été le plus intense jamais enregistré sur deux jours dans le département. L’intensité se lit aussi sur quelques heures : jusqu’à 100 à 120 mm en 3 heures sur la Lozère en matinée, puis 250 à 300 mm en 12 heures localement sur le relief de l’Ardèche, avec 450 à 500 mm atteints depuis le début de l’épisode.
119 mm en une heure : le record horaire du Var
Trois jours plus tard, l’épisode méditerranéen du 24 au 27 octobre 2024 a donné dans la nuit du 24 au 25 octobre 119 mm en une heure à Vidauban, dans le Var. Météo-France précise qu’un cumul horaire si élevé n’avait jamais été enregistré dans le département, le précédent record datant du 25 septembre 2006 avec 102 mm en une heure. Sur le centre du Var, les cumuls ont approché localement 180 à 190 mm, et les Alpes-Maritimes ont reçu 100 à 150 mm dans l’intérieur des terres, jusqu’à 325 mm à Caussols à 1 268 mètres d’altitude.
Cumuls relevés sur l’ensemble de l’épisode méditerranéen du 24 au 27 octobre 2024, du jeudi 12 h au dimanche 16 h, d’après Météo-France. Chaque barre est à l’échelle du cumul de la station, Le Luc servant de repère à 100 %.
Ces trois épisodes ont porté l’excédent pluviométrique d’octobre 2024 à 40 % au-dessus des normales 1991-2020, avec 132 mm en moyenne à l’échelle du pays, après un mois de septembre déjà excédentaire de 60 %. L’arrière-pays varois et niçois comme les Cévennes ardéchoises ont reçu plus de trois fois la normale du mois. L’ordre de grandeur se retrouve en janvier 2026 : du 16 au 19 janvier, 206 mm à Narbonne (Aude) dont 104 mm en 24 heures, et 200 mm à Perpignan (Pyrénées-Orientales) dont 101 mm en 24 heures, soit plus d’un mois de précipitations dans les deux cas, et plus de trois mois sur les quatre jours pour le Languedoc-Roussillon.
Un épisode méditerranéen dure en général entre une heure et 24 heures et se produit 3 à 6 fois par an en moyenne, le plus souvent à l’automne. Tous les jardins ne sont donc pas concernés chaque année, mais ceux du pourtour méditerranéen le sont plusieurs fois par décennie. Pour situer la pluie ordinaire de votre région, comparez ces pics avec le nombre de jours de pluie par an et les normales et le déficit d’arrosage. L’autre extrême, les sols qui manquent d’eau, se lit dans la sécheresse des sols.