Ces trois repères sortent de l’étude prospective sur les emplois et les compétences du génie écologique à horizon 2030, menée par l’Union professionnelle du génie écologique dans le cadre de France 2030 et publiée en juin 2023. Le génie écologique recouvre les chantiers qui restaurent ou réhabilitent des milieux dégradés, suivent des milieux naturels, luttent contre les espèces invasives ou réparent des sols, en rivière, en zone humide, en ville comme en milieu agricole. Faute de source statistique directe, le volume d’emplois a été obtenu en croisant trois extrapolations à partir des 401 réponses d’une enquête électronique menée en mars 2023, et les trois méthodes donnent des résultats proches.
Un marché porté par le droit de l’environnement
Le secteur doit sa croissance à une série de textes. La doctrine Éviter, Réduire, Compenser, née en 2014 et renforcée par la loi de reconquête de la biodiversité en 2016, oblige les porteurs de projets d’aménagement à limiter puis à compenser leurs atteintes aux milieux. La directive européenne cadre sur l’eau de 2000 nourrit les chantiers de restauration de cours d’eau et de zones humides, et la loi Climat et résilience de 2021 ajoute l’objectif de zéro artificialisation nette. Entre janvier 2017 et janvier 2023, les effectifs des structures du secteur ont progressé de 93 %.
Études et travaux, deux moitiés du secteur
Répartition des 35 000 emplois salariés du génie écologique entre études et travaux au 1er janvier 2023, étude prospective UPGE pour France 2030, enquête de mars 2023.
Six métiers, tous en tension
| Métier | Emplois | Part |
|---|---|---|
| Chargé d’étude ou technicien naturaliste | 9 100 | 26 % |
| Ouvrier, conducteur d’engins | 8 750 | 25 % |
| Chef de projet naturaliste | 5 950 | 17 % |
| Ingénieur écologue | 5 950 | 17 % |
| Chef de chantier, conducteur de travaux | 3 150 | 9 % |
| Maître d’œuvre de génie écologique | 2 100 | 6 % |
| Total | 35 000 | 100 % |
Répartition des emplois salariés par métier-type au 1er janvier 2023, étude prospective UPGE pour France 2030, enquête de mars 2023. Quatre métiers relèvent des études, deux des travaux.
Recruter reste le premier obstacle. 70 % des structures interrogées déclarent des difficultés importantes sur les postes liés au génie écologique, et les cursus de formation existants ne couvriraient que 42 % des besoins annuels de recrutement. Le turn-over aggrave le manque, estimé à près de 19 % des salariés dans les études contre 8 % dans les travaux, quand la moyenne nationale tous secteurs confondus se situe à 15 %.
Qui emploie, et où
Les employeurs se répartissent en deux familles. Environ 75 % des emplois sont exercés dans des établissements prestataires, entreprises ou associations qui réalisent les études et les chantiers, et 25 % dans des établissements gestionnaires d’espaces naturels, collectivités territoriales, établissements publics ou syndicats de rivière. La majorité de ces établissements compte moins de vingt salariés, surtout côté études. Les emplois se concentrent en Île-de-France (14,2 %), en Auvergne-Rhône-Alpes (14,0 %) et en Occitanie (12,1 %), et le secteur est présent dans les régions d’outre-mer, où les enjeux de préservation des milieux sont forts.
| Taille de l’établissement | Études | Travaux |
|---|---|---|
| Moins de 9 salariés | 60 % | 51 % |
| 10 à 19 salariés | 27 % | 24 % |
| 20 à 49 salariés | 9 % | 10 % |
| 50 à 249 salariés | 3 % | 14 % |
| 250 salariés et plus | 1 % | 1 % |
Répartition des établissements employeurs du génie écologique selon leur taille, étude prospective UPGE pour France 2030, enquête de mars 2023.
La trajectoire ne devrait pas s’inverser. En prolongeant les tendances observées, l’étude projette 78 990 emplois en 2030, soit une hausse de 126 % par rapport à 2023, et de l’ordre de 50 000 recrutements à conduire d’ici là, entre 30 000 et 55 000 selon les scénarios, départs à la retraite compris. Le génie écologique se situe ainsi à côté du reste de la filière : le nombre d’entreprises du paysage et leurs salariés le dépassent largement en volume, et la part qu’y prennent les chantiers et l’entretien le range, avec l’écopastoralisme, dans des activités marginales, environ 2,5 % de son chiffre d’affaires en 2024. Son volume dépend aussi de l’artificialisation des sols, qui décide pour partie des surfaces à compenser.